J’étais chez moi, je rangeais les vieilles affaires de mon père.
Je retrouvais une pipe, le souvenir de sa fumée embauma la pièce.
Je fouillais les cartons, feuilletais les livres. Tous ces objets me paraissaient neufs, tous parfaits.
Parmi tous les albums de famille, des camps militaires de mon père, figurait une photo :
Il y avait des enfants, certains plus hauts que d’autres. Les visages étaient aussi sombres que les vêtements. Le professeur avait l’air sévère. Au milieu de ce groupe gris et triste, se tenait un élève rayonnant. Je le reconnu tout de suite : c’était mon père.
Je crus soudain qu’il me parlait :
« Merci d’être ma fille, ne t’inquiètes pas, tout va bien maintenant.
Rassures ta mère, dis-lui que je vais bien.
J’espère que tu me pardonneras d’être parti, j’avais juste besoin de repos.
Cette photo est à toi, prends-la en souvenir de moi. »
Quelques larmes coulèrent sur mes joues, j’avais l’impression d’avoir l’âge de mon père sur la photo. Je me souvins alors qu’il nous disait de ne pleurer que pour des choses qui en valent la peine ; Lui, l’incarnation de la modestie, n’aurait pas supporté que l’on pleure pour lui.
Je séchais mes larmes et refermais la porte du grenier, serrant la photo de mon père fort contre mon cœur.
Jane







