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Voici la suite...
L'inconscience, dit-on, est un sentier, un territoire, une frontière entre le jeune monde, l'ancien, et celui du rêve. Peut-être deviendrait-elle un ciel dans lequel mon esprit s'élancerait-il, dépouillé de mon corps, puis peut-être revêtirait-il la chair, le sang, les os et les plumes d'un oiseau qui s'élancerait dans le ciel de l'ancien monde, pour être chasser par un ancien héros ou par un elfe. Mais l'inconscience n'était pour l'instant qu'un ciel nocturne et obscur, une grotte, où résonnait des voix lointaines aux accents étrangers, retenant mon âme dans son corps, chaîne verbale empêchant le faucon sauvage de mon âme de prendre son envol. Parfois, la chaîne se faisait hérissée de pointe hystériques et douloureuse. - Par les dieux, il est toujours vivant ! Dit la voix de femme. - On a la fille ! Dit une autre voix d'homme. - Ouais, il est toujours en vie. Dit une voix calme. Les Danaël, ça crèvent pas facilement, surtout quand ils sont enragés comme ça. "Prenez ma tête." Pensais-je. "J'ai tuer un de vos homme et votre bête, je mérite au moins ça ! Peut-être vos maudirais-je, peut-être vous donnerais-je un bon avis, ou alors, attendrais-je, pour remercier celui des nôtre qui achèvera le travail que j'ai commencé à votre endroit." - Achève-le ! Dit la femme, quelque part. - Tu rigole ! Nan, il va rejoindre les autres au château ! - Qu'est-ce qu'on fait d'elle ? Demanda l'autre voix d'homme. - Elle ? Elle veut sa harpe, sans doute ! La Harpe d'Hylan, prix du sang, payée par le sang, mais don des enfants de la lune, des elfes des bois à notre roi et à notre barde et notre clan. Je ne l'avais qu'entrevue, sorties pour les festivités du printemps. Hylan lui-même, faisant jouer ses doigts sur ses cordes d'argents attaché à son bois sculpté et voluptueux comme le corps d'une femme, comme celui de Siwyll, qui m'a amené ici pour mourir, et que j'abandonnais... mais que j'attendrais, dans l'ancien monde, où dans la maison de la reine d'or, si elle voulais bien de moi... Les voix ont disparues, tout est devenu calme, je me suis sentis voler. La douleur est lointaine, insistante, éclairante l'obscurité de ma nuit, comme une aube de sang, et je me sens vivre, je me sens respirer. Une odeur de cadavre, de vieille mort, de pierre, et un rire la voix d'un de mes vainqueurs, indistincte me parvient et une porte d'acier se ferme brutalement, qui semble faire trembler le monde, mais même cela semble lointain. Une voix parle à nouveau, inconnue celle-là, mais chargée de pouvoir. Elle parle, de moins en moins indistincte, de plus en plus chargée de pouvoir, renforçant la douleur, renforçant ma chair et mon sang, et l'aube écarlate se lève sur ma vie : c'est un soleil invisible, et pourtant flamboyant dans les ténèbres. Soudain, le souffle du printemps s'engouffre dans ma gorge et ma poitrine. J'étais en vie. Je crachais du sang comme un vieillard mourant, et me redressait. Les ténèbres m'entourait toujours, les ténèbres et une voix. - Du calme, tu vivras. La voix était calme, sa force était celle d'un ciel bleu inaltérable, d'un bras invisible qui me convainquit de - Où suis-je ? - Dans le château des hommes gris, quelque part dans l'une de leurs anciennes cellules. Ils t'ont laissés pourrir ici, avec moi et les autres. - Les autres ? Il y eut comme un rire. - Tu ne les sens pas ? - Je ne sens que de vieux cada... Je m'interrompis. Les autres... bien sur, ceux qui étaient morts ici. Je me redressais, douloureusement, je réussis à me redresser, mais je sentis le monde vaciller autour de moi, et l'agonie me fit tituber. Je me maintins debout tant bien que mal. - Tu as la vie dure...Constata la voix. - Je te la dois. Dis-je. Qui es tu ? - Je m'appelle Kinns. - Ton accent... tu es un Emer ? - En effet. - Un prêtre ? - C'est exact, je suis un prêtre de la parole sacrée. - Pourquoi me sauver ? - Je suis coincé ici, dit-il, et je ne suis plus que l'ombre de moi-même, nous avons un ennemis commun, pourquoi ne pas le faire ? Toi seul peux me sauver. - Pourquoi le ferais-je ? Je n'ai pas oublié, -nous n'avons pas oubliés- ce qu'ils ont fait à notre terre ! - Tu veux dire placer quelques routes et massacrer des bêtes féroces ? - Tu oublie nous réduire à rien et à l'esclavage. Le soupir qui me répondit semblait porter toute la lassitude du monde. Je tentais en vain d'apercevoir Kinns, mais ne vit rien, en dehors d'une gaze de ténèbres impénétrable revêtant les lieux. L'homme semblait être vieux, non de corps, mais certainement d'esprit. - Soit, dit-il, mais je ne peux sortir seul, pas plus que toi. Essaye donc toi-même. Je t'attendrais ici, fouille cette cellule, elle n'est pas grande, je dispose du savoir, et toi de la force nécessaire. Seuls, nous échouerons tous les deux, et nous mourrons. La jeunesse m'inspira une répartie fougueuse comme une jument à son printemps : - Je n'ai pas