La déesse d'or se leva sur le monde le sourire au lèvre ce jour là, elle chassa la brume matinale de l'Eriath comme l'éveil chasse les rêves qui peuples les derniers instant du sommeil, et lorsque ce dernier s'en fut définitivement avec eux, je me levait de ma couche de toile, la force de mon été naissant rugissant dans mes veines.
J'avais 16 ans.
J'étais un homme, un membre de la tribu des Daan, du peuple des Danaël, héritiers de la terre d'Eriath, je n'étais aujourd'hui qu'un paysan, mais plus pour longtemps, je me l'étais promis.
Je me préparais pour cette journée depuis une Lune, et j'avais recueillis les couleurs bleues et secrètes que l'un des détenteurs du pouvoir sauvage avait mêlé au sang d'orc et d'homme pour m'en revêtir en lieux et place de mes vêtements habituels.
Je prit la lance de mon père, une profonde inspiration et sortit de ma hutte.
Dehors, l'air était frais, mais la caresse de la Reine d'or sur ma peau me firent sentir loups, je grognais d'exaltation.
Tout était calme et silencieux lorsque je traversais le village, seul une corneille me salua d'un grincement amusé.
Je m'arrêtais pour l'observer et souris : -"Bien mon amie, dis-je, tu me conduiras sur les chemins du pays de l'été plus tard que tu ne le crois. Salut à toi !"
Je ris et franchis les remparts du village.
J'étais un homme, pour un paysans, cela suffit, vivre, retourner la terre, garder des moutons, et atteindre tranquillement le pays de l'été lors de sa mort, et renaître sous la forme d'une de ses bêtes légendaire qui fait trembler la terre sous ses pattes, qui goutte parfois au sang des dieux, et qui, parfois meurent de la main d'un de ces anciens guerriers, pour renaître ici, sous la forme d'un héro.
Oui, pour un paysan, cela peut suffire, mais moi, je n'attendrais pas deux vies entières, je me l'étais juré.
Le sentier devint de moins en moins visible au fur et à mesure que je m'éloignais du village, et à mesure que croissait la distance qui me séparait de chez moi croissait mon appréhension, ma peur. Lorsque j'arrivais à la vieille croisée des chemins, la nature fraîche et printanière était devenu un monstre étrange, à la fois vert et invisible, cachant un danger que je devinais plus que je ne voyait vraiment, faisant souffler un vent frais venus du pays de la mort, de la terre de l'hiver, qui me murmurait de rentrer chez moi.
Pendant un instant, je fut tenter de suivre son avis, du moins pour aujourd'hui, lorsque ce vent frais porta aussi la nouvelle d'une autre présence, que je redoutais peut-être plus que la mort elle-même. Une délicate musique lécha mon oreille comme l'amante d'un soir qui puise son audace dans l'inconséquences de ces actes, et attira mon regard.
Je tournais la tête et sut mon destin scellé lorsque je croisais son regard amusé.
- Salut Brann ! On chasse la caille ?
Elle était petite, mais Dame Terre lui avait donné la volupté et l'éclat d'une de ces fleurs que l'on trouve sur les collines, -et où l'on enterre les hommes mort !-. Ses cheveux étaient blonds, coupés, étrangement court aux épaules, et yeux bleux ciel lançaient des élcairs de malices. Une fleur de soleil vénéneuses que j'avais rencontré là, la disciple d'Hylan, le barde du village.
- Salut à toi Siwyll, fille de Sydna ! Quel vent te mène ?
Son sourire était celui du chat sauvage, qui n'a pas faim mais qui joue avec sa proie.
- Un vent ? Aucun mon amis ! Juste mes yeux et mon jugements, je voulais quel exploits tu nous préparerais !
- Un exploit... je me contente de patrouiller.
Je me maudis intérieurement aussitôt ses paroles prononcées.
- Une patrouille, bien sûr, mais tu n'es pas un guerrier, tu es un paysan, revêtu des signes de la furie, si l'un des guerriers du Dun, t'aperçois, ton destin est scellé.
