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 Sujet du message: Brann à l'épée grise
MessagePosté: 30 Oct 2009 7:34 
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Concis
Concis

Inscription: 28 Oct 2009 21:54
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La déesse d'or se leva sur le monde le sourire au lèvre ce jour là, elle chassa la brume matinale de l'Eriath comme l'éveil chasse les rêves qui peuples les derniers instant du sommeil, et lorsque ce dernier s'en fut définitivement avec eux, je me levait de ma couche de toile, la force de mon été naissant rugissant dans mes veines.
J'avais 16 ans.
J'étais un homme, un membre de la tribu des Daan, du peuple des Danaël, héritiers de la terre d'Eriath, je n'étais aujourd'hui qu'un paysan, mais plus pour longtemps, je me l'étais promis.
Je me préparais pour cette journée depuis une Lune, et j'avais recueillis les couleurs bleues et secrètes que l'un des détenteurs du pouvoir sauvage avait mêlé au sang d'orc et d'homme pour m'en revêtir en lieux et place de mes vêtements habituels.
Je prit la lance de mon père, une profonde inspiration et sortit de ma hutte.
Dehors, l'air était frais, mais la caresse de la Reine d'or sur ma peau me firent sentir loups, je grognais d'exaltation.
Tout était calme et silencieux lorsque je traversais le village, seul une corneille me salua d'un grincement amusé.
Je m'arrêtais pour l'observer et souris : -"Bien mon amie, dis-je, tu me conduiras sur les chemins du pays de l'été plus tard que tu ne le crois. Salut à toi !"
Je ris et franchis les remparts du village.
J'étais un homme, pour un paysans, cela suffit, vivre, retourner la terre, garder des moutons, et atteindre tranquillement le pays de l'été lors de sa mort, et renaître sous la forme d'une de ses bêtes légendaire qui fait trembler la terre sous ses pattes, qui goutte parfois au sang des dieux, et qui, parfois meurent de la main d'un de ces anciens guerriers, pour renaître ici, sous la forme d'un héro.
Oui, pour un paysan, cela peut suffire, mais moi, je n'attendrais pas deux vies entières, je me l'étais juré.
Le sentier devint de moins en moins visible au fur et à mesure que je m'éloignais du village, et à mesure que croissait la distance qui me séparait de chez moi croissait mon appréhension, ma peur. Lorsque j'arrivais à la vieille croisée des chemins, la nature fraîche et printanière était devenu un monstre étrange, à la fois vert et invisible, cachant un danger que je devinais plus que je ne voyait vraiment, faisant souffler un vent frais venus du pays de la mort, de la terre de l'hiver, qui me murmurait de rentrer chez moi.
Pendant un instant, je fut tenter de suivre son avis, du moins pour aujourd'hui, lorsque ce vent frais porta aussi la nouvelle d'une autre présence, que je redoutais peut-être plus que la mort elle-même. Une délicate musique lécha mon oreille comme l'amante d'un soir qui puise son audace dans l'inconséquences de ces actes, et attira mon regard.
Je tournais la tête et sut mon destin scellé lorsque je croisais son regard amusé.
- Salut Brann ! On chasse la caille ?
Elle était petite, mais Dame Terre lui avait donné la volupté et l'éclat d'une de ces fleurs que l'on trouve sur les collines, -et où l'on enterre les hommes mort !-. Ses cheveux étaient blonds, coupés, étrangement court aux épaules, et yeux bleux ciel lançaient des élcairs de malices. Une fleur de soleil vénéneuses que j'avais rencontré là, la disciple d'Hylan, le barde du village.
- Salut à toi Siwyll, fille de Sydna ! Quel vent te mène ?
Son sourire était celui du chat sauvage, qui n'a pas faim mais qui joue avec sa proie.
- Un vent ? Aucun mon amis ! Juste mes yeux et mon jugements, je voulais quel exploits tu nous préparerais !
- Un exploit... je me contente de patrouiller.
Je me maudis intérieurement aussitôt ses paroles prononcées.
- Une patrouille, bien sûr, mais tu n'es pas un guerrier, tu es un paysan, revêtu des signes de la furie, si l'un des guerriers du Dun, t'aperçois, ton destin est scellé.
Je me remontais.
- Sauf si je ramène la tête d'un ennemi !
Siwyll éclata de rire.
- Attention ! Dit-elle, Une tête de moineau, ça ne compte pas !
Siwyll était une peste, mais d'un trait d'humour, elle avait fait mouche. Je ne pouvais chasser, pas même une créature aussi dangereuse qu'un sanglier ou qu'un loup. Je devais tuer un homme, où un orque...
- Rassure-toi, il doit rester un Gobelin par ci par-là !
Elle n'en perdait pas le sourire. Un vieux dicton Danaël dit qu'il y a deux type de bardes : Ceux qui vous enterre, et ceux qui vous rendent immortel. Devinez à quel genre de Barde appartenait Siwyll ?
- Tu peux partir, dis-je, je ne serais pas celui qui entrera dans tes sagas sous le nom de "La terreur des moindres !"
Elle resta silencieuse un instant, puis éclata de rire à nouveau.
- Ma parole, Tu as fait de l'esprit ! Il y a déjà toute une matière à une chanson. J'espère que tu mourras aujourd'hui, dans la pleine gloire de ton exploit !
Je rugit et me précipitais vers elle.
- Et une peste blonde et pucelle, ça compte ?
Elle m'arrêta d'un geste, toujours souriante.
- Allons, retiens ta main ! Tu es peut-être assez bête pour me menacer, mais pas pour te condamner à l'hiver toi même en m'attaquant, et qui plus est, tu as besoin de moi...
Je m'arrêtais. La peste soit sur elle, elle avait raison : Tuer une barde, c'est tuer les hommes et les histoires qu'elle chante. Un crime qui n'est pardonné qu'en cas de guerre, et encore ! Uniquement pour les bardes du clan adverse. Ceux qui tuent les bardes sont bannis, et les esprits de l'hiver viennent les saisir...
- Peut-être, mais je n'ai pas besoin de toi !
- Ah bon ? Et qui louera ta bravoure si tu meurs ?
- Pourquoi ferais-tu cela ?
-Tttttt ! C'est mon devoir, Brann, et si je n'ai pas une bonne légende, j'aurais peut-être une bonne histoire drôle !
Je la contemplais. J'avais eut raison. Je ne pouvais plus revenir sur mes pas, dés l'instant où j'avais mit le pied en dehors de chez moi, où j'avais croisé le regard de cette petite vipère blonde à la langue acérer.
- Soit ! Dis-je. J'accepte que tu me suives.
- Tu es trop bon !
- Si tu es si maligne, dis-moi où la gloire nous attend ?
Elle réfléchit un instant, son regard se fit triste, et je me rappelais que je ne l'avais jamais vue aussi triste avant ce jour, et tout au fond de moi, j'entrevis ce qu'étais réellement le monde des hommes, et compris que j'allais laisser l'enfant que j'étais derrière moi, et peut-être ma vie avec lui... Puis son sourire espiègle ressurgit, son regard se fit Renard malicieux.
- Que pense-tu de la colline de l'homme-mort ?
- Trop loin ! Dis-je, un peu rapidement peut-être.
- Du bois des corbeaux ?
- Trop prêt ! Je réussis à sourire pour le change.
- Alors c'est décidé, dit-elle en riant, les ruines des Anciens.
- Pourquoi déciderais-tu ?
- Parce que c'est moi qui écrirais ta légende !
Et elle partis la première. Je ne pouvais plus que la suivre...


Nous avons mis toute la journée pour atteindre la ruines des anciens...
Et la journée avait été à la fois creuse et pleine, après notre rencontre, aux confins de notre royaume, Siwyll avait d'abord ouverte la marche, mais après ne où deux oeillades pleines de malices, j'avais rapidement prit la tête.
Telle était son don, son sourire narquois seul était une réplique acerbe qui résonnait aussi clairement que du cristal dans l'esprit des hommes, et cette réplique disait quelque chose du genre :"Est-tu si courageux que tu laisse un autre prendre la tête de ta propre quête ?"