peur de mourir. Dis-je. J'ai sentis le souffle du pays de l'été. C'était un vieux renard à son hiver qui me répondit. - Comme beaucoup d'homme de Danael de l'Eriath, dit-il, mais ton amie, est-tu prêt à la laisser mourir ? Ou réduite en esclavage ? Un silence glacial envahit ma bouche et submergea tout ce que ma langue eut a offrir. Je ne dis rien, mais cherchais une sortie, mes doigts palpèrent un mur de pierre épais, une porte d'acier rouillée mais qu'aucune de mes douloureuses tentatives pour la défoncer ne parvinrent à ouvrir. Plus loin, dans la cellule, mes orteils heurtèrent les ossements des hommes qui avait vécus et étaient morts dans ces lieux. Les lieux étaient poussiéreux, frais, et légèrement humide. Cet endroit transpirait le pays de l'hiver, ou les hommes errent après une mort ignominieuse et l'abandon de l'honneur, éternellement affamés et livrés aux loups et aux corbeaux. Je ne voulais pas mourir ici. Je voulais me venger ma défaite et libérer Siwyll. Faire mourir l'ironie sur les lèvres de la barde et la voir forcée de chanter ma geste devant le clan. L'idée seule de son sourire contraint me fit sourire. "Bran, le guerrier qui fait défaut à la mort." Cela sonnait bien. Je me retournais vers l'endroit d'où était venue la voix de Kinns. - Soit, dis-je. Je t'aiderais. Que dois-je faire ? - Du calme, dit-il, d'abord, je te demanderais de faire serment. La méfiance s'insinua dans mon esprit tel un venin. - Quel serment ? - Tu trouveras bientôt une épée, dit-il, une épée ensorcelée, elle appartiens à ma famille, mais si je ne survis pas à cette affaire, tu devras la remettre à mes fils. Même au prix de ta vie. Je sais que les Danaël prêtent peu de serments, et ils sont habiles à les contourner, hormis ceux qu'ils font sur leurs honneurs personnels. Alors jure-le moi sur ton été et sur ton hiver. - Tu abuses de ton avantage ! Dis-je. - La force n'est pas faite pour être laissée de côté. Répondit-il d'une voix ferme. Je réfléchis, et ce fut à mon tour de laisser s'échapper un soupir. - Soit, je le jure. Sur mon honneur, mon été et mon hiver. Si tu je devais survivre, je prendrais cette épée, et je la donnerais à ta famille. - Bien. Dit-il. Longe le mur du fond, en face des ossements, il y a les restes d'un banc de bois, en dessous, si tu tâtes le mur de tes doigts, ils trouveront une légère dénivellation dans le mur, pousse-là et tu dévoilera une ouverture, mais tu devras pousser de toute tes forces. - C'est tout ? - C'est tout. Je m'exécutais. Sous le tas de bois moisis je sentis une masse grouillante de cafard que je chassais à coup de pied, mais ce fut en vérité la seule épreuve, et lorsque je sentis la légère différence de pierre, je poussais de toute mes forces, et j'eu alors l'impressions de déplacer l'une de ces bêtes gigantesques qui se cachait au plus profonds des bois à l'aube du jeune monde. Mes muscles et mes os gémirent sous l'effort, déversant la douleur dans mes entrailles et soudain, le mur sembla gronder tel un gigantesque fauve. Et bougea. Il ne révéla pas de lumière, mais un courant d'air froid et humide, et lorsque je tandis la main, je sentis une masse sans fin de toile d'araignée. - Nous sommes libre, dis-je. Tu peux me suivre ? - Je suis derrière toi. Je sursautais : La voix était désagréablement proche. Il était juste derrière moi, mais il s'était approché aussi silencieusement que la chute d'un flocon de neige. Je me baissais, chassais encore quelques cafards et saisis un morceau de planche en bois pourrie qui faillit se désintégrer dans es doigts tant il était humide. Elle faisait une arme dérisoire, mais elle servit bien pour nettoyer les toiles d'araignées encombrant la voie devant moi. J'ouvris la marche, tâtonnant, mon pied écrasant parfois dans un bruit humide et craquelant la carapace d'un cafard infortuné. Finalement, je brisais le silence comme on brise le pain entre compagnon d'infortune. - Pourquoi t'ont-ils installé ici ? Dis-je. - Pour mourir. Dit Kins. Vois-tu Le courage n'est pas ce qui les caractérisent. Tout au contraire de toi. - Tu tentes de me flatter ? Ton lustre me fait briller mais la lumière de ce dernier ne m'aveugle pas encore, homme gris. Il me répondit d'un rire d'abord, d'une réflexion ensuite. - Ton courage n'est pas douteux, mais rassure-toi, j'ai été aussi témoins de ton manque de réflexion, c'est là ton défaut le plus flagrant. Je souris. Il n'avait pas entièrement tort, mais je n'avais toujours pas usé du pouvoir des marques bleues. - Si c'est une menace... Nouveau rire. Amical comme celui d'un père. - Oh je n'y pense point, dit-il, c'est juste une remarque, et un conseil. Combien en ais-je vu, des gens de ton âge conduis par des conseils, apparemment bien intentionné, mais les conduisant à leurs pertes aussi sûrement qu'une lame d'acier les mordants à la gorge. Oui, en vérité, c'est un spectacle auquel on peut assister dans tout les peuples, et dont je me suis