Je me remontais.
- Sauf si je ramène la tête d'un ennemi !
Siwyll éclata de rire.
- Attention ! Dit-elle, Une tête de moineau, ça ne compte pas !
Siwyll était une peste, mais d'un trait d'humour, elle avait fait mouche. Je ne pouvais chasser, pas même une créature aussi dangereuse qu'un sanglier ou qu'un loup. Je devais tuer un homme, où un orque...
- Rassure-toi, il doit rester un Gobelin par ci par-là !
Elle n'en perdait pas le sourire. Un vieux dicton Danaël dit qu'il y a deux type de bardes : Ceux qui vous enterre, et ceux qui vous rendent immortel. Devinez à quel genre de Barde appartenait Siwyll ?
- Tu peux partir, dis-je, je ne serais pas celui qui entrera dans tes sagas sous le nom de "La terreur des moindres !"
Elle resta silencieuse un instant, puis éclata de rire à nouveau.
- Ma parole, Tu as fait de l'esprit ! Il y a déjà toute une matière à une chanson. J'espère que tu mourras aujourd'hui, dans la pleine gloire de ton exploit !
Je rugit et me précipitais vers elle.
- Et une peste blonde et pucelle, ça compte ?
Elle m'arrêta d'un geste, toujours souriante.
- Allons, retiens ta main ! Tu es peut-être assez bête pour me menacer, mais pas pour te condamner à l'hiver toi même en m'attaquant, et qui plus est, tu as besoin de moi...
Je m'arrêtais. La peste soit sur elle, elle avait raison : Tuer une barde, c'est tuer les hommes et les histoires qu'elle chante. Un crime qui n'est pardonné qu'en cas de guerre, et encore ! Uniquement pour les bardes du clan adverse. Ceux qui tuent les bardes sont bannis, et les esprits de l'hiver viennent les saisir...
- Peut-être, mais je n'ai pas besoin de toi !
- Ah bon ? Et qui louera ta bravoure si tu meurs ?
- Pourquoi ferais-tu cela ?
-Tttttt ! C'est mon devoir, Brann, et si je n'ai pas une bonne légende, j'aurais peut-être une bonne histoire drôle !
Je la contemplais. J'avais eut raison. Je ne pouvais plus revenir sur mes pas, dés l'instant où j'avais mit le pied en dehors de chez moi, où j'avais croisé le regard de cette petite vipère blonde à la langue acérer.
- Soit ! Dis-je. J'accepte que tu me suives.
- Tu es trop bon !
- Si tu es si maligne, dis-moi où la gloire nous attend ?
Elle réfléchit un instant, son regard se fit triste, et je me rappelais que je ne l'avais jamais vue aussi triste avant ce jour, et tout au fond de moi, j'entrevis ce qu'étais réellement le monde des hommes, et compris que j'allais laisser l'enfant que j'étais derrière moi, et peut-être ma vie avec lui... Puis son sourire espiègle ressurgit, son regard se fit Renard malicieux.
- Que pense-tu de la colline de l'homme-mort ?
- Trop loin ! Dis-je, un peu rapidement peut-être.
- Du bois des corbeaux ?
- Trop prêt ! Je réussis à sourire pour le change.
- Alors c'est décidé, dit-elle en riant, les ruines des Anciens.
- Pourquoi déciderais-tu ?
- Parce que c'est moi qui écrirais ta légende !
Et elle partis la première. Je ne pouvais plus que la suivre...
Nous avons mis toute la journée pour atteindre la ruines des anciens...
Et la journée avait été à la fois creuse et pleine, après notre rencontre, aux confins de notre royaume, Siwyll avait d'abord ouverte la marche, mais après ne où deux oeillades pleines de malices, j'avais rapidement prit la tête.
