Textes dans la catégorie Nouvelles
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Le jeune homme gara sa voiture sous un platane vieillissant ; il en descendit prestement et commença à se mouvoir sans hésitation, comme qui retrouve un endroit bien connu. Il avait espéré que sa course lui prenne suffisamment peu de temps pour qu'il retrouve son véhicule abrité par l'ombre. Il détendit ses muscles endoloris par les kilomètres de mauvaise route, en sautillant l'air de rien. Ses cheveux bruns tranchaient avec ses vêtements de teinte claire ; que pouvait-on porter d'autre lors de telles journées ? La chaleur avait envahi le village et semblait se concentrer sur la petite place ; le soleil, qui était presque à son zénith, émettait une lumière éblouissante qui était réverbérée par les maisons aux murs décrépis et par le dallage recouvert de sable clair. A travers ses lunettes de soleil, il regardait droit devant lui ; il voyait la petite maison qu'il devait rejoindre : elle était de l'autre côté de la place. Cette Plaza était semblable à toutes celles que l'on trouve en Espagne ; bordée de maisons qui semblaient mal entretenues, elle était centrée autour d'une fontaine qui laissait jaillir continuellement un discret filet d'eau claire, dont la seule vue était rafraîchissante.
Il se rappelait les vacances de son enfance passées chez ses grands-parents et sa tante, avec ses cousins... Il se rappelait les après-midi semblables à aujourd'hui au cours desquels, mimant les exploits des cyclistes en tournant des dizaines de fois autour de la place ou jouant au football des heures entières, ils bravaient les sempiternels conseils des adultes :"Ne restez pas au soleil", "Mettez un chapeau", "Il faut boire »... Aujourd'hui, la place était quasiment vide ; les cris des enfants, les admonestations des adultes... tout avait disparu, un silence de mort régnait. Il avait maintenant compris que ces années, dont il ignorait alors qu'elles étaient merveilleuses, étaient définitivement derrière lui.
Tout en se remémorant son enfance, il s'était mis inconsciemment à marcher. Approchant du milieu de la Plaza, il eut un geste qu'il avait déjà fait plus jeune des dizaines de fois, copiant ses parents, qui eux-mêmes le tenaient de leurs ancêtres : il trempa sa main dans le bassin de la fontaine et l'apporta à ses lèvres sèches ; puis, il humecta sa nuque. Il sourit intérieurement, se disant que tout n'avait ni complètement ni définitivement disparu.
Ses pas le menèrent devant une bâtisse que l'on pouvait croire abandonnée. La porte et les volets étaient clos. Il était venu pour retrouver sa tante chez qui il avait, quelques années auparavant, passé de si bons moments. Elle aussi, comme sa Plaza, comme son village, avait vieilli. La femme dynamique et plantureuse avait laissé place à une vieillarde desséchée (il la surnommait le pruneau) qui ne s'intéressait plus qu'aux programmes de sa télévision et à ses excréments. Tous les deux mois environ, il se sentait obligé, par devoir familial, d'effectuer une visite. Il y prenait de moins en moins de plaisir... et la chaleur ambiante serait une bonne excuse pour ne pas s'éterniser.
Comme souvent, elle ne répondit pas aux discrets coups qu'il donna contre la porte. Comme toujours, la porte n'était pas fermée et il put l'entrouvrir jusqu'à distinguer le son d'un programme de téléréalité ; il traversa l'entrée et la vit, assoupie, ses jambes étaient recouvertes d'un plaid malgré la chaleur étouffante ; elle tenait la télécommande dans sa main droite. Il s'assit sur une chaise et commença à regarder autour de lui ; il vit les souvenirs accumulés d'une vie : quelques photos, des livres... pas grand-chose finalement... Puis, une évidence lui vint à l'esprit : il avait un tiers de son âge. Espérait-il faire mieux qu'elle ?
Il leva les yeux pour l'observer et se rendit compte qu'elle était immobile ; il avança sa main tremblante près de sa bouche espérant ressentir un souffle de vie. Elle était morte. Il sortit, referma la porte d'entrée en silence et, depuis le seuil, observa religieusement la Plaza ; cyniquement, il se dit que ce décès serait une corvée de moins. Une larme coula sur sa joue, sa gorge était serrée ; malgré la chaleur, il avait froid. Il rejoint mécaniquement se voiture, démarra sans regarder derrière lui. Tout était vraiment fini..