lasser. Nous sommes arrivés, dit-il. - Où ça ? Demandais-je. Je le sus l'instant d'après lorsque ma planche s'écrasa contre un mur. - Un cul de sac ? - Seulement en apparence. Dit-il. Tâte à nouveau le mur, dans la direction inverse à celle de la cellule. Je m'exécutais, et le mur gronda à nouveau, raisonnant de façon plus impérieuse encore. La salle dévoilée était éclairée, celle-là, par une fissure dans le toit laissant passer un rayon de soleil qui tombait directement sur une épée bâtarde plantée dans la cage thoracique d'un squelette pourrissant là depuis ce qui semblait être une éternité. Ses mains étaient crispée sur la lame, et ne s'étaient maintenu là uniquement parce que la lame avait tranchés ses doigts jusqu'à l'os. Les rats, ou d'autre charognard, étaient partis avec les jambes il y avait sans doute bien longtemps de cela. Je m'approchais, et m'aperçu que le corps était celui d'un Danaël. Kins parla derrière moi, d'une voix douce, comme s'il retenait son souffle. - C'est elle, dit-il, c'est l'épée. L'épée était étincelante, sa lame d'un acier gris inaltérée par le temps, lisse et réfléchissante comme la surface d'une eau pure reflétant le ciel d'hiver, même la poussière ne semblait pas avoir de prise sur elle. Gravée sur sa garde, on pouvait voir des inscriptions dans l'alphabet sacrés de la Parole que je me surpris à regretté de ne pouvoir déchiffré. La poignée était couverte d'un cuir noir qui ne semblait pas plus que le reste de l'épée avoir subit les outrages dut temps. L'épée semblait être un témoignage d'acier de la mort, et de la volonté de vaincre jusqu'a cette dernière. - Nous y voilà. Dis-je en me retournant vers le couloir, où restait toujours caché Kins. - Oui dit-il, prend là. - Tu es là, dis-je. Tu es vivant ! Prend-là, elle t'appartient. - Tu parles vrai, dit-il, sauf sur un point. Jamais, je ne t'ai dis être en vie. Il rit, et mon sang se glaça. Dans l'obscurité, il y eut comme un mouvement et lorsque celui-ci frôla la lumière comme l'on frôle une amante interdite, j'entrevis un visage que je reconnut : le visage du prêtre de la Parole dont la tête décapitée se balançait au bout d'une corde, à la frontière du royaume, et dont il m'avait semblé qu'il m'avait jeté un regard... Le rire s'éloigna, s'estompa, fondit dans les ténèbres comme un flocon de neige égaré dans le printemps, il fondit encore, devint une goutte de pluie qui alla rejoindre la rivière du temps, et le temps ne cesse jamais, comme me le rappela le son de mon propre souffle. Je restais seul, et j'avais fait un serment. Mes doigts se refermèrent sur la poignée de l'épée, et elle était confortable comme le sommeil qui vous prend juste avant la mort. Je m'aperçus dans une stupéfaction silencieuse que la lame était passée au travers de la cage thoracique du Danaël, et s'était enfonçée dans le sol de marbre du sol. Je pris une inspiration, posait le pied sur la poitrine décomposée du Dann défunt, et arracha le diamant de mort de son écrin de cadavre et de pierre. La lame chanta lorsqu'elle fendit l'air. Elle était plus longue que ce à quoi je m'attendais, plus lègère, et surtout intacte et immaculée : le sang n'avait pas sécher sur l'épée, pas plus que la poussière et la terre n'avait altérée son éclat. C'était une lame à une main et demie, difficile à manier à une main, même pour un guerrier chevronné, mais l'épée pouvait s'accommodé de mes deux mains. Un étrange sentiment passa dans mon esprit comme un vol de corbeau. Je croisais le regard vide du Danaël, j'avais une dette envers lui aussi : Je saisis sa tête, la lame chanta à nouveau lorsqu'elle trancha la gorge du guerrier sans-nom. - Tu rentres chez toi. Lui dis-je. Il ne me répondits pas, mais je suis sur qu'il m'entendis. Je m'assis sur une pierre tombée du plafond, attendis et réfléchis, tandis que la lumière de la reine d'or s'échappait devant la nuit. Dehors, le même chant lointain qui nous avais avertis me parvenais, il étais enjoué et rythmé et je sus que les compagnons de mon vainqueur étaient de retour. Moi, j'avais découvert mes propres alliés : une épée étrangère, le fantôme de l'ennemis, et la rage, Don du Roi des bêtes. Chacun d'entre eux étaient puissant, mais mes ennemis étaient nombreux, et vicieux. Ce ne serait pas facile. Je sortis de la salle en ruine, empruntant un couloir dont l'une des meurtrières était devenue une ouverture béante. Je me sentis soudain renard alors que je cherchais mes ennemis du regard, et vit un grand homme blond et barbu vêtus de noir, discutant avec mon vainqueur. Aucun mot ne me parvint, mais le ton de la discussion fut comme la cime de leur humeur, à la fois mauvaise et enjouée. L'homme blond semblait revêtir le manteau de l'autorité comme un vieux vêtement usé et confortable, et mon vainqueur celui de la mauvaise humeur comme une armure mal ajustée. Leur conversation se poursuivit un long moment jusqu'à ce que retentisse la voix de Siwyll, pareille à la marée ascendante, lente et irrésistible, des flots de mélodies et de parole, portant une écume d'ironie.