Telle était son don, son sourire narquois seul était une réplique acerbe qui résonnait aussi clairement que du cristal dans l'esprit des hommes, et cette réplique disait quelque chose du genre :"Est-tu si courageux que tu laisse un autre prendre la tête de ta propre quête ?"
J'avais donc pris la tête, et rapidement, nous avons dépassé les frontières de notre royaume, marquée par les têtes suspendues aux branches des arbres de nos ennemis, balançée par le vent et à différent stade de décomposition.
Je regardais la tête d'un Homme Gris : les quelques cheveux noirs lui restant grissonnant, la langue et un oeil déjà arrachée, probablement par quelque corbeaux ou corneille de passage. Son dernier oeil, néanmoins, gardait semblait darder un regard d'une telle intensité qu'il me fit oublier sa puanteur. Sur un reste de joue lacérée et infestée de vers grouillant, je constatais un tatouage étrange.
- S'il te parle c'est bon signe !
Siwyll m'avait rejointe, et sa voix semblait ne jamais vouloir se départir de son ton sarcastique.
- Rend-toi utile, Barde ! Et dis moi ce que cette marque signifie.
J'avais déjà vu beaucoup de tête dans mon enfance, mais la plupart appartenait à des orques où des hommes de clans rivaux. J'avais bien vu quelque tête d'Homme Gris ou d'Homme Libre, mais jamais tatoué de la sorte.
Elle s'approcha de la tête et retroussa les narines.
- Mmmmh, un prêtre du Verbe, ou de la Parole, sans doute. Quand il ne se rasait pas, dit-elle en souriant, il devait avoir plus de poil au bec que toi !
- Je jurerais qu'il m'a lançer un regard depuis le pays de l'été !
Siwyll eut un petit rire.
- Les Hommes Gris ne rentrent pas au pays de l'été lorsqu'ils meurent ! Leurs âmes se fond avec leurs Parole, et c'est la seule éternité qu'ils obtiennent jamais. Etre oublié et immortel, quelle chance !
Elle repartit, sans un regard de plus à la tête du prêtre, je lui emboîtais le pas, me sentant comme un jeune chien partis à la chasse.
- Et s'il m'avait réellement observé ?
- Grand bien t'en fasse, mais ce serait un drôle de présage ! Un homme de foi d'un peuple honnit digne d'être décapité qui t'observerais depuis... son après vie ? Drôle de mentor pour un futur guerrier du royaume, mais c'est tout toi, Bran : Jamais capable de faire les choses comme tout le monde !
Je grognais et reprit la tête.
Ah, cette peste ! Siwyll avait ce don, sa voix avait cette manière de vous garder coi jusqu'à l'estocade verbale qui transperçait votre orgueil. Certains hommes du pays avaient affirmé que sa langue possédait d'autres dons plus agréables lorsqu'elle passait sur votre corps, néanmoins, certains qui s'en étaient vantés l'avait amèrement regretté, et tous se souvenait de Krenan, l'amant d'une seule minute. Sa virilité avait été coupée du jours au lendemains, aussi sûrement que si son sexe avait été jeté à des rats affamés et sa barbe rasée.
Siwyll avait en place de la langue, une lame cruelle et barbelée...
Nous continuâmes ainsi notre chemin, sans échanger un mot. Parfois, je jetais un regard derrière moi pour m'assurer que la Barde me suivait, et toujours elle était là, me fouettant le dos de son regard moqueur, son sourire m'étrillant et me poussant en avant plus que n'importe quel trésor et rêve de gloire. Je savais que si je parvenais à rentrer chez moi sans me faire tuer, et sans exploits, se serait son verbe, qui ne me raterais pas.
De toute façon, j'aurais étriper un royaume entier d'Homme Gris juste pour faire vaciller les certitudes de la bougresse quand à ma nullité.
Le soir vint, se posant plus doucement et plus insensiblement qu'une plume d'oiseaux par-dessus nos tête, lorsque nous arrivâmes en vue des Ruines des anciens.
