Finalement, je me décide à la mettre maintenant. N'hésitez pas à me dire ce qui ne va pas, parce qu'il y a plein d'erreurs à mon avis.
Arou n'osait pas ouvrir les yeux. Si quelqu'un les voyait, il était perdu.
Il sentait une forme souple et molle sous son corps. Ses doigts parcoururent un drap blanc maculé de taches rouges. Ils se refermèrent sur un pli humide et tâtèrent autour. Il porta ses doigts à ses lèvres et se laissa submerger par le goût de son sang. Il ne savait pas d'où il s'était échappé; plusieurs blessures tiraillaient chaque parcelle de son corps. Il parvint, en respirant bruyamment, à se hisser sur un coude. Il gémit et se sentit fléchir. Ne parvenant pas à faire plus, il articula du mieux qu'il put :
"Il y a quelqu'un ?"
Sa voix ressemblait plutôt à un gargouillis rauque qu'autre chose. Comme personne ne répondait, et qu'aucun auter bruit que sa respiration se faisait entendre, Arou se risqua à ouvrir les yeux.
La lumière du jour le frappa. Ses pupilles rértrécirent brusquement et une lueur aveuglante pénétra en cascade dans son esprit. Il lâcha un cri de douleur et se couvrit le visage de ses mains. Il se rallongea et tenta de chasser la tache blanche qu'il voyait derrière ses paupières. Au bout d'un moment, Arou se releva péniblement et posa ses pieds sur le sol. Ceux-ci tremblèrent, puis réussirent à hisser deux jambes flageolantes. Arou essaya de marcher. Sa faiblesse l'empêchait de faire trop de mouvements, et il avançait d'une lenteur exaspérante. Arou se rendit compte qu'il portait une tunique propre. Lorsqu'ensuite, il se passa une main sur le visage, il sentit une cicatrice profonde sur sa joue gauche.
Les souvenirs l'attaquèrent brusquement.
La prison. La torture. La fin.
Etait-il mort ? Arou s'arrêta et secoua ses longs cheveux noirs. Il n'essaya pas d'ouvrir une nouvelle fois les yeux. S'il était mort, était-il condamné à rester dans l'obscurité ? Vivait-on encore une fois, après la mort ?
Il trouva appui sur un objet en bois et souffla. Les quatre pas qu'il avait fait l'avaient presque fait évanouir. Lorsqu'il fut en état de continuer, il opta pour retourner sur le drap. Il se sentait mieux allongé. Il y parvint tant bien que mal et laissa le silence se réinstaller dans la pièce. Des petits bruits se faisaient entendre au loin. Un clapotis de vagues, lui sembla-t-il, puis un peu de vent qui agitait les plantes. Et un martèlement de sabots.
Arou sentit la panique monter en lui et écouta les sabots se rapprocher. C'est seulement un passant, pensa-t-il. Mais les sabots stoppèrent soudainement leur course et il entendit un bruit lourd. Puis une porte qui s'ouvrait en grinçant un peu. Et des pas qui se rapprochaient. C'étaient des pas assurés, limpides. La mort ? Arou ouvrit ses oreilles et attendit. Une autre porte s'ouvrit, tout près de lui. Un peu plus de lumière entra dans la pièce. Malgré ses yeux fermés, Arou pouvait voir le changement.
Et soudain, il se dit qu'il ne pouvait plus attendre. Il devait savoir. La curiosité et la peur lui trituraient méchament le cerveau et l'idée de rester à l'obscur de sa situation l'empêchait presque de respirer.
Il ouvrit subitement les yeux. Les referma aussitôt. Trop de lumière. Mal aux yeux. Il n'avait aperçu qu'un mur parsemé de quelques ombres. Alors il inspira et murmura :
"Est-ce que je suis mort ?"