Un extrait d'une chose que j'ai baptisée « Tentative »... J'ai lancé ça sur mon clavier il y a quelques mois, après avoir bavé d'extase en lisant Réjean Ducharme, avec ses superbes glissades de mots et sa noirceur insondable. Ma source d'inspiration ? L'adolescence, dans tout son malaise, grossièrement grossi et mis en scène...
TENTATIVE (v 1.1)
Elle, adolescente en crise, est assise en indien sur le devant de la scène, les bras croisés sur les genoux. Elle a le regard fixe et dur.
ELLE : La vie est laide. (Pause) Je me fais chier à tous les jours à remplir des pages de chiffres et d’équations, des pages de signes insipides où je ne fais que multiplier à l’infini mon malaise d’exister sans être. (Pause) J’ai mal, mal partout… mal aux yeux, mal au cœur, mal à l’âme. (Pause) Marre des maths-m’a-te-rentrer-ça-dans’tête… Marre de la grammaire-gramme-air-de-bœufs… Marre de la géo-j’ai-oublié-mes-devoirs-sur-la-lune… Marre à canards, marre à connards… Coin, coin ! (Pause) S’il n’y avait pas tout ça… S’il n’y avait pas Vitrioline, dont je ne supporte plus le regard rempli de couteaux, qui me déchiquète le cœur et l’âme à chaque imprudente tentative de ne faire partie du monde ne serait-ce qu’un instant. S’il n’y avait pas toute sa suite de magnifiques lèches bottes, lèches culs et autres les-chevaliers de l’illusion. S’il n’y avait pas au fond de mon ventre cette angoisse paralysante du coup qui viendra demain et cette honte amère de celui qui d’hier. S’il n’y avait pas ce mécanique monstre jaune qui m’éclabousse la figure et l’espoir à chaque maudit matin d’école… SORS !
La sœur de Elle est entrée sournoisement dans sa chambre, se dirigeant vers sa commode. Elle l’a entendue entrer et se retourne brusquement.
LA SŒUR : Heille ! Les nerfs ! J’veux juste mon mascara !, répondit l’intruse.
ELLE : Va-t’en, tu le sais ben que je mets pas d’mascara, et surtout pas le tien…
LA SŒUR : Bonne soirée, Elle-L’art-de-faire-chier !
La sœur sort en claquant la porte, le regard assassin.
ELLE : S’il n’y avait pas celle-là, cette vache qui tache, cette vache qui fait tache avec ses fards de mille couleurs, ses phares à éblouir n’importe quel autre con de clown. Mascara… Mascarade ! Carnaval de faux-semblants ! Carnaval des illusions ! Foire aux enchères foireuses ! Foire aux aguichants m’as-tu-vue-te-faire-de-l’œil… (Pause) Elle sort, l’idiote. Je la vois par la fenêtre. Ses cheveux qu’elle a pris deux heures à aplatir vont onduler sous les vagues de pluie bien mouillée. Bien fait pour elle. Elle clopine… Quelle idée de porter des échasses à talons hauts un jour de pluie !