Nous pouvions les voirs depuis le flanc d'une colline rocheuse, et leurs cîmes grises jaillissait au travers d'une mer de feuillage verte, nous rappelant que si les peuples Danaël avait reprit les terres de l'Eriath, ils n'en avait pas pour autant chasser toutes traces des envahisseurs.
- Asseyons-nous, dit Siwyll, et laissons passer cette nuit. Je préfère la compagnie de la Dame d'or pour me moquer des exploits des maladroits !
Je soupirais, mais elle avait raison, aussi nous trouvâmes rapidement un lieux où nous reposer, néanmoins il n'était pas question de faire du feux, et la morsure nocturne de l'air printanniers restait plutôt fraîche.
Nous restâmes en vue des vestiges de ce qui avait été une cité. Tous dans notre clan nous connaissions les Ruines des anciens, néanmoins, elle gardait un caractère mystérieux pour moi, qui n'avait pas grandit dans les jours glorieux et sanglants du Retour de l'été.
- Parle moi des ruines, dis-je a Siwyll tandis qu'elle les observait, parle-moi du Retour de l'été.
- Ah, tu parle comme un enfant ! Répondit-elle.
- Je n'en suis pas un !
Elle rit de plus belle.
- Certe, certe, dit-elle avec un ton qui démentait toute conviction dans son assentiment. De toute façon nous avons du temps à tuer, ta question est en fait les deux faces d'une même pièce, les Ruines des anciens sont en fait issue du Retour de l'été, ou de l'été de la Grande Rage comme l'appelle les Kails.
- Le jour où nous avons reprit nos terres aux Hommes Gris.
- C'est le nom que nous leurs donnons, mais en fait, ils s'appellent eux-même les Emers, de l'empire du même nom, les Kails, l'autres peuples Danaëls, les appellent les sans-visages, parcequ'ils ne semblent aspirer qu'à s'oublier eux-même dans chacun de leurs gestes, cela faisait autant leur forces que leurs faiblesses d'ailleurs. Je sais que cela va avoir du mal à rentrer dans ta tête de paysan, mais l'Eriath n'était avant qu'un fragment de l'empire d'Emer. Lorsqu'ils envahirent l'Eriath, Ils chassèrent les nôtres telles des loups, avec leurs épées d'aciers, tuèrent nos héros, nos femmes et nos enfants, et ceux qui acceptèrent de se rendre furent fait esclave sans espoir de prouver leurs vaillances. Condamnés à la servitude vers des terres lointaines. Beaucoup de ceux là partirent et jamais ne revinrent."
Je ressentis un frisson à ses paroles, à moins que le vent ne se fît plus frais.
"Ils lacérèrent les forêts de l'Eriath avec leurs routes de pierre, et forcèrent les Daans et les Kails à se cacher au plus profonds des forêts, en des lieux ou la lumière de notre mère soleil n'atteignait jamais le sol, en ces lieux, on trouve néanmoins encore de l'herbe, car les larmes de rage des femmes Danaëls l'ont rendus fertile, mais il s'agit d'une herbe noir et amère, qui gémit lorsque le vent la fait onduler, et dont seuls les animaux insensible au goût du désespoir veulent bien se repaître."
"A cette époque, beaucoup de nos héros sont mort et son partis sur les sentiers du pays de l'été, mais même ces derniers jurèrent de revenir, et un serment fait dans ce monde est plus solide que l'acier, et donc un jour ils revinrent avec le Haut-roi."
"Beaucoup d'eau s'était écoulée sur la rivière du temps, néanmoins, car le temps de l'été et le temps du jeune monde sont dissemblable, à cette époque, les peuples Danaëls avaient perdu beaucoup de sa nature, et gagné beaucoup de celle de l'ennemis, et certains avait même trahi, néanmoins, ils reconnurent leurs héros comme une mère reconnaît son fils, comme la terre reconnaît la caresse humide du ciel, et lorsque les pluies anciennes tombèrent sur le peuple nouveau, ce furent des plantes de vengeances qui poussèrent, et elles donnèrent des fruits écarlates gorgés de sang."