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C’était à l’heure où le soleil mourait une nouvelle fois. Terré derrière sa montagne, il agonisait d’une humeur rouge vive et se recouvrait de terre chaque seconde un peu plus. Nous l’enterrions vivant et sa lumière s’exportait vers nos âmes rêveuses. Eux dormaient.
C’est à ces funérailles que je t’ai rencontrée. Rouge amertume qui revient hanter ces yeux aujourd’hui. Eût-il fallu que je parcoure la moitié du globe pour qu’il ne décède point.
Et ne pas te connaître, ne pas être né...
Nuit cauchemardesque pour tout un hémisphère, car la lumière n’atteignit pas leur âme, elle envahit ma tête, puis mon sang, puis le tien. Nous nous affublâmes de cet amour naissant, puis, sans que le rouge ne disparaisse, nous nous couchâmes dans l’incrédulité balbutiante de sens encensés, de carnes malaxées, d’in farouches désirs. En explorateur maladroit je découvris l’abîme en même temps que le soleil sans savoir alors que je m’y enterrais.
Comme il fut doux le temps de nos premiers péchés, nous nous gargarisions de nos âmes, nous n’étions que deux, ou peut-être que le reste du monde s’était caché...
Je ressens tes sourires qui à chaque incision entaillaient un peu plus mon ventre pour en laisser sortir l’incurable noirceur. Valsons sur ce petit bout de terre, mais ne nous quittons pas du regard, nous pourrions apercevoir qu’il n’est que presqu’île ; et le vide attire, et les pas flanchent. Valsons tant que persiste la mélodie !
Pourquoi eut-il fallu qu’ils te regardent ? Et pourquoi l’ont-ils fait ? Tout allait si bien, tu m’aimais si bien. Ai-je tant détourné mes yeux pour voir ces silhouettes ? Les leurs devenaient rouges. Je les voyais brûler de désir. Baveurs égarés. Chiens assoiffés d’obéissance à un instinct Darwiniste grotesque ! Tu ne sais pas. Tu ne les voyais pas. Toi seule as su garder l’horizon de mon regard qui sombrait peu à peu.
Le premier fut le plus douloureux. Je l’ai vu croiser tes yeux. Le fil se déroula ; si lui aussi se laissait brûler ? Si lui aussi pénétrait la lumière ? Toi assoupie je revins le trouver et noyai le risque dans son sang. Quelle odeur ! Il me fut si aisé de planter le manche de cette petite cuillère dans sa tempe dégoulinante. Et de revenir à la charge jusqu’à ce que cela s’écarquille et que plus rien ne palpite. Quelle odeur. Je fis trois découvertes en ce soir. L’homme est fragile ; une petite cuillère peut le tuer. L’homme est fragile ; pour un regard il peut tuer.
L’homme pue.
Et plus je pensais notre amour sauvé, plus ils étaient nombreux, plus je tuais.
Et chaque fois ils niaient, imploraient, pissaient puis crevaient. Et l’odeur devenait un peu plus nauséabonde. Je les regardais haleter comme des misérables chiens blessés et leur brûlais les yeux à coup de vinaigre, vodka, acide ; tout ce que je trouvais sur place. J’urinai même sur les orbites d’un qui eut la malheureuse idée de me croiser dans un endroit vide de tout produit abrasif. Et puis d’autres apparaissaient...
Agenouillons-nous. C’est un miracle, il ressuscite. Regarde-le sortir chaque seconde un peu plus de Terre. Et sa couleur rouge vive nous éclaire. Comprends-tu comme je t’aime ? Sais-tu que c’est pour nous que je fais cela ?
Agenouille-toi devant cet astre qui se hisse fièrement. Laisse-toi valser mais ne détourne pas tes yeux de lui, tu pourrais m’apercevoir mettant fin à ces regards. Ils sont trop nombreux tu sais ! Il n’y a pas d’autre choix, c’est toi que je dois tuer. Enterrons notre amour vivant et ne laissons plus jamais jaillir notre lumière.
Ça y est, il s’est complètement levé ! Chut....
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Je n'en suis pas fière et pourtant j'en tire une sourde excitation qui pulse dans mes veines. Je n'ai pas besoin qu'on me fasse la morale. Je n'ai même pas l'impression d'être en faute, pour moi ça ne compte pas. Il est trop vieux pour que ça compte.
Je ne sais pas qui a fait le premier pas. C'était trop bizarre pour qu'il y ait vraiment un premier pas.