Rose de soleil scellée dans l'ichor Mes racines sont des sots, qui m'ont promis la douleur Prose vermeille emplie de mort Radine d'esprit, Dietro, elle ne dévoile que ta candeur Achève-moi, brigand qui pour vaincre un enfant peine Qui à besoin d'alliés pour une femme seule capturé Voilà qui à l'instant la seule question qui me vienne. Combien te faut-il d'année pour une vierge contenté ? J'ai appris ton nom, tu es mon maître, voici ton titre : Au vu de ta passion, tu es traître, tu sera Pine d'huître !
Les deux hommes restèrent silencieux, puis soudain, il y eut comme une averse de rire déclenchée par quatre, peut-être cinq gorge, dont celle de l'homme blond. Un seul resta silencieux, mon vainqueur, dont le nom était maintenant gravé dans mon esprit aussi sûrement que les paroles sacrées sur l'épée grise, resta coi. Il promena un regard perdu autour de lui, cherchant quelque chose à quoi raccroché sa dignité. Son regard finis par tomber sur son couteau, sa main le suivit immédiatement et tout en dégainant se rua vers une demeure en ruine, un désert de vengeance chassant toute autre expression de vie de son visage. Mais l'homme blond l'arrêta d'un mot, non pas qu'il eut une telle autorité, mais ce mot fut suffisant pour que trois hommes se jettent sur lui et l'empêche de se venger. Je souris : Je venais d'être traité d'enfant, mais la langue de Siwyll n'avait pas perdu son tranchant et son esprit de son acuité. Dietro était désormais seul, même au milieu de ses alliés. Bientôt, si elle continuait, il ferait quelque chose d'idiot et en paierait le prix, ne le ferait-t-il pas, il resterait à vie "Dietro Pine d'Huître". Comme sa mère, Siwyll avait la vengeance dans le sang. Je souris. La mienne attendrait la nuit. La nuit est venue. J'aurais voulu me fondre en elle, me métamorphoser en étoile pour ne pas être vu. J'ai cherché en vain au milieu des ruines de l'antiques forterresse, une chemise de maille qui ne soit pas rouillée ou démolie, mais trop tard : le temps était passé juste après les pillards, et pas plus qu'eux il ne m'avait fait de cadeau. J'attendis. Le Roi des cieux tira un drap d'obscurité sur Dame Lune, mais de leurs amours ne virent nulles pluies et je dus me contenter de l'obscurité pour tout couvert à mes futures entreprises. Je me levais donc, sortis du château qui dominait le reste de la cité en ruine et me faufilait à nouveau dans le labyrinthe de vielle pierre dans lesquels je m'étais efforcé de mémoriser un chemin. Pine d'huître et ses comparses étaient trop sur d'eux : ils avaient fait un feu, et ce dernier guidaient sans défaut le papillon assoiffé de sang et ailé d'acier que j'étais. Le vent se leva et me força encore a attendre, car il venait dans mon dos, me poussant à la course, portant le son de mes propres gestes et se confondant dans mon souffle pour mieux le trahir. Je profitais du moment pour observer à nouveau, et je vis la sentinelle, un homme au crâne glabre. Je le reconnus aussitôt : le chanteur. Sa vue me rappela autres chose j'avais vu sept homme partir sur la colline, deux autres et une femme était resté. Ils étaient donc dix, mais je n'en avais compté que cinq pendant toute la journée. En ayant tués un, où était passé les quatre autres ? J'eu une partie de ma réponse en reprenant mon avancée, près d'un ancien temple, trois tombes grossière avait été creusée, Siwyll s'était montrée aussi féroce que moi, et la pensée d'avoir égalé en prouesse martiale quelqu'un qui avait vu de vrai guerre me fit sourire. Néanmoins, même elle avait été vaincue. J'aurais put considérer un retour au royaume, sur les terre de mon clan, cela assurerait mes chances de sauver Siwyll, mais précipiterais ma fin : sans tête pour prouver ma valeur, je n'étais qu'un paysan couvert des signes de la furie, défiant les lois des hommes et des dieux, Hylan, sinon le roi, demanderait ma tête, à moins qu'il ne le fasse personnellement, mon nom serait oublié à jamais, et mon esprit demeurerait prisonnier dans les terres de l'hiver. Que je meure et le clan finirait par s'inquiéter, Hylan chercherait sa disciple, et s'il ne la libérait pas, il pourrait en tirer vengeance. Agir maintenant valait mieux que m'en remettre aux force d'autruis, néanmoins, les paroles d'un mort valent deux fois celle d'un vivant, et celle de Kins, fut-il un mort gris, résonnait encore dans ma tête, me mettant en garde sur ma précipitation à faire couler le sang. Ma rage était un nouvel allié, mais c'était un fauve que je devais tenir dans une laisse d'acier, pour ne le relacher qu'au moment approprié. Je reprit ma route, et tombais nez-a-nez sur la femme vérolée accroupie, en train de pisser contre un mur. La surprise nous prit à la gorge tout les deux, et nous empêcha de crier pendant toute une seconde. Je n'en attendis pas une autre, avec