"L'un d'eux étaient le Haut-Roi."
"Le peuple Danaël revint à la guerre, et tout les enfants de l'Eriath avec lui, les bêtes et les plantes, les elfes et les faées, le Haut-Roi à leur tête, et ce fut le Retour de l'été du peuple Danaël, beaucoup des Emers qui survécurent s'enfuirent loin vers leurs terres du nord, tandis que le peuple des hommes libre vint pour prendre leur suite, néanmoins, la plupart d'entre eux s'enfuirent à leurs tours lorsqu'ils furent confronté a la colère du Haut-Roi."
"Mais pour aussi puissant qu'était le Haut-Roi, il connaissait l'hiver et la mort, et ce dernier partis un jour rejoindre Dame soleil pour festoyer en sa compagnie, mais nous n'avons pas oublié, et un jour, lorsque l'Eriath aura besoin de lui, un nouveau Haut-Roi viendra."
Il y eut un grand silence que je finis par rompre.
- Et la "Ruines des anciens." ?
- Oh, c'est le combat de notre clan, lors du Retour de l'épée, c'est nous qui avons effacé cette cité comme le courant d'une rivière efface les traces d'un homme dans son lit. On dit l'endroit hanté, de nuits, par les âmes du peuple gris qui n'ont pas rejoint le Verbe, ces légendes, là, c'est Hylan qui en est le gardien, pas moi."
- Des fantômes ? Dis-je.
- Oui.
Soudain, je me sens floué.
- Des fantômes ?
- Exact, dit-elle, amusée. Tu as besoins de le hurler pour le comprendre ?
- Non ! Mais comment puis-je ramener la tête d'une créature immatérielle ? Petite sotte !
- Je reconnais là ton grand pragmatisme ! Et ta grande naïveté, si il y avait vraiment des fantômes dans cet endroit, crois-tu que j'accompagnerais un fils de paysan là-bas s'il y en avait ? Cela ferait une tragédie un peu trop courte à mon goût.
- Alors, il n'y a pas de fantôme ?
Elle soupira.
- Non, il n'y a pas de fantôme, mais rassure-toi, il y a là-bas bien d'autre danger, bien plus réel, des hommes libres et des Brigands, et assez de tête pour te faire trois fois guerrier du royaume !
- Mmmh, je vois. Ils seront à moi et à ma lance.
- Je n'en doute pas. Mais soit prudent.
- Nul ne marche dans le jeune monde éternellement, Siwyll. Dis-je, en citant un proverbe.
- Mais il peut arriver qu'on apprécie les longues ballades, Bran. Dit-elle.
Nous restâmes un instant silencieux, à nous observer l'un l'autre, le printemps était dans l'air, et je caressait son corps du regard, songeant au fait qu'il est des fleurs vénéneuses dont l'attrait est tel qu'il est difficile de leur résister, mais je ne serais pas le prochain à me faire appeler l'amant d'une minute.
Elle baissa ses yeux sur moi, éclata de rire.
- Belle virilité, pour un fils de paysan ! Dit-elle.
- Merci, dis-je en grognant, mais je saurais me distraire seul cette nuit, peste blonde.
- Certes, je ne doute pas que tu ais de la pratique dans ce domaine, mais ne te distrait pas trop : Il faut bien que quelqu'un veille sur moi pendant que je dorme !
- Pourquoi devrais-je... ?
-Les brigands ! Dit-elle simplement.
Sur ce, elle s'allongea et s'endormit comme une souche, me laissant planté là tandis qu'elle s'enfuyait dans le pays des songes, et que je me demandais si le pays de l'hiver ne valait peut-être pas le plaisir de l'étrangler dans son sommeil...