On s'est rencontré sur notre lieu de travail, moi je vendais des livres (c'était les vacances) et lui il descendait du siège pour vérifier la conformité des couvertures avec les données informatiques, des choses captivantes de ce genre. Moi, la première fois que je l'ai vu, je me suis dit qu'il était plutôt pas mal, pour un vieux (surtout en comparaison des sales tronches des clients qu'on voyait défiler). Lui, je sais pas, il n'a sans doute pas fait attention.
Et là, la faim s'est éveillée et je me suis dit "je le veux". Je le voulais lui comme j'aurai voulu n'importe quel autre homme, je voulais m'assurer de mon pouvoir encore une fois. Je ne pensais pas vraiment gagner, je n'y pense jamais. De toute façon, il y avait la différence d'âge, l'interdit... Le genre de détails qui faisaient que je le voulais distraitement, comme un caprice.
Mais lorsqu'il était là, je voulais le ferrer. C'était la seule idée que j'avais en tête. Lorsqu'il apparaissait dans le magasin, j'en faisais des tonnes pour être charmante, sourire ultra-bright, petits rires, je tentais de deviser un peu avec lui, pour le retenir. Le matin, il m'arrivait de me préparer en pensant à lui, je mettais une jupe plutôt qu'un jean, je soulignais mes paupières d'un trait de khôl, négligemment. Il venait rarement. Mais c'était toujours vers moi qu'il se dirigeait, un petit sourire aux lèvres.
Je me plaisais à croire que peu à peu une relation qui se tissait entre nous, une relation en pointillés et courants d'air, une relation à temps partiel (des vrais sourires, des frôlements, des regards soutenus un instant de trop, le degré zéro du flirt. Et puis il regagnait les étages.). J'avais l'impression d'avoir gagné.
Ca aurait pu continuer comme ça jusqu'à la fin de l'été, et puis mon contrat se serait achevé et on ne se serait plus jamais revu. Mais il a décidé de faire un pas de plus, ma faim dévorante avait triomphé de sa résistance. Je dois dire qu'il s'est bien débrouillé, ça pouvait presque passer pour un accident.
Il avait laissé une carte de visite sur le comptoir. Il avait fait ça avec discrétion, je ne l'avais pas vu la déposer. Ni personne, il y avait du monde à la boutique. J'espérais que c'était bien la sienne, je ne savais même pas son prénom (pourquoi nous serions-nous présenté ?). J'ai décidé que ce n'était pas une erreur, qu'il avait voulu me laisser le choix.
J'aurai dû la jeter, j'aurai dû me dire que ma faim était allée trop loin. Je lui ai envoyé un message mon dernier jour, lui expliquant que je ne reviendrai plus au magasin, et bonne continuation. J'étais assez satisfaite de mon prétexte, un texto ça n'engage à rien. Il est descendu à la boutique quelques instants plus tard, un peu fébrile, cherchant des yeux. Je le surveillais depuis mon poste de caisse comme une veuve noire qui a capturé une proie. Il a un peu discuté avec les autres vendeuses, tentant de faire oublier qu'il n'avait pas de raison particulière de descendre au magasin, puis il s'est tourné vers moi et nous avons échangé quelques mots sans importance, nos yeux parlaient leur propre langue, ma liaison était scellée.
Je lui ai envoyé un SMS l'invitant à prendre un verre tandis qu'il remontait, quelques instants plus tard je recevais un rendez-vous. C'est comme ça que j'ai commencé à tromper mon petit ami, avec une certaine euphorie.
D'ailleurs je n'ai pas l'impression de le tromper. Pour ça il faudrait que nous ayons une vraie relation. Je l'appelle quand je voulais être sûre de mon pouvoir sur lui, quand j'ai envie de me dépayser, quand il pleut. Nous parlons peu, d'ailleurs je ne sais pas s'il voit quelqu'un d'autre, il ne me parle jamais de mon petit ami. Ce n'est pas important. C'est une relation en gruyère, trop incongrue pour avoir un sens. Il ne me plait pas particulièrement. Tout ce qui compte, c'est que je sois spéciale à ses yeux. C'est toujours comme ça. J'ai besoin de sentir le regard des hommes sur moi, c'est ma faim, mon petit secret.