J'avais donc pris la tête, et rapidement, nous avons dépassé les frontières de notre royaume, marquée par les têtes suspendues aux branches des arbres de nos ennemis, balançée par le vent et à différent stade de décomposition.
Je regardais la tête d'un Homme Gris : les quelques cheveux noirs lui restant grissonnant, la langue et un oeil déjà arrachée, probablement par quelque corbeaux ou corneille de passage. Son dernier oeil, néanmoins, gardait semblait darder un regard d'une telle intensité qu'il me fit oublier sa puanteur. Sur un reste de joue lacérée et infestée de vers grouillant, je constatais un tatouage étrange.
- S'il te parle c'est bon signe !
Siwyll m'avait rejointe, et sa voix semblait ne jamais vouloir se départir de son ton sarcastique.
- Rend-toi utile, Barde ! Et dis moi ce que cette marque signifie.
J'avais déjà vu beaucoup de tête dans mon enfance, mais la plupart appartenait à des orques où des hommes de clans rivaux. J'avais bien vu quelque tête d'Homme Gris ou d'Homme Libre, mais jamais tatoué de la sorte.
Elle s'approcha de la tête et retroussa les narines.
- Mmmmh, un prêtre du Verbe, ou de la Parole, sans doute. Quand il ne se rasait pas, dit-elle en souriant, il devait avoir plus de poil au bec que toi !
- Je jurerais qu'il m'a lançer un regard depuis le pays de l'été !
Siwyll eut un petit rire.
- Les Hommes Gris ne rentrent pas au pays de l'été lorsqu'ils meurent ! Leurs âmes se fond avec leurs Parole, et c'est la seule éternité qu'ils obtiennent jamais. Etre oublié et immortel, quelle chance !
Elle repartit, sans un regard de plus à la tête du prêtre, je lui emboîtais le pas, me sentant comme un jeune chien partis à la chasse.
- Et s'il m'avait réellement observé ?
- Grand bien t'en fasse, mais ce serait un drôle de présage ! Un homme de foi d'un peuple honnit digne d'être décapité qui t'observerais depuis... son après vie ? Drôle de mentor pour un futur guerrier du royaume, mais c'est tout toi, Bran : Jamais capable de faire les choses comme tout le monde !
Je grognais et reprit la tête.
Ah, cette peste ! Siwyll avait ce don, sa voix avait cette manière de vous garder coi jusqu'à l'estocade verbale qui transperçait votre orgueil. Certains hommes du pays avaient affirmé que sa langue possédait d'autres dons plus agréables lorsqu'elle passait sur votre corps, néanmoins, certains qui s'en étaient vantés l'avait amèrement regretté, et tous se souvenait de Krenan, l'amant d'une seule minute. Sa virilité avait été coupée du jours au lendemains, aussi sûrement que si son sexe avait été jeté à des rats affamés et sa barbe rasée.
Siwyll avait en place de la langue, une lame cruelle et barbelée...
Nous continuâmes ainsi notre chemin, sans échanger un mot. Parfois, je jetais un regard derrière moi pour m'assurer que la Barde me suivait, et toujours elle était là, me fouettant le dos de son regard moqueur, son sourire m'étrillant et me poussant en avant plus que n'importe quel trésor et rêve de gloire. Je savais que si je parvenais à rentrer chez moi sans me faire tuer, et sans exploits, se serait son verbe, qui ne me raterais pas.
De toute façon, j'aurais étriper un royaume entier d'Homme Gris juste pour faire vaciller les certitudes de la bougresse quand à ma nullité.
Le soir vint, se posant plus doucement et plus insensiblement qu'une plume d'oiseaux par-dessus nos tête, lorsque nous arrivâmes en vue des Ruines des anciens.
Nous pouvions les voirs depuis le flanc d'une colline rocheuse, et leurs cîmes grises jaillissait au travers d'une mer de feuillage verte, nous rappelant que si les peuples Danaël avait reprit les terres de l'Eriath, ils n'en avait pas pour autant chasser toutes traces des envahisseurs.
- Asseyons-nous, dit Siwyll, et laissons passer cette nuit. Je préfère la compagnie de la Dame d'or pour me moquer des exploits des maladroits !
Je soupirais, mais elle avait raison, aussi nous trouvâmes rapidement un lieux où nous reposer, néanmoins il n'était pas question de faire du feux, et la morsure nocturne de l'air printanniers restait plutôt fraîche.
Nous restâmes en vue des vestiges de ce qui avait été une cité. Tous dans notre clan nous connaissions les Ruines des anciens, néanmoins, elle gardait un caractère mystérieux pour moi, qui n'avait pas grandit dans les jours glorieux et sanglants du Retour de l'été.
- Parle moi des ruines, dis-je a Siwyll tandis qu'elle les observait, parle-moi du Retour de l'été.
- Ah, tu parle comme un enfant ! Répondit-elle.
- Je n'en suis pas un !
Elle rit de plus belle.
- Certe, certe, dit-elle avec un ton qui démentait toute conviction dans son assentiment. De toute façon nous avons du temps à tuer, ta question est en fait les deux faces d'une même pièce, les Ruines des anciens sont en fait issue du Retour de l'été, ou de l'été de la Grande Rage comme l'appelle les Kails.
- Le jour où nous avons reprit nos terres aux Hommes Gris.
- C'est le nom que nous leurs donnons, mais en fait, ils s'appellent eux-même les Emers, de l'empire du même nom, les Kails, l'autres peuples Danaëls, les appellent les sans-visages, parcequ'ils ne semblent aspirer qu'à s'oublier eux-même dans chacun de leurs gestes, cela faisait autant leur forces que leurs faiblesses d'ailleurs. Je sais que cela va avoir du mal à rentrer dans ta tête de paysan, mais l'Eriath n'était avant qu'un fragment de l'empire d'Emer. Lorsqu'ils envahirent l'Eriath, Ils chassèrent les nôtres telles des loups, avec leurs épées d'aciers, tuèrent nos héros, nos femmes et nos enfants, et ceux qui acceptèrent de se rendre furent fait esclave sans espoir de prouver leurs vaillances. Condamnés à la servitude vers des terres lointaines. Beaucoup de ceux là partirent et jamais ne revinrent."
Je ressentis un frisson à ses paroles, à moins que le vent ne se fît plus frais.
"Ils lacérèrent les forêts de l'Eriath avec leurs routes de pierre, et forcèrent les Daans et les Kails à se cacher au plus profonds des forêts, en des lieux ou la lumière de notre mère soleil n'atteignait jamais le sol, en ces lieux, on trouve néanmoins encore de l'herbe, car les larmes de rage des femmes Danaëls l'ont rendus fertile, mais il s'agit d'une herbe noir et amère, qui gémit lorsque le vent la fait onduler, et dont seuls les animaux insensible au goût du désespoir veulent bien se repaître."
"A cette époque, beaucoup de nos héros sont mort et son partis sur les sentiers du pays de l'été, mais même ces derniers jurèrent de revenir, et un serment fait dans ce monde est plus solide que l'acier, et donc un jour ils revinrent avec le Haut-roi."
"Beaucoup d'eau s'était écoulée sur la rivière du temps, néanmoins, car le temps de l'été et le temps du jeune monde sont dissemblable, à cette époque, les peuples Danaëls avaient perdu beaucoup de sa nature, et gagné beaucoup de celle de l'ennemis, et certains avait même trahi, néanmoins, ils reconnurent leurs héros comme une mère reconnaît son fils, comme la terre reconnaît la caresse humide du ciel, et lorsque les pluies anciennes tombèrent sur le peuple nouveau, ce furent des plantes de vengeances qui poussèrent, et elles donnèrent des fruits écarlates gorgés de sang."
"L'un d'eux étaient le Haut-Roi."
"Le peuple Danaël revint à la guerre, et tout les enfants de l'Eriath avec lui, les bêtes et les plantes, les elfes et les faées, le Haut-Roi à leur tête, et ce fut le Retour de l'été du peuple Danaël, beaucoup des Emers qui survécurent s'enfuirent loin vers leurs terres du nord, tandis que le peuple des hommes libre vint pour prendre leur suite, néanmoins, la plupart d'entre eux s'enfuirent à leurs tours lorsqu'ils furent confronté a la colère du Haut-Roi."