toute la force dont je disposait, mon poing alla percuter le nez grêler de la drôlesse, dont la tête partis en arrière et percuta avec un bruit sourd la pierre du mur du temple derrière elle. Elle fut assomée instantanément , sans un mot et sans un cris, et regardant le vieux mur du temple de la Parole constellée d'écris, de noms sacré, une impression de cellule hantée, froide et emplie de cadavre traversa mes pensées. Je dressais l'oreille guettant l'alarme. Mais je ne saisis que le chant du vent, et rien de plus. Il était temps de dégainer le diamantr de mort. Je le fis avec la douceur d'une femme saisissant son nouveau-nés, pour éviter que la lame ne chante en choeur avec le vent et ne gâche l'effet de surprise, puis je fus le chat sauvage qui s'aprochais de sa proie. Au fur et à mesure que j'approchais, je saisissait les détails de la sentinelle, au crâne si glabre qu'il semblait polis comme un miroir, au vêtement si sombre qu'ils paraissaient découpés dans un morceau de nuit, et au fredonnement si paisible qu'on l'aurais plutôt crus en train de bercer son fils. Je marchait lentement, réprimant l'envie de fondre sur lui trop vite, serrant les dents à chaque pas, ayant l'impression que chaque brin d'herbe rugissait alors qu'il était écrasé par mon pied. Je respirais avec lenteur, je pesais l'emplacement de chacun de mes pas. Mais tous cela fut vain. Il y eut un cris : la voix claire comme l'azur de Siwyll retentit dans la nuit, portant une douleure infinie, comme une bribe d'agonie. Il se retourna vers la ruine leurs servant de cachot, me découvrant son dos, et ce fut suffisant. L'acier chanta, je cherchait le coup mortel qui en finirait au plus vite et le trouva, la lame transforma sa tête en une étrange comête charnelle à la queue écarlate qui traversa quelques mètre avant de s'écraser dans l'obscurité, tandis que le reste du corps tomba aussi lourdement qu'une nuit d'hiver. D'autre cris retentirent, venant de leurs masures, je me sentis le loup en moi gronder mais ma main sur mon épée était aussi serrée sur mon épée que mon esprit sur ma volonté de tuer. Je m'approchais, le pas vif et léger près de la sortie, quand le premier homme sortit, la lame batârde fila vers lui telle une vague grise et miroitante, poussée par toute mes forces. Il ne portait pas d'armure, la lame sembla presque le faire exploser, et il tomba, penché en avant avec un cris de surprise. J'entendis un jurons juste derrière lui. Je me retirais, me dirigeant vers l'endroit où était détenue Siwyll. Une voix retentit à travers la nuit, couvrant le vent. - Pîne d'huitre ! Qu'est-ce que tu fous ! Pourquoi tu as tuer Mark et Hyll ? Je reconnus la voix : l'homme blond au manteau d'autorité. Il y eut un moment de silence, dans lequel je me faufila pour observer l'intérieur de la prison : une ruine de plus en fait, mais l'intérieur de cette dernière, il y avait une grande cage, assez grande pour contenir un ours, ainsi que par exemple, Pine d'huître et Siwyll. Mon coeur se mit à battre comme celui d'un daim au galop lorsque je vit cette dernière attachée, se tenant contre les barreaux, une mains sanglante et bouillonnante. Son tortionnaire se tenait prêt d'elle, la dague qui lui avait servit à me vaincre dans une main, et tenant la crinière de Siwyll dans l'autre si fort qu'il semblait vouloir lalui arracher toute entière. Je restais pétrifier par une colère venue des entrailles de la terre un instant, et ce fut ce qui faillit me perdre : Il me vit et sa dague vola vers moi, par reflexe, je levais mon épée en me mettant à couvert. Je ne sais ce qui me surpris le plus, qu'il me rata ou que mon épée ne parviennent en effet à intercepter la dague. - Brecht, l'aut' salaud de sauvage ! Hurla Pîne d'huitre ! Il est vivant ! - Ne t'approche pas, ou je tue ta femme ! Ajouta-t-il. Je m'éloignais, toujours à couvert. Je devais agir vite, les autres se préparais aussi surement que l'automne suivrait l'été de ma bravoure. Je fondis vers la maison principal, juste à temps pour en intercepter un en train de tenter de sortir, tout alla très vite, il frappa le premier, mais je parais avec l'impression d'avoir un mur d'acier pour moi, ma lame frappa et le sang d'un homme pas plus vieux que moi se répandit au sol, suivis rapidement par son corps. Je m'écartais aussitôt de la sortie et bien m'en pris, une hachette tournoya dans ma direction, mais me manqua largement. Je repris mon souffle tout en écoutant mes adversaires s'agiter à l'intérieur. Ils se séparèrent, chacun vers une sortie différente, cette fois-ci, il voulait me prendre en tenaille. Je me ruais vers celui qui tentait de sortir vers la fenêtre, un homme blond à la mince moustache, il avait eut le temps de mettre, une armure de cuir, et cela le sauva, ma lame ne fit que ricocher sur l'épaulière de cette dernière, entamant le cuir mais laissant la chair intact. L'autre venait dans mon dos, peut-être était-il temps de relâcher