Ah, ça y est... J'ai trouvé une idée qui fera un peu avancer l'action...
Les deux poètes, qui riaient tellement qu'ils s'en tappaient les cuisses avec les poings, durent alors réfréner leur enthousiasme car l'oeil de Grumpff devenait de plus en plus menaçant. Sentant le danger pointer le bout de son nez, l'un des deux hommes de lettres prit la feuille des mains de Grumpff et la glissa dans celle de la jeune artiste, avec une certaine appréhension qu'il avait pu dissimuler jusque là.
"Voyez madame, dit-il un peu hésitant, le sort de ce pauvre homme. Lisez ces lignes qu'il a écrites pour vous. Il n'a malheureusement pu vous les déclammer de sa belle voix, car celle-ci s'est envolée dans un terrible accident. Depuis, il demeure chroniquement enroué et ne peut articuler un seul mot. Il n'osait venir ici seul, de peur que vous ne le rejettiez. Lisez donc ces lignes et dites-nous ce que vous en pensez."
Grumpff approuva vivement de la tête pour appuyer l'histoire du poète et la jeune fille parcourrut le texte des yeux, rougissant à la lecture de certains passages où les deux poètes, tout à leur art ; avaient usé de finesses afin de mieux la décrire. Emue, elle regarda cette étrange homme à la tête de cochon qui tremblotait, le regard rivé vers le sol.
" C'est quand même terrible, ce qui vous est arrivé", adressa-t-elle à Grumpff. Puis, se tournant vers les deux poètes : " et vous qui vous moquiez de lui ! Vous n'êtes que des ignares, des idiots et des ingrats !"
"- Ignare ? Répliqua le deuxième poète, couroucé. Nous sommes des hommes de lettres, quand même !
- Des hommes de lettre ? Répéta la jeune femme ahurie.
- Oui, parfaitement ! Nous sommes des poètes qui parcourrent le pays à la recherche d'une mu..."
Il fut immédiatement interrompu par le premier poète qui s'empressa de lui mettre la main devant la bouche, mais hélas le mal était fait... Grumpff avait troqué son marmonement intimidé contre un "Grrr" nettement plus prononcé et serrait les poings. Il émit un grognement :
"On... Avait fait... Marché !"
Les deux poètes roulèrent des yeux et firent un pas en arrière.
" L'air n'est pas propice à notre carrière. Fuyons!"
Et ils prirent leur jambes à leurs cous.
La jeune artiste (se hasardera-t-on à la qualifier de muse ?) regardaient les deux poètes s'enfuir devant le grand gaillard à la tête de cochon qui s'était mis à les poursuivre.
"Attendez..." Lança-t-elle aux trois hommes sans vraiment les atteindre, car ils étaient tout absorbés à leur course.
Elle aurait bien aimé mettre certaines choses au clair avec eux.