"Mais pour aussi puissant qu'était le Haut-Roi, il connaissait l'hiver et la mort, et ce dernier partis un jour rejoindre Dame soleil pour festoyer en sa compagnie, mais nous n'avons pas oublié, et un jour, lorsque l'Eriath aura besoin de lui, un nouveau Haut-Roi viendra."
Il y eut un grand silence que je finis par rompre.
- Et la "Ruines des anciens." ?
- Oh, c'est le combat de notre clan, lors du Retour de l'épée, c'est nous qui avons effacé cette cité comme le courant d'une rivière efface les traces d'un homme dans son lit. On dit l'endroit hanté, de nuits, par les âmes du peuple gris qui n'ont pas rejoint le Verbe, ces légendes, là, c'est Hylan qui en est le gardien, pas moi."
- Des fantômes ? Dis-je.
- Oui.
Soudain, je me sens floué.
- Des fantômes ?
- Exact, dit-elle, amusée. Tu as besoins de le hurler pour le comprendre ?
- Non ! Mais comment puis-je ramener la tête d'une créature immatérielle ? Petite sotte !
- Je reconnais là ton grand pragmatisme ! Et ta grande naïveté, si il y avait vraiment des fantômes dans cet endroit, crois-tu que j'accompagnerais un fils de paysan là-bas s'il y en avait ? Cela ferait une tragédie un peu trop courte à mon goût.
- Alors, il n'y a pas de fantôme ?
Elle soupira.
- Non, il n'y a pas de fantôme, mais rassure-toi, il y a là-bas bien d'autre danger, bien plus réel, des hommes libres et des Brigands, et assez de tête pour te faire trois fois guerrier du royaume !
- Mmmh, je vois. Ils seront à moi et à ma lance.
- Je n'en doute pas. Mais soit prudent.
- Nul ne marche dans le jeune monde éternellement, Siwyll. Dis-je, en citant un proverbe.
- Mais il peut arriver qu'on apprécie les longues ballades, Bran. Dit-elle.
Nous restâmes un instant silencieux, à nous observer l'un l'autre, le printemps était dans l'air, et je caressait son corps du regard, songeant au fait qu'il est des fleurs vénéneuses dont l'attrait est tel qu'il est difficile de leur résister, mais je ne serais pas le prochain à me faire appeler l'amant d'une minute.
Elle baissa ses yeux sur moi, éclata de rire.
- Belle virilité, pour un fils de paysan ! Dit-elle.
- Merci, dis-je en grognant, mais je saurais me distraire seul cette nuit, peste blonde.
- Certes, je ne doute pas que tu ais de la pratique dans ce domaine, mais ne te distrait pas trop : Il faut bien que quelqu'un veille sur moi pendant que je dorme !
- Pourquoi devrais-je... ?
-Les brigands ! Dit-elle simplement.
Sur ce, elle s'allongea et s'endormit comme une souche, me laissant planté là tandis qu'elle s'enfuyait dans le pays des songes, et que je me demandais si le pays de l'hiver ne valait peut-être pas le plaisir de l'étrangler dans son sommeil...



Certaine journée se lèvent comme des fleurs ou des arbres, presque insensiblement, avec une patience infinie : on se retourne, et l'on s'aperçoit que l'arbre a donné un fruit, ou que la fleur s'est éclose et à fait disparaître avec les pétales de sa beauté diurne la sombre majesté de la terre nocturne.
Eh bien aujourd'hui n'était définitivement pas l'une de ces journées.
- Lève-toi paresseux !
Je m'éveillais, reconnus la voix de Siwyll, mais pas avant d'ouvrir les yeux et de pouvoir éviter la motte de boue qui me tomba sur le visage.
- Tu t'es endormis ! s'écria-t-elle, la légende de l'homme-souche, cela te dit ? "Il possédait un pouvoir à peine croyable ! Pouvait s'asseoir, et s'endormir tel un minable !" Cela rime assez pour toi ?
Je jurais et balayait la boue d'un revers de la main tout en me redressant.
- J'étais fatigué, et ne voulais pas souffrir de te voir éveillée... Dis-je. Pourtant, tu ronfle comme un sanglier !
Ses yeux s'écarquillèrent un instant. Plein de stupeur et de fureur, il pleuvait, ses cheveux étaient raides, humides, pleins de l'odeur de la pluie. Sa peau devait être fraîche comme la rosée. Le bruit sourd de la pluie matinale résonnait comme un choeur de tambour lointain à travers la forêt, et trouvait comme un échos à travers ma poitrine.
Sa gifle fut comme une bourrasque subite, inconséquente, presque indolore, mais toujours surprenante.
La colère traversa mon esprit comme un éclair, et l'instant suivant je fut sur elle, plaquant son corps contre le tronc d'arbre le plus proche, lui faisant expulser l'air des poumons, la surprise la saisissant plus sûrement que ma propre étreinte.
- Espèce de poison ! Lui dis-je.
Elle reprit son souffle, et son genou visa mon aine, mais elle était trop petite et moi trop grand, elle toucha mon estomac. La douleur avait quelque chose de sourd, étrangement agréable. Je réprimais un hoquêt et la serrait plus fort.
Son regard vint lacérer le mien, ces yeux, pareils à des lac jumeaux reflêtant des cieux furieux croisèrent les miens, et j'y lu plus que de la fureur. A cet instant, nous nous appartenions l'un à l'autre aussi sûrement que le soleil et le ciel.
- Je ne t'aimerais jamais. Dit-elle. Tu es trop stupide.
Je sentis un sourire sarcastique naître sur mon visage.
- Bien, je suis trop stupide pour me soucier d'être aimé...
J'approchais mon visage du sien, sa bouche était fraîche, sa langue pétillante comme la chair d'un fruit encore vert, nos souffle se fondirent l'un dans l'autre. Mes mains lachèrent ses poignets pour la dévétir, la saisir à la taille, et l'élever pour m'offrir sa poitrine à la caresse de ma langue.
Puis le chant nous interrompit.
Un chant d'Homme libre, dont la langue était un étrange mélange de la langue elfique et de la langue d'Emer, ainsi que d'autres mots importé de régions si lointaine qu'elles auraient put être dans le royaume Lunaire.
Le chant qui nous parvenait était désagréablement proche, nous nous séparâmes et nous nous ruâmes à couvert sans échanger un mot. Ma main trouva ma lance, la sienne trouva son épée. Mon regard fouilla les alentours d'où provenait le chant ne trouva rien, mais une autre voix se joignit et reprit le refrain.
Je fit signe à Siwyll de me suivre, me sentit serpent et me mit à ramper vers les voix. J'entendis Siwyll me suivre derrière moi, je ne me retournais pas.
"Là !"
La voix de Siwyll n'était qu'un murmure mélé de nervosité et d'excitation, un vague reflet de ce que j'éprouvais moi-même et je les vis : septs hommes, armés d'épées et de gourdins, vêtut de cuir et de cape pour se prémunir de la morsure de la pluie, chevauchant des montures mal nourries au regard morne sur un sentier à peine visible.
- Lequel est le chef ? Dis-je.
- Tu compte attaquer maintenant ?
- Si je tue le chef, les autres seront un moins gros problème.
- Habile, mais stupide.
- Hm ?
- C'est la harpe d'Hylan que nous voulons, et aucun d'eux ne la possède sur lui. Ils vont sans doute attaquer quelques autres paysans libres ou gris. Allons aux ruines, et prenons la Harpe tant qu'ils n'y sont pas.
- Tu imagines qu'ils ne laisseront pas de garde ?
- C'est pour cela que tu es là, non ? Et j'espère que ta lance pointe aussi dure que ton sexe.
Je haussais les sourcils.
- C'est un compliment ?
- Je sais que ça ne t'arrive pas souvent, alors savoure cet instant, dit-elle.
Les brigands finirent par passer et disparaître derrière un rideau de verdure, et nous reprîmes notre route prudemment, nous dévalâmes la pente et nous approchâmes des ruines, passant d'un arbre à un buisson.
