|
Oui, mon cœur est ouvert, éclaté même… De lui sourd un pus sanglant qui inonde mes entrailles et sort par mes yeux en perles vermeilles. Il ronge avidement mais lentement ma vie, comme on dévore un gâteau, conservant des parts pour plus tard. L’azur du regard d’une jeune femme se mue en ténèbres de mes cauchemars incessants ou je les vois vides de toute existence. Mon esprit est un marécage sans saveur, où je ne puis me noyer par manque de profondeur mais sa surface bouillonnante me consume les talons à chaque seconde. Les mille tourments des enfers ne sont rien face à la douleur qui broie ma chair aussi aisément qu’on écrase un fétu de paille entre deux phalanges. Je suis le frêle esquif, le radeau branlant, entraîné loin du rivage par le courant, malmené par les immenses vagues du temps et de l’espace. Lorsque je contemple la voûte céleste où siège cette lune au rictus narquois, se distrayant de mon désarroi, je me demande si la même lueur blafarde illumine le visage de celle que mon cœur réclame. Et toujours, lors de ces moments, je m’interroge : « Partir, ou rester ? ».
_________________ [-Rien ne vit si rien ne vaut!-]
|