Vers le contenu

M’enregistrer •Connexion •

C'était surréaliste

Racontez-vous des histoires et déposez-les ici. Brèves, longues, belles ou imparfaites, à dormir debout, passionnantes ou enivrantes. Silencieuses. Ici, vous pouvez lire et commenter aussi celles des autres. Faites voyager les mots vers l'imaginaire.
Règles du forum
Ecrire un commentaire
2 messages • Page 1 sur 1

C'était surréaliste

Messagede LilHyde » 14 Juil 2010 21:14

C'était surréaliste.

Je tentais d'enfoncer l'écouteur dans mon oreille, Linkin Park hurlant dans mes tympans, quand il est passé devant moi, le portable collé à son oreille. Il devait m'avoir vu de loin, mais a feint la surprise. Il a tourné la tête vers moi, m'a regardé, m'a souri, d'un de ces sourires significatifs. Naïf que je suis. Je suis poli. Je lui ai rendu son sourire. Il est allé se placer derrière moi, apparemment il a coupé court à son appel téléphonique, pour moi. Le métro est arrivé. Je me doutais qu'il allait me suivre. Il m'a suivi. Je n'ai pas pris la porte devant moi, je suis allé plus loin, il est entré dans le même wagon. Nos regards se sont croisés plusieurs fois, toujours ce même sourire, toujours mon sourire poli, je n'aime pas froisser les gens. J'ai fait mine de changer de musique, d'augmenter le volume. Il a posé une question à la fille à côté de moi. J'ai sorti mon portable, envoyer un sms à ma corse d'amie. Tout ça parce que je ne voulais pas qu'il vienne me parler. Il n'était pas particulièrement beau. Il était grand, très mince, trop mince, brun, barbu, poilu. Il portait un simple gilet noir, qui ne couvrait bien que sa poitrine et ses cotes. Il n'était pas du tout mon type. Mais ce n'est pas ça le problème. Je me suis dit que s'il venait me parler, je ne saurais pas quoi répondre. J'étais gêné de ses regards. Puis il a fait le pas, il est venu me parler. J'ai enlevé mes écouteurs. Il m'a affiché un large sourire. J'ai fait de même. J'ai fait de même. Il s'est caressé le torse :

"Do you want to come with me ?"

J'ai l'air d'un touriste, il m'a parlé en anglais. Ou alors c'est une technique d'approche. Allez savoir. Et là... l'hésitation. Visiblement, ce gars me draguait. Rien d'original, mais c'est la première fois que ça m'arrivait, du moins aussi... sérieusement si je puis dire. Et j'ai donc hésité. Une seconde, je me suis dit : "Hé quoi ? C'est que du cul après tout. L'espace d'une heure et hop t'es rentré à l'hôtel." Comment cette idée a-t-elle pu m'effleurer l'esprit ? Je sais pourquoi. Il parait que les gays dissocient Amour et sexe. Moi pas. Je dois pas être un gay normal, ce qui est une belle oxymore. J'ai décliné.

"Non, je ne peux pas, on m'attend !"

"Ah mince ! Tu as un numéro ?"

Il faut que j'apprenne à mentir. Je lui ai donné mon numéro. Mon vrai numéro. Je lui ai donné mon prénom. Il m'a donné le sien. Arnaud. Ou Armand. Ou les deux. Il a parlé de lui. Je me suis ennuyé. Et tout ça en moins de trente secondes. Il chante. Mal. Mais il pense qu'il chante bien. J'ai même eu droit à une démonstration, en live. Pour moi seul ! Je suis gâté, un étranger me dédicace une petite chansonnette improvisée. Mais il n'y a rien de romantique. Je lui ai dit qu'il avait une belle voix, je ne voulais pas le froisser. Il m'a dit que j'avais une belle voix moi aussi. Je lui ai dit que non. C'est vrai je chante mal. Alors il m'a fixé dans les yeux et m'a dit que j'étais beau, tout beau même a-t-il ajouté. J'ai commencé à me sentir gêné. J'ai ce problème là. Je ne supporte pas d'être au centre de l'attention de cette façon. Tout le monde nous regardait. Il a demandé si j'étais gay. Bi ?

"Ah ouais, comme moi. J'aime la chougne ! Putain c'est bon ! Mais je n'aime pas la mentalité féminine. Les lesbiennes à la rigueur, mais bon elles sont lesbiennes justement."

Il a continué de parler de lui. Il écrit. Tiens, un point commun. Mais je n'ai pas compris ce qu'il a dit ensuite. Il a parlé d'un site internet. Il m'a dit qu'il créait une "intelligence artificielle" sous son pseudo "Armand V.", de telle sorte que ça fasse "I.A.A.V." ou "Yavé" (je ne sais pas comment ça s'écrit). Je me rends compte maintenant qu'il parlait de son roman de science-fiction. J'étais à deux arrêts du mien. J'ai prétendu devoir descendre ici. Il est descendu aussi. Il a dû croire qu'il m'agaçait. Non, ce n'était pas ça. Il m'intimidait. Pourtant, c'est bien le genre qui ne ferait pas peur à un gosse. Je ne savais pas quoi dire. J'ai commencé à stresser. C'était agréable de se dire qu'on peut plaire à au moins une personne sur terre. Je trouvais cela surréaliste. Il s'est excusé, m'a dit qu'il devait en fait prendre la ligne 11, et non la 2. J'ai souris, je n'ai rien dit. Il est parti en me disant au revoir. Puis il s'est retourné, et m'a proposé un joint.