le don du Seigneur des bêtes... Mais je n'en eut pas le temps. Je sentis la sueur descendre dans mon dos lorsque le coup monta derrière moi, en désespoir de cause, je levais mon épée par dessus ma tête et la fit pointer dans mon dos. Elle m'en sembla en cette instant plus légère que Siwyll dans le feu du désir, plus légère qu'une plume portée par le vent et je sentis à peine es bras vibrer lorsque le coup frappa l'acier de l'épée, ricochant vers le néant de la nuit. Moustache blonde profita que j'étais totalement à découvert pour décocher un coups vers mes tripes, mais cette fois-ci, ce fut lui auquel la chance fit défaut : il manqua mon nombril, et si la lame traça un sillon dans ma chair, elle ne fit que rebondir sur une côte. La douleur fut vive, mais pas autant que la sienne quand je pris tout l'élan de mon épée pour lui fendre le cuir chevelu, le front, la moustache et le crâne. Je me retournais alors vers mon dernier adversaire, ce ne fut que pour le voir filer vers la prison de Siwyll. Je le suivis comme tel chien de chasse, et le moment ou je faillis le rattraper faillit m'être fatal, n'eut été mon épée, qui jaillit comme un éclair gris entre moi et lui, j'aurais été égorgé comme un vulgaire porc. Il entra, et Dietro Pîne d'Huître était toujours là avec Siwyll, il la tenait à la fois comme un bourreau doté de l'assurance enfantine d'un marmot prit sur le fait. Je faillis rire. - Comment as-tu fait pour survivre ? Demanda Siwyll dans un grincement douloureux. - Disons que tu as dits vrai et faux. Répondis-je. Brecht s'écarta, et sans me tourner le dos dégaina son épée. Il faisait sombre dans la pièce, et il se tenait devant la cage à Ours, entre moi, ma vengeance et ma gloire. - Où sont les autres ? Demanda Pine d'huître. - Où veut-tu qu'ils soient ? Répondit Brecht. Ce dernier avait la voix et le ton de ces bardes qui parlent peu, mais dont chaque parole est précieuse car elle en dit bien plus que sa signification première. L'amertume et la fierté de tuer un tel homme me vinrent, mais ne me submergèrent point. Je m'approchais prudemment, tentant de trouver l'ouverture dans sa garde, meilleure que la mienne, au demeurant. - Tu aurais put te presser ! Dit Siwyll, tu resteras à jamais Bran le tardif. - Désolé, rétorquais-je, j'étais trop occupé a revenir à la vie. - Ce n'est pas grave au fond, dit-elle, j'ai perdu ma main droite, mais je peut encore te frapper de la gauche et te mettre des coups de pieds au cul ! - Qu'est-ce qu'ils disent ? Demanda Pine d'Huître à Brecht. Siwyll et moi restâmes interdis, Brecht soupira, peu de gens se donne la peine d'apprendre la langue des Danns. - Eh oui ! Dit Brecht, je connais ta langue. Tu as prouver que tu étais un bon guerrier, paysan, tu as ta gloire, je crois que l'on peut s'arranger ? Dit-il en Dann. Je restais à l'affût du moindre geste. Cet homme était dangereux, et il n'avait pas besoin de faire le moindre geste pour me le faire sentir. Outre cela, il connaissait trop mon peuple à mon goût. - Tu es Dann ? Demandais-je. - Ma mère faisait partie de l'un des trois peuples, dit-il, je n'ai jamais sut lequel. Tu veux la Harpe de ta femme ? C'est ça ? Putain ! Pas la peine de tuer toute ma bande pour ça. Dommage pour sa main, elle en jouait bien dans la prairie... Si tu veux, je te laisse la vie de Pine d'Huître, elle à un chouette don pour les surnoms, ta copine ! Soudain, je sentis une nouvelle suée descendre dans mon dos. J'entendis à nouveau la voix de Kins : "Le manque de réflexion...des conseils apparemment bien avisé..." : Ce n'était pas eux qui avait voler la Harpe d'Hylan. Siwyll soupira et son corps entier se relâcha, à la grande surprise de Dietro, qui s'était trouver par ailleurs un nouveau couteau. - La prairie ? Demandais-je. Brecht sentît venir le problème, mais il étais trop fin pour le faire remarquer. - La prairie des fleurs rouges, elle en jouait seule au matin au dehors de votre royaume. - Je vois. Dis-je. - Quoi demanda le compagnon de Brecht, qu'est-ce que vous foutez tous les deux ? Y'a une embrouille ? Ma main se durcit sur la poignée de la lame, une autre passa sur mon tatouage de guerre, un cadeau fait de sang d'orque, d'homme et de pouvoir sauvage. Un don de mon clan. - Tu vas quand même essayer de me buter... Dit le chef de bande en soupirant, cinglé de Danaël... Il était aussi triste que moi. Je relâchais le don du Seigneur des bêtes comme on relâche une rivière de son barrage. Il eut un grognement sourd. Ma lame chanta, la sienne siffla au rythme de nos fers se croisant, et sur cette musique, nous dansions dans la semi obscurité, intervenant en faveur tantôt pour lui, tantôt pour moi. J'aurais dut mourir contre lui : il était meilleur, mais mon épée était investie du pouvoir de vaincre la mort, et mon esprit de celui de la rage de l'infliger. Nous avons danser, dans cet équilibre délicat sur le fil du rasoir servant de frontière entre l'automne de