Aerandir fait une rencontre ... : Aël,
Tu remontes vigoureusement vers la terre. Tu quittes la cité des sirènes pour venir te nourrir.
Tu as faim, tu es morte de faim. Ton estomac hurle, se tortille, se déchire.
Beauté généreuse au cœur bleu comme l’océan. Tes yeux sont peuplés d’un univers aquatique végétal. Couleur algue, c’est ça.
Les vaguelettes secouent gentiment ton bas-ventre. Il suffirait que tu te redresses pour qu’on découvre tes écailles de sirènes.
Une proie en vue, un beau et vieux bateau. Le marin sur le pont, ne t’as pas échappé. Tu descends et ta tête est seulement à moitié visible. Le nez et la bouche plongés dans l’écume. Il s’approche, sans savoir que tu lâches ton filet.
Il est beau, n’est-ce pas ? Tu hésites, mais tu as tellement faim. Toujours dans l’eau, tu ouvres tes lèvres. Une douce musique attrape l’océan et le berce tout doucement.
Aël, douce sirène qui chante et comble le cœur des hommes. C’est Aerandir, qui passe près de toi. Il domine le Rauros et le plie à tous ses caprices d’enfant protestant contre la houle.
Il ne répond pas à ton cri affamé. Il a entendu le vrai son de ta voix. Il court sur le pont pour reprendre la barre et t’échapper. Tu ne peux pas le tromper, pas lui. Ton charme ne l’a pas envoûté.
Aël, voleuse d’époux, d’amant, de père. Tu les hypnotises et les tues. Mais lui, ce marin intrépide ne t’a pas cédé son cœur. Le bateau est passé si près de toi. Il aurait du se jeter dans la mer pour te rejoindre. Tu l’aurais attrapé, étouffé, noyé. Ensuite, pleine de joie, tu l’aurais dévoré. N’ai-je pas raison ? Sirène au cœur de requin.
Aël, destructrice ambulante, tu as perdu ton déjeuner. Le Rauros a changé de cap pour t’éviter. Son capitaine te nargue. Une folle douleur s’empare de ton corps mi humain, mi animal. Tu nages, évitant tout sur ton passage. Tu sautes, pirouette dans les airs. Tu le vois, une main à la barre et l’autre se frottant sa barbe. Il est fier de lui. Fier de t’avoir échappé.
Aël, je sais maintenant que tu l’aimes. Tu as renoncé à la chair humaine. Tu ne chantes plus, tu ne tues plus. Tu te contentes de vivre au milieu de cet océan que t’as légué ton père.
Que dirait-il s’il savait que tu aimais un humain ? Il serait furieux et n’hésiterait pas à te reprendre la vie. Douce sirène au cœur en larmes qui se noient dans ton océan. Ton paradis devenu prison…
Aël, tu le retrouveras. Aerandir est comme toi. Il erre sur les océans du monde, cherchant une paix qu’il ne trouvera jamais. Aël, sors de ta tanière et remonte sur terre. Il est là, il passe. Je vois l’ombre du Rauros sur les flots bleu vert.
Ton cœur s’éveille, battant doucement. Tu nages, tu attrapes la corde au passage. Tu cries, il lâche la barre pour venir te voir.
Il n’a pas peur, il t’attendait. Son cœur le lui avait dit, tu viendrais le chercher et tu l’aimerais pour l’éternité …