La pluie cessa rapidement, en Eriath, le climat est capricieux comme un enfant ivre, et change souvent du tout au tout. Je grommelais car je comptais sur la pluie pour camoufler le bruit que nous ferions peut-être dans les fourrés.
Arrivé à bonne distance, je sentis les effluves d'odeurs de cuisine, me rappelant que je n'avais rien mangé depuis le matin. Soudain, un morceau de pain fourré de confiture surgit sous mon nez, tenus par la main de Siwyll.
- Tiens, pour empêcher ton estomac de nous trahir, et essaie de manger silencieusement !
Je souris, et engouffrais le morceau de pain sans un mot tout en observant les ruines : C'était une ancienne cité, et en son centre se dressait les restes d'un fort. L'endroit devait être beau avant. Des murs blancs fait de pierres massives et soudés au mortier, couvert de plantes grimpantes et de racines. L'enceinte principale était ébréchée à de multiples endroits, le sol de pierre blanche défoncé, parsemé de flaques d'eau de pluie, certaines était si grande qu'elles s'étaient transformée en mare d'eau plus ou moins croupie ou paressait des grenouilles.
L'ancienne cité gisait, pareille à un monstre défunt, un dragon dont les os de pierre restait le témoin inaltérable d'une puissance révolue et terrassée. Tel était le pouvoir des hommes gris, me dis-je, on n'oubliait leurs noms, mais leurs oeuvre marquaient la terre presque à jamais. A mon corps défendant, je sentis un sourd respect pour eux naître en moi, pareille aux larmes infantiles que l'on réprime à l'approche de l'âge adulte.
Je fermais les portes de mon esprit à ces pensées, puis je laissais mon estomac et mon odorat indiqué à ma vue la source de l'odeur de nourriture et la trouva rapidement : une colonne de fumée grise s'élevant depuis une maison possédant un toit fait de bois, aux fenêtres barricadées grossièrement par des planches de bois.
- Tu les vois ? Chuchotais-je.
Elle hocha la tête, sans un mot, nous nous avançâmes furtivement dans la cité, évitant de passer par les lieux trop aisément accessible et défendables. L'espace d'un instant, je croisais le regard de Siwyll, et j'y lu la même pensée que celle qui me hantait, nous marchions au milieu du passé, et nous étions ses fantômes.
Puis soudain, la maison fut toute proche. Un pan de son mur s'était effondré, mais avait été comme pansé par de grandes couvertures de cuir qui obstruait la plaie architecturale tandis qu'une corde à linge s'étendait d'un bout à l'autre de la rue, soutenant des vêtements sec, sans doute posé pendant notre approche.
- Et maintenant, murmurais-je, que fait-on ?
- C'est à toi d'accomplir ta légende, répondit-elle narquoise, moi, je ne ferais que la conter.
- Peut-être voudrais-tu faire partie de la mienne ?
Elle rit presque.
- Je ne suis pas encore aussi désespérée !
Je lui rendis un sourire nerveux. Je m'étais décidé, j'entrerais et je tuerais tout ce qui s'opposerait à moi. Si je mourrais, j'emprunterais les chemins du pays de l'été la tête haute. Elle fut sur le point de dire quelque chose mais je ne lui prêta plus attention et m'avançais vers la maisonnée à travers l'allée pavée de pierre grise, où des herbes folles poussaient entre chaque caillou.
Je traversais l'allée en l'espace d'un seul battement de coeur, un deuxième battement me fut nécessaire pour soulever la bâche de l'entrée.
Je surpris une femme au visage ravagé par la petite vérole, deux hommes armés et une forme sombre accroupie dans un coin.
Tout alla très vite.
Mon coup de lance sembla jaillir de nulle part, et transperça l'un des hommes, il portait une longue barbe brune, ses yeux étaient sombres et reflétaient une étrange surprise. Ma lance transperça sa poitrine et ses mains saisirent sa hampe malgré la mort qui happait son âme comme un monstre obscur surgit de lui-même. L'instant suivant, je retirais ma lance de son corps avec un telle violence que je lui coupais les doigts encore crispé sur le manche pour parer le coup rapide du second, sans réfléchir, je ripostais d'un coup de tête fulgurant qu'il ne vit pas arriver.
Il recula sous l'impact, criant dans la langue d'Emer.
C'est alors que la chose accroupie au fond de la maison bondit et rugit.
Une gueule immense s'ouvrit vers moi, telle l'entrée d'une grotte de chair affamée animée par un tremblement de terre grondant. C'était un chien, mais un chien comme je n'en avais jamais vu, sa fourrure était sombre, mais toutes les parties de chairs visibles de la bête étaient rouge sang. La femme hurla de terreur. Je fus projeté en arrière, sous l'attaque, évitant la morsure de la bête.
Depuis ma prime jeunesse, j'accompagnais mon père à la chasse, dont il se servait pour améliorer son ordinaire, je n'étais certes pas autant doué que lui, mais j'avais tuer ma part de bête, dont un sanglier le jour de mes quatorze ans. Aussi, je connaissais la fureur qui peut animer un animal acculé, mais aucune que je n'avais vue où affronter jusqu'ici n'avait été comparable à cette bête.
Je fis une roulade en arrière rapide pour amortir ma chute et sortir de la maison, mais le temps que je me relève, la bête fut sur moi dans un grondement semblable au tonnerre et cette fois-ci elle mordit profondément les chairs de mon mollet.
Ce fut alors comme si la rage de la bête me contamina en un instant fulgurant, et le monde entier se teinta de rouge. Je me dégageais en jetant la bête d'un coup de pied contre le mur d'une maison en ruine. La créature, ne s'ébroua même pas, elle heurta le mur avec son dos et revint à la charge, la fourrure sombre comme une tempête, ses dents blanches ruisselant de sang semblable à un éclair écarlate.
Un éclair que j'évitais sans même y penser, à cet un instant, cette bête est moi étions unis par la même fureur de vaincre. Je vis son oeil gauche et ce fut sa fin, car ma lance suivit mon regard qui l'avait précédé. J'entrevis son crâne transpercé, remarquais distraitement sa cervelle dégoulinant par les oreilles tandis que je me ruais déjà sur mon adversaire suivant en hurlant...
Mais ce dernier ne me décocha pour toute riposte qu'un sourire goguenard, saisit l'une des cordes qui tenait la bâche et la tira. Mon coup de lance ne le manqua que d'un cheveu.
J'eus vaguement conscience du cri de Siwyll qui résonna derrière moi. J'entendis comme un frottement, suivis presque simultanément par un grondement. Mon adversaire disparu comme par magie, se jetant a quelques mètres de moi.
Il y eut comme un souffle derrière moi.
Je ne me retournais que pour voir le tronc d'arbre, pareil à un bélier, me percuter de plein fouet.


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 Sujet du message: Re: Brann à l'épée grise
MessagePosté: 30 Oct 2009 7:35 
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Concis
Concis

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Voici la suite...



L'inconscience, dit-on, est un sentier, un territoire, une frontière entre le jeune monde, l'ancien, et celui du rêve. Peut-être deviendrait-elle un ciel dans lequel mon esprit s'élancerait-il, dépouillé de mon corps, puis peut-être revêtirait-il la chair, le sang, les os et les plumes d'un oiseau qui s'élancerait dans le ciel de l'ancien monde, pour être chasser par un ancien héros ou par un elfe.
Mais l'inconscience n'était pour l'instant qu'un ciel nocturne et obscur, une grotte, où résonnait des voix lointaines aux accents étrangers, retenant mon âme dans son corps, chaîne verbale empêchant le faucon sauvage de mon âme de prendre son envol.
Parfois, la chaîne se faisait hérissée de pointe hystériques et douloureuse.
- Par les dieux, il est toujours vivant ! Dit la voix de femme.
- On a la fille ! Dit une autre voix d'homme.
- Ouais, il est toujours en vie. Dit une voix calme. Les Danaël, ça crèvent pas facilement, surtout quand ils sont enragés comme ça.