la mort et le printemps de la vie, laissant notre acier nous mordre à plusieurs reprise sans nous tuer, nous coupant sur le fil du rasoir tisser par nos épées. Puis un cri de Siwyll dans la cage rompit l'équilibre délicat, une ombre passa près de nous, et je fus près à mourir. Mais lui ne l'était pas et c'est ce qui me sauva. Il se détourna un instant, et mon épée trouva et traversa le ventre, le tissu puis la chair en un instant. Il s'effondra lentement, à regret, un juron aux lèvres, et mourut, les yeux grands ouverts, fixés sur le pays de l'hiver. A peine eu-je tout juste le temps de voir Pine d'Huître se jeter par l'une des fenêtres en haletant comme un chien en fuite. Je fus tenté de le suivre mais la mort de Brecht me laissais comme un regret au goût d'été finissant dans la bouche, et ce dernier s'en fut dans mes membres. J'étais épuisés, et Siwyll était affalée, sa tête saignait : on lui avait crever un oeil. Je m'approchais d'elle calmement, armait mon coup, elle me fit face avec dignité et sérénité. Elle me rappela ma mère. - Vas-y. Dit-elle. Je voulais lui donner une mort nette. Je voulais lui donner une mort juste, mais je ne le pu pas. Ma lame retomba. - Ce n'est pas à moi de te juger. - Alors Bran le tardif est aussi Bran le cruel, dit-elle. Pour le vol de la Harpe, il m'offriront à la Reine d'or et au roi d'azur et me brûleront vive dans une silhouette d'osier. - Nul ne peut marcher éternellement dans le jeune monde. Répondis-je. - Mais il se peut que l'on apprécie les longues balades. Reprit-elle. Je souris, mais il n'y eut que du regret lorsque je la détachais. Elle n'était pas en état de fuir, et à peine en état de marcher. Je pris la tête de Brecht, je prit les têtes des autres, la Harpe d'Hylan et les mirent dans un sac que je mit sur un cheval non loin. J'allais rechercher la femme vérolée comme future esclave. Quand je revins, elle s'était soignée autant que se pouvait de par sa sorcellerie, mais elle était toujours là alors que je m'attendais à ce qu'elle s'enfuie. Elle lut ma pensée dans mon regard. - Allons-y, Dit-elle, je suis barde, je dois conter ta légende. Le voyage de retour fut comme celui de l'aller, à la fois plein et creux. Il ne se passa rien mais était plein de silence. Le regard de Siwyll était baissé, son visage serein. La première personne à nous voir sur le chemin du retour fut Gadr, un paysan grand comme un chêne et tout aussi pacifique. Il nous regarda alors qu'il labourait son champ. Ce ne fut pas lui que je vis, lorsque mon regard se posa sur le paysan. Il y eut un bruit de cor, et, Prydan, notre roi vint aux portes du village. C'était un homme au milieu de son automne, la quarantaine d'année, debout sur son bouclier d'or et d'argent soulevé par ses guerriers. Ses cheveux avait grisonné prématurément, aussi avait-il les cheveux gris d'un vieillard, mais dans ses yeux bleus, la fougue d'une étoile filante étincelait. A ces côtés marchait Hylan, il avait à peu près le même age que mon Roi, le poil brun et l'oeil vif, revêtu avec l'élégance des hommes qui veulent mourir à leur zénith, le geste souple du chat. Un coup d'oeil et il comprit ce qui s'était passer. Haneth, le druide était à la droite du roi, le druide rouge l'appelait-t-on, et rouge était sa robe, et rouge était son histoire, car il se faisait souvent chasseur d'homme, sous la forme d'un ours, d'un fauve ou d'une bête des temps ancien. Et derrière eux tous les guerriers et guerrières du royaume, Nyall le vif, Cuwen à la main sûre, et tant d'autre que j'avais tant admiré sans connaître réellement le prix d’un devoir qu je commençais seulement à entrevoir, et derrière ceux-là venaient ceux dont je ne partagerais plus les peines, que j'avais appris à aimer que je devrais désormais protéger, et tous nous regardaient. Je prit le sac contenant les têtes des vaincus, et les répandis devant moi dans la terre poussiéreuse. - Pour la furie et l'acier. Dis-je. Le silence ne fut rompu que par un croassement de corbeau. - Pour le pays de l'été et les dieux. Je pris la harpe dans son sac et la révéla aux yeux de tous, il y eut cette fois-ci un murmure parmi les paysans et ceux des esclaves présents. Je pris la femme vérolée, qui s'était éveillée pendant le voyage mais que j'avais bâillonnée, car je ne me sentais point d'entendre ses plaintes tout du long. - Pour le village. Finis-je. La femme émit une plainte lorsque je la jetais au sol. Je ne craignais rien pour elle. Pour maigre qu'elle fut, elle était résistante. Hylan prit la parole. - Parle Siwyll, fille de Sydna, et parle vrai ! Siwyll sourit avec une pointe d'insolence et parla, je m'attendis à ce qu'elle mente mais n'en fit rien, et la vérité s'écoula de ses lèvres comme une rivière claire et fraîche, mon coeur s'étreignit, songeant qu'il s'agissait de la rivière de son sang, mais qu'elle mettais dans sa mort toute son énergie et toute son âme, je me sentis devenir vieux, et je me