Certaine journée se lèvent comme des fleurs ou des arbres, presque insensiblement, avec une patience infinie : on se retourne, et l'on s'aperçoit que l'arbre a donné un fruit, ou que la fleur s'est éclose et à fait disparaître avec les pétales de sa beauté diurne la sombre majesté de la terre nocturne.
Eh bien aujourd'hui n'était définitivement pas l'une de ces journées.
- Lève-toi paresseux !
Je m'éveillais, reconnus la voix de Siwyll, mais pas avant d'ouvrir les yeux et de pouvoir éviter la motte de boue qui me tomba sur le visage.
- Tu t'es endormis ! s'écria-t-elle, la légende de l'homme-souche, cela te dit ? "Il possédait un pouvoir à peine croyable ! Pouvait s'asseoir, et s'endormir tel un minable !" Cela rime assez pour toi ?
Je jurais et balayait la boue d'un revers de la main tout en me redressant.
- J'étais fatigué, et ne voulais pas souffrir de te voir éveillée... Dis-je. Pourtant, tu ronfle comme un sanglier !
Ses yeux s'écarquillèrent un instant. Plein de stupeur et de fureur, il pleuvait, ses cheveux étaient raides, humides, pleins de l'odeur de la pluie. Sa peau devait être fraîche comme la rosée. Le bruit sourd de la pluie matinale résonnait comme un choeur de tambour lointain à travers la forêt, et trouvait comme un échos à travers ma poitrine.
Sa gifle fut comme une bourrasque subite, inconséquente, presque indolore, mais toujours surprenante.
La colère traversa mon esprit comme un éclair, et l'instant suivant je fut sur elle, plaquant son corps contre le tronc d'arbre le plus proche, lui faisant expulser l'air des poumons, la surprise la saisissant plus sûrement que ma propre étreinte.
- Espèce de poison ! Lui dis-je.
Elle reprit son souffle, et son genou visa mon aine, mais elle était trop petite et moi trop grand, elle toucha mon estomac. La douleur avait quelque chose de sourd, étrangement agréable. Je réprimais un hoquêt et la serrait plus fort.
Son regard vint lacérer le mien, ces yeux, pareils à des lac jumeaux reflêtant des cieux furieux croisèrent les miens, et j'y lu plus que de la fureur. A cet instant, nous nous appartenions l'un à l'autre aussi sûrement que le soleil et le ciel.
- Je ne t'aimerais jamais. Dit-elle. Tu es trop stupide.
Je sentis un sourire sarcastique naître sur mon visage.
- Bien, je suis trop stupide pour me soucier d'être aimé...
J'approchais mon visage du sien, sa bouche était fraîche, sa langue pétillante comme la chair d'un fruit encore vert, nos souffle se fondirent l'un dans l'autre. Mes mains lachèrent ses poignets pour la dévétir, la saisir à la taille, et l'élever pour m'offrir sa poitrine à la caresse de ma langue.
Puis le chant nous interrompit.
Un chant d'Homme libre, dont la langue était un étrange mélange de la langue elfique et de la langue d'Emer, ainsi que d'autres mots importé de régions si lointaine qu'elles auraient put être dans le royaume Lunaire.
Le chant qui nous parvenait était désagréablement proche, nous nous séparâmes et nous nous ruâmes à couvert sans échanger un mot. Ma main trouva ma lance, la sienne trouva son épée. Mon regard fouilla les alentours d'où provenait le chant ne trouva rien, mais une autre voix se joignit et reprit le refrain.
Je fit signe à Siwyll de me suivre, me sentit serpent et me mit à ramper vers les voix. J'entendis Siwyll me suivre derrière moi, je ne me retournais pas.
"Là !"
La voix de Siwyll n'était qu'un murmure mélé de nervosité et d'excitation, un vague reflet de ce que j'éprouvais moi-même et je les vis : septs hommes, armés d'épées et de gourdins, vêtut de cuir et de cape pour se prémunir de la morsure de la pluie, chevauchant des montures mal nourries au regard morne sur un sentier à peine visible.