"Prenez ma tête." Pensais-je. "J'ai tuer un de vos homme et votre bête, je mérite au moins ça ! Peut-être vos maudirais-je, peut-être vous donnerais-je un bon avis, ou alors, attendrais-je, pour remercier celui des nôtre qui achèvera le travail que j'ai commencé à votre endroit."
- Achève-le ! Dit la femme, quelque part.
- Tu rigole ! Nan, il va rejoindre les autres au château !
- Qu'est-ce qu'on fait d'elle ? Demanda l'autre voix d'homme.
- Elle ? Elle veut sa harpe, sans doute !
La Harpe d'Hylan, prix du sang, payée par le sang, mais don des enfants de la lune, des elfes des bois à notre roi et à notre barde et notre clan. Je ne l'avais qu'entrevue, sorties pour les festivités du printemps. Hylan lui-même, faisant jouer ses doigts sur ses cordes d'argents attaché à son bois sculpté et voluptueux comme le corps d'une femme, comme celui de Siwyll, qui m'a amené ici pour mourir, et que j'abandonnais... mais que j'attendrais, dans l'ancien monde, où dans la maison de la reine d'or, si elle voulais bien de moi...
Les voix ont disparues, tout est devenu calme, je me suis sentis voler.
La douleur est lointaine, insistante, éclairante l'obscurité de ma nuit, comme une aube de sang, et je me sens vivre, je me sens respirer. Une odeur de cadavre, de vieille mort, de pierre, et un rire la voix d'un de mes vainqueurs, indistincte me parvient et une porte d'acier se ferme brutalement, qui semble faire trembler le monde, mais même cela semble lointain.
Une voix parle à nouveau, inconnue celle-là, mais chargée de pouvoir.
Elle parle, de moins en moins indistincte, de plus en plus chargée de pouvoir, renforçant la douleur, renforçant ma chair et mon sang, et l'aube écarlate se lève sur ma vie : c'est un soleil invisible, et pourtant flamboyant dans les ténèbres.
Soudain, le souffle du printemps s'engouffre dans ma gorge et ma poitrine.
J'étais en vie.
Je crachais du sang comme un vieillard mourant, et me redressait. Les ténèbres m'entourait toujours, les ténèbres et une voix.
- Du calme, tu vivras.
La voix était calme, sa force était celle d'un ciel bleu inaltérable, d'un bras invisible qui me convainquit de
- Où suis-je ?
- Dans le château des hommes gris, quelque part dans l'une de leurs anciennes cellules. Ils t'ont laissés pourrir ici, avec moi et les autres.
- Les autres ?
Il y eut comme un rire.
- Tu ne les sens pas ?
- Je ne sens que de vieux cada...
Je m'interrompis. Les autres... bien sur, ceux qui étaient morts ici.
Je me redressais, douloureusement, je réussis à me redresser, mais je sentis le monde vaciller autour de moi, et l'agonie me fit tituber. Je me maintins debout tant bien que mal.
- Tu as la vie dure...Constata la voix.
- Je te la dois. Dis-je. Qui es tu ?
- Je m'appelle Kinns.
- Ton accent... tu es un Emer ?
- En effet.
- Un prêtre ?
- C'est exact, je suis un prêtre de la parole sacrée.
- Pourquoi me sauver ?
- Je suis coincé ici, dit-il, et je ne suis plus que l'ombre de moi-même, nous avons un ennemis commun, pourquoi ne pas le faire ? Toi seul peux me sauver.
- Pourquoi le ferais-je ? Je n'ai pas oublié, -nous n'avons pas oubliés- ce qu'ils ont fait à notre terre !
- Tu veux dire placer quelques routes et massacrer des bêtes féroces ?
- Tu oublie nous réduire à rien et à l'esclavage.
Le soupir qui me répondit semblait porter toute la lassitude du monde. Je tentais en vain d'apercevoir Kinns, mais ne vit rien, en dehors d'une gaze de ténèbres impénétrable revêtant les lieux. L'homme semblait être vieux, non de corps, mais certainement d'esprit.
- Soit, dit-il, mais je ne peux sortir seul, pas plus que toi. Essaye donc toi-même. Je t'attendrais ici, fouille cette cellule, elle n'est pas grande, je dispose du savoir, et toi de la force nécessaire. Seuls, nous échouerons tous les deux, et nous mourrons.
La jeunesse m'inspira une répartie fougueuse comme une jument à son printemps :
- Je n'ai pas peur de mourir. Dis-je. J'ai sentis le souffle du pays de l'été.
C'était un vieux renard à son hiver qui me répondit.
- Comme beaucoup d'homme de Danael de l'Eriath, dit-il, mais ton amie, est-tu prêt à la laisser mourir ? Ou réduite en esclavage ?
Un silence glacial envahit ma bouche et submergea tout ce que ma langue eut a offrir. Je ne dis rien, mais cherchais une sortie, mes doigts palpèrent un mur de pierre épais, une porte d'acier rouillée mais qu'aucune de mes douloureuses tentatives pour la défoncer ne parvinrent à ouvrir. Plus loin, dans la cellule, mes orteils heurtèrent les ossements des hommes qui avait vécus et étaient morts dans ces lieux. Les lieux étaient poussiéreux, frais, et légèrement humide. Cet endroit transpirait le pays de l'hiver, ou les hommes errent après une mort ignominieuse et l'abandon de l'honneur, éternellement affamés et livrés aux loups et aux corbeaux.
Je ne voulais pas mourir ici.
Je voulais me venger ma défaite et libérer Siwyll. Faire mourir l'ironie sur les lèvres de la barde et la voir forcée de chanter ma geste devant le clan. L'idée seule de son sourire contraint me fit sourire. "Bran, le guerrier qui fait défaut à la mort." Cela sonnait bien.
Je me retournais vers l'endroit d'où était venue la voix de Kinns.
- Soit, dis-je. Je t'aiderais. Que dois-je faire ?
- Du calme, dit-il, d'abord, je te demanderais de faire serment.
La méfiance s'insinua dans mon esprit tel un venin.
- Quel serment ?
- Tu trouveras bientôt une épée, dit-il, une épée ensorcelée, elle appartiens à ma famille, mais si je ne survis pas à cette affaire, tu devras la remettre à mes fils. Même au prix de ta vie. Je sais que les Danaël prêtent peu de serments, et ils sont habiles à les contourner, hormis ceux qu'ils font sur leurs honneurs personnels. Alors jure-le moi sur ton été et sur ton hiver.
- Tu abuses de ton avantage ! Dis-je.
- La force n'est pas faite pour être laissée de côté. Répondit-il d'une voix ferme.
Je réfléchis, et ce fut à mon tour de laisser s'échapper un soupir.
- Soit, je le jure. Sur mon honneur, mon été et mon hiver. Si tu je devais survivre, je prendrais cette épée, et je la donnerais à ta famille.
- Bien. Dit-il. Longe le mur du fond, en face des ossements, il y a les restes d'un banc de bois, en dessous, si tu tâtes le mur de tes doigts, ils trouveront une légère dénivellation dans le mur, pousse-là et tu dévoilera une ouverture, mais tu devras pousser de toute tes forces.
- C'est tout ?
- C'est tout.
Je m'exécutais. Sous le tas de bois moisis je sentis une masse grouillante de cafard que je chassais à coup de pied, mais ce fut en vérité la seule épreuve, et lorsque je sentis la légère différence de pierre, je poussais de toute mes forces, et j'eu alors l'impressions de déplacer l'une de ces bêtes gigantesques qui se cachait au plus profonds des bois à l'aube du jeune monde. Mes muscles et mes os gémirent sous l'effort, déversant la douleur dans mes entrailles et soudain, le mur sembla gronder tel un gigantesque fauve.
Et bougea.
Il ne révéla pas de lumière, mais un courant d'air froid et humide, et lorsque je tandis la main, je sentis une masse sans fin de toile d'araignée.
- Nous sommes libre, dis-je. Tu peux me suivre ?
- Je suis derrière toi.
Je sursautais : La voix était désagréablement proche. Il était juste derrière moi, mais il s'était approché aussi silencieusement que la chute d'un flocon de neige.