"Ah mais tu ne fumes peut-être pas ?"

Tous les gays fument-ils ? Je lui ai dit que non. Il est parti, avec un grand sourire, moi j'ai pris la direction opposée, pour me rendre compte qu'il n'y avait qu'une seule sortie. S'il avait vu ça, je passais pour un hypocrite, ce qui n'est pas faux quand on y pense, et moi qui tentais de décliner en douceur son offre (allons-y gayment : son plan cul), le râteau apparaissait au grand jour, et d'une façon minable et non calculée. Alors j'ai sorti mon portable pour jouer l'excuse du coup de fil. J'ai appelé ma mère. Je lui ai dit que je rentrais. Dans dix minutes. Je le rattrape ? J'ai dix minutes. J'ai une capote dans mon porte-feuille. Le sexe, toujours le sexe. Pourquoi je veux absolument ? Et avec le premier venu ? Ah mais oui. Je ne veux pas. Et ça déplait on dirait. Parfois, on me reproche d'être fleur bleue. C'est si grave d'Aimer ? C'est si incompréhensible de vouloir avoir sa première fois avec un garçon que j'aimerai et qui m'aimera en retour ? Et de lui être fidèle ? De ne pas dissocier sexe et Amour ? De ne pas avoir de "PCR" toutes les semaines ? J'ai raccroché. Je l'ai vu de l'autre côté. Je lui ai trouvé un air triste. Alors pour ne pas lui faire croire qu'il s'était pris un râteau, je suis sorti. Minable, honteux et intimidé, je me suis caché au bas des escaliers. Son métro est parti, je suis remonté, j'ai pris le mien et suis rentré. Tout ça n'a pris que cinq minutes, mais c'était surréaliste, car cette simple rencontre a soulevé beaucoup de questions en moi. C'est idiot. Oui, complètement idiot. Et pourtant...

A l'heure où j'écris cela, il m'envoie des sms. Il m'appelle bel archange venu droit des cieux. Il m'a écrit un poème. Pas extraordinaire, mais c'est le genre d'attention qui fait plaisir. Je m'en veux de ne pas lui répondre. Je ne peux pas lui répondre. Je ne me vois pas avoir une histoire avec lui. Surtout pas pour un soir. Suis-je égoïste de vouloir tout ou rien ? Et pas avec le premier venu ? Une rencontre qui a soulevé un flot de questions. Dont beaucoup resteront sans doute sans réponse.
LilHyde
Concis
Concis
 
Messages: 10
Inscription: 14 Juil 2010 20:59
Haut

Re: C'était surréaliste

Messagede Ael » 19 Juil 2010 17:07

ooh et bien je dois dire que c'est une sacrée histoire... Au tout début, pour ne pas te mentir, je ne voulais pas me lancer dans la lecture de ton histoire. Mais cette petite phrase, "C'était surréaliste." a attirée toute mon attention. Je me suis mis a lire, sans même m'en rendre compte les premières lignes de ce texte.
Rien qu'avec ce que tu as écrit, on en apprend énormément sur toi, et de part ta sexualité que tu exprime librement, je comprends par la suite ta sensibilité, ta politesse, ta façon de pensée...
Cette personne que tu as rencontrée, non, qui t'a rencontré, était loin d'être à ton gout. Du moins a première vue. J'ai l'impression que malgré ce moment que tu as passé avec lui, et qui t'a paru "surréaliste", était en quelque sorte une histoire... celle d'un jour. La rencontre, le premier regard, le sourire, l'approche et la première conversation... "Tout ça n'a pris que cinq minutes, mais c'était surréaliste, car cette simple rencontre a soulevé beaucoup de questions en moi."
Ces questions que tu prétends "sans réponse", ne voudrais tu pas éclairer un peu cette situation ? Ton cœur, ne bat il pas ? Ton flot de questions est sans réponse car toi seul a le désir de ne point les connaitre. Je pense qu'il faudrait accepter certaine chose de la vie, aussi éphémère soient elles, pour comprendre que la vie n'est qu'une succession de petits moments de bonheur...
Au plaisir l'ami, et a bientôt !
"Qui me dira pourquoi j'ai déposé les armes quand il reste un combat qui s'appelle l'espoir."
André Migdal.
Avatar de l’utilisateur
Ael
Curieux
Curieux
 
Messages: 30
Inscription: 13 Juil 2010 20:08
Localisation: Entre ciel et mer...
Haut


Ecrire un commentaire
2 messages • Page 1 sur 1

Retourner vers Nouvelles et Romans

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

  • Index du forum • vos TEXTES : Littérature et autres genres • Apportez vos textes : toutes les LITTERATURES (par genres) • Nouvelles et Romans

Heures au format UTC + 1 heure

L’équipe du forum • Supprimer les cookies du forum

Contact : ecrivons@ecrivons.org

Propulsé par phpBB © 2010 phpBB Group Thème de base créé par Matti & jacoSZEF.
Traduction par PhpBB-fr, Réécriture d'URL par phpBB-Seo

Wikipedia Affiliate Button

Ce site est listé dans la catégorie "Littérature" des annuaires :

Annuaire WRI Dico du NetVisiter ForumLinker.com : Annuaire des Forums yagoort.jpg ECRIVONS.org : le forum vivant de nouvelles, po�sies, hero�c fantasy, toutes les �critures.