- Lequel est le chef ? Dis-je.
- Tu compte attaquer maintenant ?
- Si je tue le chef, les autres seront un moins gros problème.
- Habile, mais stupide.
- Hm ?
- C'est la harpe d'Hylan que nous voulons, et aucun d'eux ne la possède sur lui. Ils vont sans doute attaquer quelques autres paysans libres ou gris. Allons aux ruines, et prenons la Harpe tant qu'ils n'y sont pas.
- Tu imagines qu'ils ne laisseront pas de garde ?
- C'est pour cela que tu es là, non ? Et j'espère que ta lance pointe aussi dure que ton sexe.
Je haussais les sourcils.
- C'est un compliment ?
- Je sais que ça ne t'arrive pas souvent, alors savoure cet instant, dit-elle.
Les brigands finirent par passer et disparaître derrière un rideau de verdure, et nous reprîmes notre route prudemment, nous dévalâmes la pente et nous approchâmes des ruines, passant d'un arbre à un buisson.
La pluie cessa rapidement, en Eriath, le climat est capricieux comme un enfant ivre, et change souvent du tout au tout. Je grommelais car je comptais sur la pluie pour camoufler le bruit que nous ferions peut-être dans les fourrés.
Arrivé à bonne distance, je sentis les effluves d'odeurs de cuisine, me rappelant que je n'avais rien mangé depuis le matin. Soudain, un morceau de pain fourré de confiture surgit sous mon nez, tenus par la main de Siwyll.
- Tiens, pour empêcher ton estomac de nous trahir, et essaie de manger silencieusement !
Je souris, et engouffrais le morceau de pain sans un mot tout en observant les ruines : C'était une ancienne cité, et en son centre se dressait les restes d'un fort. L'endroit devait être beau avant. Des murs blancs fait de pierres massives et soudés au mortier, couvert de plantes grimpantes et de racines. L'enceinte principale était ébréchée à de multiples endroits, le sol de pierre blanche défoncé, parsemé de flaques d'eau de pluie, certaines était si grande qu'elles s'étaient transformée en mare d'eau plus ou moins croupie ou paressait des grenouilles.
L'ancienne cité gisait, pareille à un monstre défunt, un dragon dont les os de pierre restait le témoin inaltérable d'une puissance révolue et terrassée. Tel était le pouvoir des hommes gris, me dis-je, on n'oubliait leurs noms, mais leurs oeuvre marquaient la terre presque à jamais. A mon corps défendant, je sentis un sourd respect pour eux naître en moi, pareille aux larmes infantiles que l'on réprime à l'approche de l'âge adulte.
Je fermais les portes de mon esprit à ces pensées, puis je laissais mon estomac et mon odorat indiqué à ma vue la source de l'odeur de nourriture et la trouva rapidement : une colonne de fumée grise s'élevant depuis une maison possédant un toit fait de bois, aux fenêtres barricadées grossièrement par des planches de bois.
- Tu les vois ? Chuchotais-je.
Elle hocha la tête, sans un mot, nous nous avançâmes furtivement dans la cité, évitant de passer par les lieux trop aisément accessible et défendables. L'espace d'un instant, je croisais le regard de Siwyll, et j'y lu la même pensée que celle qui me hantait, nous marchions au milieu du passé, et nous étions ses fantômes.
Puis soudain, la maison fut toute proche. Un pan de son mur s'était effondré, mais avait été comme pansé par de grandes couvertures de cuir qui obstruait la plaie architecturale tandis qu'une corde à linge s'étendait d'un bout à l'autre de la rue, soutenant des vêtements sec, sans doute posé pendant notre approche.
- Et maintenant, murmurais-je, que fait-on ?
- C'est à toi d'accomplir ta légende, répondit-elle narquoise, moi, je ne ferais que la conter.
- Peut-être voudrais-tu faire partie de la mienne ?
Elle rit presque.
- Je ne suis pas encore aussi désespérée !