Je me baissais, chassais encore quelques cafards et saisis un morceau de planche en bois pourrie qui faillit se désintégrer dans es doigts tant il était humide.
Elle faisait une arme dérisoire, mais elle servit bien pour nettoyer les toiles d'araignées encombrant la voie devant moi. J'ouvris la marche, tâtonnant, mon pied écrasant parfois dans un bruit humide et craquelant la carapace d'un cafard infortuné.
Finalement, je brisais le silence comme on brise le pain entre compagnon d'infortune.
- Pourquoi t'ont-ils installé ici ? Dis-je.
- Pour mourir. Dit Kins. Vois-tu Le courage n'est pas ce qui les caractérisent. Tout au contraire de toi.
- Tu tentes de me flatter ? Ton lustre me fait briller mais la lumière de ce dernier ne m'aveugle pas encore, homme gris.
Il me répondit d'un rire d'abord, d'une réflexion ensuite.
- Ton courage n'est pas douteux, mais rassure-toi, j'ai été aussi témoins de ton manque de réflexion, c'est là ton défaut le plus flagrant.
Je souris. Il n'avait pas entièrement tort, mais je n'avais toujours pas usé du pouvoir des marques bleues.
- Si c'est une menace...
Nouveau rire. Amical comme celui d'un père.
- Oh je n'y pense point, dit-il, c'est juste une remarque, et un conseil. Combien en ais-je vu, des gens de ton âge conduis par des conseils, apparemment bien intentionné, mais les conduisant à leurs pertes aussi sûrement qu'une lame d'acier les mordants à la gorge. Oui, en vérité, c'est un spectacle auquel on peut assister dans tout les peuples, et dont je me suis lasser. Nous sommes arrivés, dit-il.
- Où ça ? Demandais-je.
Je le sus l'instant d'après lorsque ma planche s'écrasa contre un mur.
- Un cul de sac ?
- Seulement en apparence. Dit-il. Tâte à nouveau le mur, dans la direction inverse à celle de la cellule.
Je m'exécutais, et le mur gronda à nouveau, raisonnant de façon plus impérieuse encore. La salle dévoilée était éclairée, celle-là, par une fissure dans le toit laissant passer un rayon de soleil qui tombait directement sur une épée bâtarde plantée dans la cage thoracique d'un squelette pourrissant là depuis ce qui semblait être une éternité. Ses mains étaient crispée sur la lame, et ne s'étaient maintenu là uniquement parce que la lame avait tranchés ses doigts jusqu'à l'os. Les rats, ou d'autre charognard, étaient partis avec les jambes il y avait sans doute bien longtemps de cela.
Je m'approchais, et m'aperçu que le corps était celui d'un Danaël.
Kins parla derrière moi, d'une voix douce, comme s'il retenait son souffle.
- C'est elle, dit-il, c'est l'épée.
L'épée était étincelante, sa lame d'un acier gris inaltérée par le temps, lisse et réfléchissante comme la surface d'une eau pure reflétant le ciel d'hiver, même la poussière ne semblait pas avoir de prise sur elle. Gravée sur sa garde, on pouvait voir des inscriptions dans l'alphabet sacrés de la Parole que je me surpris à regretté de ne pouvoir déchiffré. La poignée était couverte d'un cuir noir qui ne semblait pas plus que le reste de l'épée avoir subit les outrages dut temps. L'épée semblait être un témoignage d'acier de la mort, et de la volonté de vaincre jusqu'a cette dernière.
- Nous y voilà. Dis-je en me retournant vers le couloir, où restait toujours caché Kins.
- Oui dit-il, prend là.
- Tu es là, dis-je. Tu es vivant ! Prend-là, elle t'appartient.
- Tu parles vrai, dit-il, sauf sur un point. Jamais, je ne t'ai dis être en vie.
Il rit, et mon sang se glaça. Dans l'obscurité, il y eut comme un mouvement et lorsque celui-ci frôla la lumière comme l'on frôle une amante interdite, j'entrevis un visage que je reconnut : le visage du prêtre de la Parole dont la tête décapitée se balançait au bout d'une corde, à la frontière du royaume, et dont il m'avait semblé qu'il m'avait jeté un regard...
Le rire s'éloigna, s'estompa, fondit dans les ténèbres comme un flocon de neige égaré dans le printemps, il fondit encore, devint une goutte de pluie qui alla rejoindre la rivière du temps, et le temps ne cesse jamais, comme me le rappela le son de mon propre souffle. Je restais seul, et j'avais fait un serment. Mes doigts se refermèrent sur la poignée de l'épée, et elle était confortable comme le sommeil qui vous prend juste avant la mort. Je m'aperçus dans une stupéfaction silencieuse que la lame était passée au travers de la cage thoracique du Danaël, et s'était enfonçée dans le sol de marbre du sol. Je pris une inspiration, posait le pied sur la poitrine décomposée du Dann défunt, et arracha le diamant de mort de son écrin de cadavre et de pierre. La lame chanta lorsqu'elle fendit l'air. Elle était plus longue que ce à quoi je m'attendais, plus lègère, et surtout intacte et immaculée : le sang n'avait pas sécher sur l'épée, pas plus que la poussière et la terre n'avait altérée son éclat. C'était une lame à une main et demie, difficile à manier à une main, même pour un guerrier chevronné, mais l'épée pouvait s'accommodé de mes deux mains.
Un étrange sentiment passa dans mon esprit comme un vol de corbeau. Je croisais le regard vide du Danaël, j'avais une dette envers lui aussi : Je saisis sa tête, la lame chanta à nouveau lorsqu'elle trancha la gorge du guerrier sans-nom.
- Tu rentres chez toi. Lui dis-je. Il ne me répondits pas, mais je suis sur qu'il m'entendis. Je m'assis sur une pierre tombée du plafond, attendis et réfléchis, tandis que la lumière de la reine d'or s'échappait devant la nuit. Dehors, le même chant lointain qui nous avais avertis me parvenais, il étais enjoué et rythmé et je sus que les compagnons de mon vainqueur étaient de retour. Moi, j'avais découvert mes propres alliés : une épée étrangère, le fantôme de l'ennemis, et la rage, Don du Roi des bêtes. Chacun d'entre eux étaient puissant, mais mes ennemis étaient nombreux, et vicieux. Ce ne serait pas facile. Je sortis de la salle en ruine, empruntant un couloir dont l'une des meurtrières était devenue une ouverture béante. Je me sentis soudain renard alors que je cherchais mes ennemis du regard, et vit un grand homme blond et barbu vêtus de noir, discutant avec mon vainqueur. Aucun mot ne me parvint, mais le ton de la discussion fut comme la cime de leur humeur, à la fois mauvaise et enjouée. L'homme blond semblait revêtir le manteau de l'autorité comme un vieux vêtement usé et confortable, et mon vainqueur celui de la mauvaise humeur comme une armure mal ajustée. Leur conversation se poursuivit un long moment jusqu'à ce que retentisse la voix de Siwyll, pareille à la marée ascendante, lente et irrésistible, des flots de mélodies et de parole, portant une écume d'ironie.



Rose de soleil scellée dans l'ichor
Mes racines sont des sots, qui m'ont promis la douleur
Prose vermeille emplie de mort
Radine d'esprit, Dietro, elle ne dévoile que ta candeur
Achève-moi, brigand qui pour vaincre un enfant peine
Qui à besoin d'alliés pour une femme seule capturé
Voilà qui à l'instant la seule question qui me vienne.
Combien te faut-il d'année pour une vierge contenté ?
J'ai appris ton nom, tu es mon maître, voici ton titre :
Au vu de ta passion, tu es traître, tu sera Pine d'huître !