Nous nous amusons beaucoup de notre différence d'âge, Adrien et moi (oui, j'ai oublié de vous dire, mon "amant" s'appelle Adrien). Avec quelqu'un de ma génération, je ne pourrai pas faire ça, il faudrait s'investir, choisir, se cacher, s'expliquer. Avec lui, je peux m'afficher au grand jour. On guette le regard des gens, qui tentent pensifs de deviner notre lien de parenté, ce qui peut nous unir (parrain et filleule ? prof et élève ? ancien baby-sitter ?).
Je n'ai pas besoin de trouver des excuses pour voir un homme de quarante ans. Un homme de quarante ans, ça ne compte pas. Je reste évasive quant à nos activités, nos discussions, et personne de mon entourage ne va s'imaginer des choses. Pourquoi une jeune fille bien dans sa peau et heureuse dans son couple irait fréquenter un vieux ?
J'aime le silence que je peux partager avec lui. Mon copain, il vit dans l'instant présent, et il se sent obligé de saisir le moment, les souvenirs, avec des mots, des exclamations. Il ne me laisse pas être en paix. C’est vrai qu’on est bien ensemble, mais j'ai l'impression que je ne pourrais jamais échapper à son emprise. Il ne parvient plus à contenir ma faim, c'est une proie trop facile.
Avec Adrien, je n'ai pas sans cesse à me sous-titrer, à me justifier, à m'expliquer. Notre liaison se passe de commentaires. il me prends comme ça, un peu baroque, un peu absente. Au fond, tout ce qu'il y a entre nous, c'est une histoire un peu bizarre, un peu incongrue. Un goût pour ce qui boite, pour ce qui est tabou. Au fond, on est deux paumés qui se sont croisés par hasard.
Bientôt il ne suffira plus à apaiser ma faim..
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Le combattant n'a déja plus la force de parler et s'arrête en plein milieu de la prière tandisque le prêtre continue. Puis, celui-ci le laisse se reposer et dirige une nouvelle fois ses pas vers quelqu'un d'autre. Pendant ce temps, de l'autre côté du temple, les deux vénérables s'affairent...
Lucius Liber, "la guerre contre les Zinsects" "Le Saint livre d'Arctosia-1"
Pour d'autres extraits plus longs : http://luciusroman.skyrock.com/.
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J’ai bien souvent comparé le pigeon urbain aux poules rurales, à ce détail près que le pigeon ne pond même pas d’œufs susceptibles de rassasier l’humain, mais finalement, après une étude approfondie du comportement des poules, je me dois de revenir sur mon jugement premier. Le pigeon, au premier abord, semble être aussi parasite à la communauté urbaine que la poule l’est à la communauté rurale, mais en définitive, inutile de se lancer dans de grandes phrases pleines de mots sans intérêt : je déteste toujours autant le pigeon, alors que je me prends d’affection pour les poules.
Comme quoi tout arrive, pourquoi en doutais-tu ?
Il faut bien avoir à l’esprit que la poule ne connait pas l’usage de la poussette. Ses petits courent après elle toute la journée, en s’épuisant pour une graine ou la moitié d’un ver déterré, et naturellement je ne suis pas en train de vous parler de poésie, encore que quand je lis certains textes, je ne dois pas être si loin de la possible comparaison.
Ce n’est pas si évident de devenir une poule qui se respecte.
Courir toute la journée est épuisant, et souvent très dangereux.
Et je sais, naturellement, que je n’ai pas étudié suffisamment les pigeons pour pouvoir établir une comparaison digne du moindre texte, mais peu m’importe finalement, introduire un texte n’est pas toujours si évident, vous le comprendrez peut-être par la pratique, et que vous le compreniez ou non, me voilà bien assez avancé à présent pour entrer dans le vif du sujet.
Aussi insipide soit-il, pourquoi n’en doutais-tu pas ?
La poussette est finalement une invention heureuse de l’être humain.
Certes, à la sortie des écoles, lorsque le quidam désabusé rentre éreinté du boulot et doit faire un détour par la chaussée pour éviter les débordements logorrhéiques de mégères en mal de ragots, quitte à se faire écraser, la poussette semble une invention démoniaque destinée à déstabiliser l’urbanité paisible... Mais au final, c’est avant tout la sécurité.
D’autant qu’aujourd’hui tous les équipements sont compris dans le prix exorbitant (justifié de la sorte, naturellement) : direction assistée, abs, airs-bag… il faudra bientôt s’appeler Loeb pour conduire décemment ses enfants à l’école !
La poule n’utilise pas de poussette, dont elle n’imagine même pas l’existence, même à ses rêves les plus fous.
