Prose – par Epiphyte
Je passerai des heures à guetter le brouillard dissimulant mon cœur aux pernicieux regards d’une foule aux excès parfumés de folie à l’affût sans arrêt de plus grands appétits. Toi tu seras j’espère au milieu des badauds princesse prisonnière à ces honteux fardeaux qui ne laissent de place aux cœurs des dilettantes qu’à l’amère surface où dorment les absentes.
Je passerai des heures à me noyer de brume conjurant la douleur en mordant le bitume à mes semelles en feu qui ne hurleront pas ce brasier silencieux étouffé dans tes bras. Toi tu seras j’espère accrochée à la lune au-delà des frontières et au-delà des dunes pour inspirer candide aux plus mièvres poètes des rimes bien timides à leurs esprits en miettes.
J’écrirai sur ta peau des douleurs imbéciles comme on plante un drapeau aux conquêtes futiles juste pour ressembler un instant d’utopie à ces hommes engoncés dans leur sinistre vie. Toi tu riras des larmes aux tatouages éphémères et tu noieras tes charmes aux ondes moins amères sirène sans rocher qui traverse les âges chantant désabusée pour le moindre naufrage.
J’écrirai sur ta peau mes peines les plus sobres et le premier bateau conduira mon opprobre au-delà des tempêtes et au-delà du temps puisque je perds la tête et me noie à présent. Toi tu riras des larmes aux sources des rivières et déposeras les armes à la moindre prière agnostique indicible aux erreurs du présent tout deviendra visible aux écrans du néant.
Je boirai dans tes mains le nectar éternel espérant pour demain te conduire à l’autel des chimères frivoles accaparant l’espace parcourant les rigoles jusqu’au bout des impasses. Toi tu seras la source au hasard des mystères arrêtant dans leur course artistes et militaires tout ne fera plus qu’un au regard des absentes et tu seras enfin la richesse indigente.
Je boirai dans tes mains le sang de nos erreurs et à chaque matin éveillant la douleur je meurtrirai les hommes et leurs hontes impuissant sauf à croquer la pomme au trognon pourrissant. Toi tu seras la source à mes rides essoufflées je finirai ma course au terrain déserté des désirs indécents qui se cachent en silence aux regrets épuisants de ta simple présence.
Je couvrirai de proses un univers en ruines et pousseront les roses amputées des épines ainsi qu’il est prédit dans les livres d’histoire qui ne sont pas écrits mais j’en garde l’espoir. Tu seras la plus belle enivrée des parfums des amours éternelles où les agneaux ont faim à égorger les loups comme aux sombres cauchemars que vivent les plus fous sortant des abattoirs.
Je couvrirai de proses un monde d’immondices semant dans chaque chose une foule d’indices et je te guiderai au sommet des montagnes oubliant les regrets d’adultères compagnes. Tu seras la plus belle au ciel des certitudes rayonnant infidèle au sein des habitudes qui se sont nouées à nous en gravant chaque écorce tandis qu’à tes genoux j’éparpillais mes forces.
Je vais rêver toujours aux utopies communes enterrant les vautours au plus profond des dunes et ce monde incapable aboulique et captieux se sentira coupable à s’en crever les yeux. Tu ne rêveras plus noyée au caniveau laissant geler ton cul et ta chair et tes os pour des paumés affables ouvrant tout grand leur cœur et contant mille fables en violant ta pudeur.
Je vais rêver toujours être héros singulier pour sauver sans amour sans remords sans regrets ce qui peut l’être encore aux effusions urbaines en attendant la mort qui hurle au cul des chiennes. Tu ne rêveras plus sans chaleur aux abois puisque je suis vaincu par ces hordes sans toit et que je crache enfin sur toute main tendue en attendant la fin sans oser le début.
Le mot m’a échappé sournois aux plumes creuses il s’est déraciné à des fins pernicieuses je ne contrôle rien puisque je suis captif et je m’épuise en vain aux vœux les plus lascifs. Toi tu ne bronches plus par l’absurde épuisée péremptoire ingénue aux désirs aiguisés exacerbant mes vœux pour de basses besognes tu me gardes amoureux et tu hurles et tu cognes.
Le mot m’a échappé comme un râle implorant torture au nouveau-né je renifle impuissant et je tête ton sein m’imbibant du poison qu’un appétit malsain réclame à profusion. Toi tu ne bronches plus ta poitrine est offerte aux passants ingénus qui vont la gueule ouverte crevant la b*** en main d’ultimes bandaisons qu’ils arboraient sereins à tort ou à raison.
Le mot n’est plus enfin qu’un indicible espoir où je renais hautain de mon maigre savoir quand les branches pourries s’étranglent à l’horizon je crache et je vomis noyant l’inspiration. Toi tu restes muette à force de souffrance sourde aux moindres requêtes aspirant la jouissance et tu frappes des mains comme frappe le feu aguichant en chemin les mendiants et les gueux.
Le mot n’est plus enfin qu’un parfait inconnu au ciel céruléen des avenirs perdus où le silence est maître et règne à tout jamais quand je suis sans paraître et meurs sans être né. Toi tu restes muette et soudain victorieuse où la mort est inquiète et se croit malicieuse aux perles des colliers qui se brisent souvent le cœur des assoiffés n’est qu’un maigre présent.
Puisqu’il n’y a plus rien je me tais à présent refermant les deux poings sur un passé absent mais je garde profonde une peine à mon cœur qui se veut plus féconde à duper mes erreurs. Toi tu n’existes pas mais j’aime t’inventer au hasard des ébats de plume et de papier je te viole sans cesse en marge des matrices en masquant de caresses mes pulsions destructrices.
Puisqu’il n’y a plus rien je me tais à jamais m’enivrant à ton sein de désirs satisfaits je te cherche partout et te trouve souvent aux endroits que les fous affectionnent en riant. Toi tu n’existes pas et c’est tant mieux sans doute puisque ce monde-là est un monde en déroute et je m’en voudrais trop d’honorer ma jouissance par ce honteux fardeau de te donner naissance.
Tu vois je parle au vide ainsi depuis longtemps ton silence timide a raison cependant puisque je suis un seul quand les autres sont forts je choisis pour linceul la folie et la mort. Toi tu ne réponds plus puisqu’il n’est pas besoin puisque je l’ai voulu puisque tout va très bien même au-delà des mots même au-delà du temps je ne suis qu’un salaud et tu n’es qu’une enfant.
Tu vois je parle au vide et je meurs à présent à cette terre aride où j’ai noyé le temps pour y plonger mes larmes et mes doutes et mes peurs abandonnant les armes au combat sans honneur. Toi tu ne réponds plus puisqu’il n’est pas besoin et je te sens perdue à téter à mon sein ce poison délicat qui nous unit soudain n’existant que pour toi je peux mourir enfin.