Les deux hommes restèrent silencieux, puis soudain, il y eut comme une averse de rire déclenchée par quatre, peut-être cinq gorge, dont celle de l'homme blond. Un seul resta silencieux, mon vainqueur, dont le nom était maintenant gravé dans mon esprit aussi sûrement que les paroles sacrées sur l'épée grise, resta coi. Il promena un regard perdu autour de lui, cherchant quelque chose à quoi raccroché sa dignité. Son regard finis par tomber sur son couteau, sa main le suivit immédiatement et tout en dégainant se rua vers une demeure en ruine, un désert de vengeance chassant toute autre expression de vie de son visage. Mais l'homme blond l'arrêta d'un mot, non pas qu'il eut une telle autorité, mais ce mot fut suffisant pour que trois hommes se jettent sur lui et l'empêche de se venger. Je souris : Je venais d'être traité d'enfant, mais la langue de Siwyll n'avait pas perdu son tranchant et son esprit de son acuité. Dietro était désormais seul, même au milieu de ses alliés. Bientôt, si elle continuait, il ferait quelque chose d'idiot et en paierait le prix, ne le ferait-t-il pas, il resterait à vie "Dietro Pine d'Huître". Comme sa mère, Siwyll avait la vengeance dans le sang.
Je souris.
La mienne attendrait la nuit.
La nuit est venue. J'aurais voulu me fondre en elle, me métamorphoser en étoile pour ne pas être vu. J'ai cherché en vain au milieu des ruines de l'antiques forterresse, une chemise de maille qui ne soit pas rouillée ou démolie, mais trop tard : le temps était passé juste après les pillards, et pas plus qu'eux il ne m'avait fait de cadeau.
J'attendis.
Le Roi des cieux tira un drap d'obscurité sur Dame Lune, mais de leurs amours ne virent nulles pluies et je dus me contenter de l'obscurité pour tout couvert à mes futures entreprises. Je me levais donc, sortis du château qui dominait le reste de la cité en ruine et me faufilait à nouveau dans le labyrinthe de vielle pierre dans lesquels je m'étais efforcé de mémoriser un chemin.
Pine d'huître et ses comparses étaient trop sur d'eux : ils avaient fait un feu, et ce dernier guidaient sans défaut le papillon assoiffé de sang et ailé d'acier que j'étais. Le vent se leva et me força encore a attendre, car il venait dans mon dos, me poussant à la course, portant le son de mes propres gestes et se confondant dans mon souffle pour mieux le trahir. Je profitais du moment pour observer à nouveau, et je vis la sentinelle, un homme au crâne glabre. Je le reconnus aussitôt : le chanteur. Sa vue me rappela autres chose j'avais vu sept homme partir sur la colline, deux autres et une femme était resté. Ils étaient donc dix, mais je n'en avais compté que cinq pendant toute la journée. En ayant tués un, où était passé les quatre autres ? J'eu une partie de ma réponse en reprenant mon avancée, près d'un ancien temple, trois tombes grossière avait été creusée, Siwyll s'était montrée aussi féroce que moi, et la pensée d'avoir égalé en prouesse martiale quelqu'un qui avait vu de vrai guerre me fit sourire. Néanmoins, même elle avait été vaincue. J'aurais put considérer un retour au royaume, sur les terre de mon clan, cela assurerait mes chances de sauver Siwyll, mais précipiterais ma fin : sans tête pour prouver ma valeur, je n'étais qu'un paysan couvert des signes de la furie, défiant les lois des hommes et des dieux, Hylan, sinon le roi, demanderait ma tête, à moins qu'il ne le fasse personnellement, mon nom serait oublié à jamais, et mon esprit demeurerait prisonnier dans les terres de l'hiver. Que je meure et le clan finirait par s'inquiéter, Hylan chercherait sa disciple, et s'il ne la libérait pas, il pourrait en tirer vengeance. Agir maintenant valait mieux que m'en remettre aux force d'autruis, néanmoins, les paroles d'un mort valent deux fois celle d'un vivant, et celle de Kins, fut-il un mort gris, résonnait encore dans ma tête, me mettant en garde sur ma précipitation à faire couler le sang. Ma rage était un nouvel allié, mais c'était un fauve que je devais tenir dans une laisse d'acier, pour ne le relacher qu'au moment approprié. Je reprit ma route, et tombais nez-a-nez sur la femme vérolée accroupie, en train de pisser contre un mur. La surprise nous prit à la gorge tout les deux, et nous empêcha de crier pendant toute une seconde. Je n'en attendis pas une autre, avec toute la force dont je disposait, mon poing alla percuter le nez grêler de la drôlesse, dont la tête partis en arrière et percuta avec un bruit sourd la pierre du mur du temple derrière elle. Elle fut assomée instantanément , sans un mot et sans un cris, et regardant le vieux mur du temple de la Parole constellée d'écris, de noms sacré, une impression de cellule hantée, froide et emplie de cadavre traversa mes pensées. Je dressais l'oreille guettant l'alarme. Mais je ne saisis que le chant du vent, et rien de plus. Il était temps de dégainer le diamantr de mort. Je le fis avec la douceur d'une femme saisissant son nouveau-nés, pour éviter que la lame ne chante en choeur avec le vent et ne gâche l'effet de surprise, puis je fus le chat sauvage qui s'aprochais de sa proie. Au fur et à mesure que j'approchais, je saisissait les détails de la sentinelle, au crâne si glabre qu'il semblait polis comme un miroir, au vêtement si sombre qu'ils paraissaient découpés dans un morceau de nuit, et au fredonnement si paisible qu'on l'aurais plutôt crus en train de bercer son fils. Je marchait lentement, réprimant l'envie de fondre sur lui trop vite, serrant les dents à chaque pas, ayant l'impression que chaque brin d'herbe rugissait alors qu'il était écrasé par mon pied. Je respirais avec lenteur, je pesais l'emplacement de chacun de mes pas. Mais tous cela fut vain. Il y eut un cris : la voix claire comme l'azur de Siwyll retentit dans la nuit, portant une douleure infinie, comme une bribe d'agonie. Il se retourna vers la ruine leurs servant de cachot, me découvrant son dos, et ce fut suffisant. L'acier chanta, je cherchait le coup mortel qui en finirait au plus vite et le trouva, la lame transforma sa tête en une étrange comête charnelle à la queue écarlate qui traversa quelques mètre avant de s'écraser dans l'obscurité, tandis que le reste du corps tomba aussi lourdement qu'une nuit d'hiver. D'autre cris retentirent, venant de leurs masures, je me sentis le loup en moi gronder mais ma main sur mon épée était aussi serrée sur mon épée que mon esprit sur ma volonté de tuer. Je m'approchais, le pas vif et léger près de la sortie, quand le premier homme sortit, la lame batârde fila vers lui telle une vague grise et miroitante, poussée par toute mes forces. Il ne portait pas d'armure, la lame sembla presque le faire exploser, et il tomba, penché en avant avec un cris de surprise. J'entendis un jurons juste derrière lui. Je me retirais, me dirigeant vers l'endroit où était détenue Siwyll. Une voix retentit à travers la nuit, couvrant le vent. - Pîne d'huitre ! Qu'est-ce que tu fous ! Pourquoi tu as tuer Mark et Hyll ? Je reconnus la voix : l'homme blond au manteau d'autorité. Il y eut un moment de silence, dans lequel je me faufila pour observer l'intérieur de la prison : une ruine de plus en fait, mais l'intérieur de cette dernière, il y avait une grande cage, assez grande pour contenir un ours, ainsi que par exemple, Pine d'huître et Siwyll. Mon coeur se mit à battre comme celui d'un daim au galop lorsque je vit cette dernière attachée, se tenant contre les barreaux, une mains sanglante et bouillonnante. Son tortionnaire se tenait prêt d'elle, la dague qui lui avait servit à me vaincre dans une main, et tenant la crinière de Siwyll dans l'autre si fort qu'il semblait vouloir lalui arracher toute entière. Je restais pétrifier par une colère venue des entrailles de la terre un instant, et ce fut ce qui faillit me perdre : Il me vit et sa dague