Non, elle chasse la bouffe à coups de becs toute la journée, et les petits suivent comme ils peuvent pour se nourrir, quitte à ce que le moins vif finisse par rester sur le carreau si besoin, et après tout voilà la juste loi de la nature qui dicte sa nécessité à qui veut survivre à ce monde aboulique.
Pouvez-vous pourtant vous imaginer une jeune maman, courant partout au marché du coin, ses huit nouveaux nés rampant à terre pour essayer de la suivre ?...
Je sais, c’est risible.
Parce que l’humaine ne donne que très rarement naissance à huit bébés à la fois, et parce qu’elle a, bien heureusement, l’usage de la poussette à sa disposition.
Tout est bien qui finit bien, dans le meilleur des mondes où l’humain reste roi, et après tout on fait des morales aussi abjectes que celle-ci pour moins que cela, n’en déplaise à monsieur Jean.
Mais la poule ne sait rien de tout cela !
Heureusement, peut-être.
Certes, je vous l’accorde pour m’y être laissé berner moi-même, on pense souvent que la poule fait partie des êtres vivants les plus cons de cette planète.
Mais pur leurre que ceci.
La poule, finalement, sait simplement paraitre plus bête qu’elle n’est quand cela lui convient, rien de plus.
Naturellement, quand une poule vient glisser la tête entre les rayons de votre vélo lors d’une randonnée champêtre, vous ne pouvez vous empêcher de penser que cet animal est con comme la lune. D’autant plus quand vous réitérez l’expérience et que la poule semble vouloir réitérer la sienne.
Mais finalement, rien ne nous a jamais confirmé que la lune était conne, et surtout pas Armstrong, qui aurait mieux fait de se cantonner au Jazz que se lancer à petits pas vers une humanité bien trop ingrate pour lui… et puis, la poule ne sait pas toujours vraiment ce qu’elle fait.
Kamikaze de la ruralité, la poule a probablement été importée par les Japonais sans nous laisser le temps de nous en rendre compte, regardez mieux sous les ailes la prochaine fois que vous en ramènerez du marché, je suis sûr que la provenance s’y trouve gravée pour l’éternité de vos appétits inconscients.
Quelques poules suicidaires se sont probablement déjà jetées dans vos rayons de cycliste du dimanche (rural, faut-il le préciser), mais si d’autres réitèrent l’expérience à chacun de vos passages, ce n’est pas par bêtise, mais plutôt pour disculper les précédentes d’un jugement trop hâtif de la part des humains, car en définitive, la poule n’est pas du genre à s’entre-tuer dans une quelconque guerre de religion, ni même à se lapider pour le port intempestif du moindre voile.
La poule n’est jamais voilée.
La poule a avant tout un sens aigu de la famille.
Je me souviens encore ces heures sombres.
La poule, entourée de ses petits, au milieu d’un terrain à découvert, et ce rapace jeté sur les proies faciles, en train d’en emporter un vers son garde-manger personnel qui n’aura jamais rien à envier aux meubles Ikéa.
Une heure s’est écoulée, toutes poules, tous poussins, et tous coqs surtout (quelles poules mouillées que ces coqs !), planqués dans des fourrés, tandis que la mère, hurlant sa douleur à la face d’un monde en désarroi tout autant incrédule qu’indécis, restait à découvert dans l’espoir de retrouver son petit.
Quelle mère aurait fait cela, plutôt que placarder bêtement la photo de son rejeton fraichement enlevé aux devantures des boutiques de mode dans l’espoir d’une compassion probablement plus qu’une aide concrète ?
Au bout d’une heure, les autres petits sont revenus, et la lutte va continuer, jour après jour, parce qu’aux communautés vivantes qui ne connaissent pas la poussette, la lutte est ardue jour après jour, et même si c’est la nature, même si c’est la vie, et même si ces satanées poules font chier à empêcher toute plantation au jardin à force de vouloir nourrir leur progéniture, ça n’empêche que l’amour d’une mère, ça se respecte.
Et j’attends encore de voir ça chez les pigeons !
N’en déplaise à ceux qui lisent.
N’en déplaise à celui qui essaye d’écrire, et qui voulait tant en rajouter qu’en définitive, une fois de plus, il s’est laissé phagocyter par ce temps qui passe, immuable, incertain, mais toujours abject quand il s’agit de se dire qu’un roman finira par s’écrire de la moindre élucubration… quand les poules auront des dents.
Sans doute..
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