Je lui rendis un sourire nerveux. Je m'étais décidé, j'entrerais et je tuerais tout ce qui s'opposerait à moi. Si je mourrais, j'emprunterais les chemins du pays de l'été la tête haute. Elle fut sur le point de dire quelque chose mais je ne lui prêta plus attention et m'avançais vers la maisonnée à travers l'allée pavée de pierre grise, où des herbes folles poussaient entre chaque caillou.
Je traversais l'allée en l'espace d'un seul battement de coeur, un deuxième battement me fut nécessaire pour soulever la bâche de l'entrée.
Je surpris une femme au visage ravagé par la petite vérole, deux hommes armés et une forme sombre accroupie dans un coin.
Tout alla très vite.
Mon coup de lance sembla jaillir de nulle part, et transperça l'un des hommes, il portait une longue barbe brune, ses yeux étaient sombres et reflétaient une étrange surprise. Ma lance transperça sa poitrine et ses mains saisirent sa hampe malgré la mort qui happait son âme comme un monstre obscur surgit de lui-même. L'instant suivant, je retirais ma lance de son corps avec un telle violence que je lui coupais les doigts encore crispé sur le manche pour parer le coup rapide du second, sans réfléchir, je ripostais d'un coup de tête fulgurant qu'il ne vit pas arriver.
Il recula sous l'impact, criant dans la langue d'Emer.
C'est alors que la chose accroupie au fond de la maison bondit et rugit.
Une gueule immense s'ouvrit vers moi, telle l'entrée d'une grotte de chair affamée animée par un tremblement de terre grondant. C'était un chien, mais un chien comme je n'en avais jamais vu, sa fourrure était sombre, mais toutes les parties de chairs visibles de la bête étaient rouge sang. La femme hurla de terreur. Je fus projeté en arrière, sous l'attaque, évitant la morsure de la bête.
Depuis ma prime jeunesse, j'accompagnais mon père à la chasse, dont il se servait pour améliorer son ordinaire, je n'étais certes pas autant doué que lui, mais j'avais tuer ma part de bête, dont un sanglier le jour de mes quatorze ans. Aussi, je connaissais la fureur qui peut animer un animal acculé, mais aucune que je n'avais vue où affronter jusqu'ici n'avait été comparable à cette bête.
Je fis une roulade en arrière rapide pour amortir ma chute et sortir de la maison, mais le temps que je me relève, la bête fut sur moi dans un grondement semblable au tonnerre et cette fois-ci elle mordit profondément les chairs de mon mollet.
Ce fut alors comme si la rage de la bête me contamina en un instant fulgurant, et le monde entier se teinta de rouge. Je me dégageais en jetant la bête d'un coup de pied contre le mur d'une maison en ruine. La créature, ne s'ébroua même pas, elle heurta le mur avec son dos et revint à la charge, la fourrure sombre comme une tempête, ses dents blanches ruisselant de sang semblable à un éclair écarlate.
Un éclair que j'évitais sans même y penser, à cet un instant, cette bête est moi étions unis par la même fureur de vaincre. Je vis son oeil gauche et ce fut sa fin, car ma lance suivit mon regard qui l'avait précédé. J'entrevis son crâne transpercé, remarquais distraitement sa cervelle dégoulinant par les oreilles tandis que je me ruais déjà sur mon adversaire suivant en hurlant...
Mais ce dernier ne me décocha pour toute riposte qu'un sourire goguenard, saisit l'une des cordes qui tenait la bâche et la tira. Mon coup de lance ne le manqua que d'un cheveu.
J'eus vaguement conscience du cri de Siwyll qui résonna derrière moi. J'entendis comme un frottement, suivis presque simultanément par un grondement. Mon adversaire disparu comme par magie, se jetant a quelques mètres de moi.
Il y eut comme un souffle derrière moi.
Je ne me retournais que pour voir le tronc d'arbre, pareil à un bélier, me percuter de plein fouet.







