Prologue
" Des oiseaux noirs qui volent dans l'azur brûlant du Rash.
Par centaine, des charognards tournoient , traçant des cicatrices dans la chaire tendre du ciel, insensibles aux feux du soleil.
Nouray les contemple depuis l'arche du puits d'Armeda, la main en visière, le shaek rabbatu sur sa tête. Malgré l'ombre de la construction, il sent, derrière l'épaisseur de l'étoffe, toute l'ardeur du Poignard Blanc.La touffeur frappe son crâne, le reste de son corps et fait trembler les dunes de L'En Guereb.
Au-dela du sable, c'est le Rash, le désert profond, les terres de roches qui précèdent le Mur, la chaîne de montagnes qui clôt le monde. Enfin son monde...Seuls les Omdars, les nomades, peuvent survivre sur ce sol dénué de vie. Ni vie, ni eau pour survivre...Quand elle leur manque, ils viennent la voler aux puits des Sourciers puis repartent là où nul ne peut, ni ne veut les suivre.Certains sont-ils morts là-bas pour attirer autant de vautours en un seul lieu? A quel festin puant les oiseaux se sont-ils invités?
Seul un fou peut vouloir s'aventurer en plein jour sur le reg pour satisfaire sa curiosité.
-Amshagra, jure Yussan...C'est inutile. Il n'y a rien là bas que la mort.
Nouray se tourne vers le gardien du puits. Il se tient juste derrière lui sous la voussure de l'arche, obstruant le passage menant à la source que lui, le sourcier, le Mezzaret, a découvert des années auparavant. Yussan, son oeil excercé à guetter les tempêtes du Mawani le considère avec colère.
-N'y va pas seigneur...Il n'y a rien là bas...répète-t-il.
-C'est comme un appel, Yussan...comme un signe que je ne peux ignorer.
Nourray ajuste son shaek bleu, recouvrant son visage à l'exception de ses yeux, réparti d'un geste souple le poid des outres sur son épaule et quitte l'ombre des pierres pour entamer son voyage vers la curée.
Yussan secoue la tête en maugréant des imprécations. il n'est qu'un prisonnier, un criminel, condamné à garder le puits d' Armeda mais il respecte l'homme bleu, le seul à avoir été généreux, malgré ses fautes. Il a peur que ce voyage n'ait pas de retour...
impuissant, il s'assoit sur la première marche sous l'arche pour observer la silhouette solitaire jusqu'à ce que les dunes de sable la dérobent à sa vue.
Nouray marche deux jours et deux nuits avant d'atteindre les sols durs du Rash, avec pour horizon, les pics du Mur éclaboussés par le sang du soleil. Il a affronté sa fournaise et son corps épuisé se dresse enfin devant la caravane assassinée.
Celle des hommes au regard bleu à jamais figé sur le ciel qui semble s'y refléter. Celle de l'unique survivante, caché sous le corps moribond de sa mère.
Celle de l'enfant, aux cheveux de flamme, aux iris saphir, qu'il ramène avec lui par la piste des Cinq Sources jusqu'à l'oasis d'Ourda...
Ainsi fut trouvée la première clé de la prophétie du Fleuve-Roi.
Qéren, celle qu'on nomma L'eau Rouge, la Mezzara, dont voici l'histoire..."
Chroniques d'El Jadrha.