sentis devenir gris, mais toute ce ciel immense de peine restait voilée par le nuage opaque de mon visage. Lorsque la voix de Siwyll s'éteignit celle de Prydan s'éleva. - Bran, dit-il, tu es un guerrier étrange, tu possède le don de la furie, et nul ne saura nier que tu es digne de ton royaume et d'être des nôtres. - Merci, dis-je, mais je ne pourrais rester, j'ai fait un serment, et ce dernier, fait à un homme mort, vaut deux fois celui fais à un homme vif, fut-il gris, et l'on ne me surprendra à rompre ni l'un ni l'autre, aussi ne puis-je rester. - Je comprends et cela t'honore. Répondis le roi en souriant derrière sa longue moustache. Druide, je réclame ton jugement sur Siwyll ! Le Druide rouge regarda la jeune femme, j'avais le goût de sa peau en bouche, et les larme de sa mère dans les yeux, mais le Druide rouge resta impassible : "Siwyll, tu as commis un grand crime en volant la Harpe d'Hylan, ton maître, et tu as usé de la tromperie pour la regagner. Tu es revenue à nous sachant quelle serait ta peine, et tu as donner l'immortalité à celui qui t'as sauvé malgré tout. Tu as tenus ta parole : Puisse-tu perdre ta fourberie sur le chemin de l'exil, peut-être trouvera-tu un autre royaume mais Hylan chantera le chant de Bran, qui sera marqué de ta fourberie." Le druide rouge hocha la tête vers Hylan et la voix d'Hylan prit le relais aussi naturellement que le jour succède à la nuit. - Siwyll, tu as payer de ta main et de ton oeil tes forfaits et ton aveuglement, tu ne pourras être Barde du royaume, tu ne pourra rester ma disciple, tu seras désormais Siwyll à la langue à deux tranchant, l'un pour la vérité et l'autre pour le mensonge, mais trouve un vrai héros Danaël, regagne ta main et ton oeil, et tu sera nouveau digne de mon vin et de mon pain, va, et ne revient pas ! Siwyll s'attendait à mourir, je la vis chanceler, mais elle ne tomba pas. Elle se retourna sans fioriture, et disparut, dans les bois à l'horizon, simplement. Puis il se tourna vers moi. - Bran, le paysan que tu étais est entré dans l'hiver, et le guerrier que tu es entre dans son printemps, tu es maintenant "Bran à l'épée grise" c'est un surnom neutre, que seul tes actes rendront glorieux ou pas. Je hochais la tête. - Et maintenant, dit Prydan, permet moi d'offrir l'hospitalité au guerrier que tu es devenu ! Le peuple, les guerriers, eurent un rugissement, et seul Hylan et moi regardions encore vers la forêt, où Siwyll avait disparue. Ce soir là, il y eut une fête. On dévora un nombre sans fin de sanglier, on but un fleuve de bière et Hylan joua de la harpe en son honneur et déversa des torrents de note et de musique à vous en faire mourir de rire, à vous en fendre le coeur. Je m'assis à la droite du roi et eut droit à la meilleur part de chaque chose. Comme le veut la coutume, Hylan nous rappela la fin de toute chose avec un poème amer et triste. Et je partageais la couche d'Aewen à la peau douce, aux lèvres de sucre et à la chaleur d'été. Le lendemain, je donnais la femme vérolée à Dylf, mon demi-frère pour compenser la perte de sa femme et je repartis au petit matin. J'aurais put encore rester pour établir mes terres, mais j'ignorais si j'allais revenir : les hommes gris vivant en Eriath n'aiment guère les Danaël, et nous le leurs rendons bien. Je marchais jusqu'au carrefour marquant la limite du royaume, lorsque j'entendis la voix de Siwyll résonné dans l'air matinal, comme celle de l'oiseau qui salue l'arrivée de l'été, et qui se moque de votre incapacité à courir sur les airs. - Salut Bran ! Quel surnom t'ont-t-ils donner ? L'insolence et la nonchalance de sa voix me prirent à la gorge. - Je suis "Bran à l'épée Grise" maintenant, et un guerrier du royaume désormais, tu es exilée, file avant que je ne prenne ta tête ! Elle rit. - C'est qu'il attrape une tête si grosse, mais elle reste si vide ! De ce coté-ci de la route, je suis encore au-delà du royaume ! Je puis faire ce que je veux ! Je grognais. - Et que veux-tu ? - Revenir chez moi, dit-elle. - Tu devras trouver un vrai héros Danaël, tu as peu de chance. - Ta quête est bien assez désespérée et héroïque pour un "vrai héros Danaël". Sais-tu seulement par ou commencer ? Je grognais à nouveau. Par les dieux ! Elle avait raison, et j'avais envie d'étrangler cette petite vipère manchote à un oeil ! - C'est bien ce que je pensais, dit-elle. Je crois que tu as besoins d'un barde, Bran à l'épée grise, pour te guider dans ta légende...ou ta satire... Je me remis en marche, sortis des frontières du royaume. - Tu connais l'histoire de cette épée ? Demandais-je. - Certes. Rétorqua-t-elle en m'emboîtant le pas. Je grognais à nouveau. - Je prendrais ça pour un oui. Dit-elle. Elle rit d'un rire espiègle, et si le soleil de sa chevelure aurait put émettre un son, cela aurait bien put être celui-là, et il réchauffa mon coeur comme la main de l'été se refermant sur lui.
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