vola vers moi, par reflexe, je levais mon épée en me mettant à couvert. Je ne sais ce qui me surpris le plus, qu'il me rata ou que mon épée ne parviennent en effet à intercepter la dague. - Brecht, l'aut' salaud de sauvage ! Hurla Pîne d'huitre ! Il est vivant ! - Ne t'approche pas, ou je tue ta femme ! Ajouta-t-il. Je m'éloignais, toujours à couvert. Je devais agir vite, les autres se préparais aussi surement que l'automne suivrait l'été de ma bravoure. Je fondis vers la maison principal, juste à temps pour en intercepter un en train de tenter de sortir, tout alla très vite, il frappa le premier, mais je parais avec l'impression d'avoir un mur d'acier pour moi, ma lame frappa et le sang d'un homme pas plus vieux que moi se répandit au sol, suivis rapidement par son corps. Je m'écartais aussitôt de la sortie et bien m'en pris, une hachette tournoya dans ma direction, mais me manqua largement. Je repris mon souffle tout en écoutant mes adversaires s'agiter à l'intérieur. Ils se séparèrent, chacun vers une sortie différente, cette fois-ci, il voulait me prendre en tenaille. Je me ruais vers celui qui tentait de sortir vers la fenêtre, un homme blond à la mince moustache, il avait eut le temps de mettre, une armure de cuir, et cela le sauva, ma lame ne fit que ricocher sur l'épaulière de cette dernière, entamant le cuir mais laissant la chair intact. L'autre venait dans mon dos, peut-être était-il temps de relâcher le don du Seigneur des bêtes... Mais je n'en eut pas le temps. Je sentis la sueur descendre dans mon dos lorsque le coup monta derrière moi, en désespoir de cause, je levais mon épée par dessus ma tête et la fit pointer dans mon dos. Elle m'en sembla en cette instant plus légère que Siwyll dans le feu du désir, plus légère qu'une plume portée par le vent et je sentis à peine es bras vibrer lorsque le coup frappa l'acier de l'épée, ricochant vers le néant de la nuit. Moustache blonde profita que j'étais totalement à découvert pour décocher un coups vers mes tripes, mais cette fois-ci, ce fut lui auquel la chance fit défaut : il manqua mon nombril, et si la lame traça un sillon dans ma chair, elle ne fit que rebondir sur une côte. La douleur fut vive, mais pas autant que la sienne quand je pris tout l'élan de mon épée pour lui fendre le cuir chevelu, le front, la moustache et le crâne. Je me retournais alors vers mon dernier adversaire, ce ne fut que pour le voir filer vers la prison de Siwyll. Je le suivis comme tel chien de chasse, et le moment ou je faillis le rattraper faillit m'être fatal, n'eut été mon épée, qui jaillit comme un éclair gris entre moi et lui, j'aurais été égorgé comme un vulgaire porc. Il entra, et Dietro Pîne d'Huître était toujours là avec Siwyll, il la tenait à la fois comme un bourreau doté de l'assurance enfantine d'un marmot prit sur le fait. Je faillis rire. - Comment as-tu fait pour survivre ? Demanda Siwyll dans un grincement douloureux.
- Disons que tu as dits vrai et faux. Répondis-je.
Brecht s'écarta, et sans me tourner le dos dégaina son épée. Il faisait sombre dans la pièce, et il se tenait devant la cage à Ours, entre moi, ma vengeance et ma gloire.
- Où sont les autres ? Demanda Pine d'huître.
- Où veut-tu qu'ils soient ? Répondit Brecht.
Ce dernier avait la voix et le ton de ces bardes qui parlent peu, mais dont chaque parole est précieuse car elle en dit bien plus que sa signification première. L'amertume et la fierté de tuer un tel homme me vinrent, mais ne me submergèrent point. Je m'approchais prudemment, tentant de trouver l'ouverture dans sa garde, meilleure que la mienne, au demeurant.
- Tu aurais put te presser ! Dit Siwyll, tu resteras à jamais Bran le tardif.
- Désolé, rétorquais-je, j'étais trop occupé a revenir à la vie.
- Ce n'est pas grave au fond, dit-elle, j'ai perdu ma main droite, mais je peut encore te frapper de la gauche et te mettre des coups de pieds au cul !
- Qu'est-ce qu'ils disent ? Demanda Pine d'Huître à Brecht.
Siwyll et moi restâmes interdis, Brecht soupira, peu de gens se donne la peine d'apprendre la langue des Danns.
- Eh oui ! Dit Brecht, je connais ta langue. Tu as prouver que tu étais un bon guerrier, paysan, tu as ta gloire, je crois que l'on peut s'arranger ? Dit-il en Dann.
Je restais à l'affût du moindre geste. Cet homme était dangereux, et il n'avait pas besoin de faire le moindre geste pour me le faire sentir. Outre cela, il connaissait trop mon peuple à mon goût.
- Tu es Dann ? Demandais-je.
- Ma mère faisait partie de l'un des trois peuples, dit-il, je n'ai jamais sut lequel. Tu veux la Harpe de ta femme ? C'est ça ? Putain ! Pas la peine de tuer toute ma bande pour ça. Dommage pour sa main, elle en jouait bien dans la prairie... Si tu veux, je te laisse la vie de Pine d'Huître, elle à un chouette don pour les surnoms, ta copine !
Soudain, je sentis une nouvelle suée descendre dans mon dos. J'entendis à nouveau la voix de Kins : "Le manque de réflexion...des conseils apparemment bien avisé..." : Ce n'était pas eux qui avait voler la Harpe d'Hylan. Siwyll soupira et son corps entier se relâcha, à la grande surprise de Dietro, qui s'était trouver par ailleurs un nouveau couteau.
- La prairie ? Demandais-je.
Brecht sentît venir le problème, mais il étais trop fin pour le faire remarquer.
- La prairie des fleurs rouges, elle en jouait seule au matin au dehors de votre royaume. - Je vois. Dis-je.
- Quoi demanda le compagnon de Brecht, qu'est-ce que vous foutez tous les deux ? Y'a une embrouille ?
Ma main se durcit sur la poignée de la lame, une autre passa sur mon tatouage de guerre, un cadeau fait de sang d'orque, d'homme et de pouvoir sauvage. Un don de mon clan.
- Tu vas quand même essayer de me buter... Dit le chef de bande en soupirant, cinglé de Danaël...
Il était aussi triste que moi.
Je relâchais le don du Seigneur des bêtes comme on relâche une rivière de son barrage. Il eut un grognement sourd. Ma lame chanta, la sienne siffla au rythme de nos fers se croisant, et sur cette musique, nous dansions dans la semi obscurité, intervenant en faveur tantôt pour lui, tantôt pour moi. J'aurais dut mourir contre lui : il était meilleur, mais mon épée était investie du pouvoir de vaincre la mort, et mon esprit de celui de la rage de l'infliger. Nous avons danser, dans cet équilibre délicat sur le fil du rasoir servant de frontière entre l'automne de la mort et le printemps de la vie, laissant notre acier nous mordre à plusieurs reprise sans nous tuer, nous coupant sur le fil du rasoir tisser par nos épées.
Puis un cri de Siwyll dans la cage rompit l'équilibre délicat, une ombre passa près de nous, et je fus près à mourir.
Mais lui ne l'était pas et c'est ce qui me sauva. Il se détourna un instant, et mon épée trouva et traversa le ventre, le tissu puis la chair en un instant.
Il s'effondra lentement, à regret, un juron aux lèvres, et mourut, les yeux grands ouverts, fixés sur le pays de l'hiver.
A peine eu-je tout juste le temps de voir Pine d'Huître se jeter par l'une des fenêtres en haletant comme un chien en fuite. Je fus tenté de le suivre mais la mort de Brecht me laissais comme un regret au goût d'été finissant dans la bouche, et ce dernier s'en fut dans mes membres.
J'étais épuisés, et Siwyll était affalée, sa tête saignait : on lui avait crever un oeil. Je m'approchais d'elle calmement, armait mon coup, elle me fit face avec dignité et sérénité.
Elle me rappela ma mère.
- Vas-y. Dit-elle.
Je voulais lui donner une mort nette. Je voulais lui donner une mort juste, mais je ne le pu pas. Ma lame retomba.
- Ce n'est pas à moi de te juger.
- Alors Bran le tardif est aussi Bran le cruel, dit-elle. Pour le vol de la Harpe, il m'offriront à la Reine d'or et au roi d'azur et me brûleront vive dans une silhouette d'osier.
- Nul ne peut marcher éternellement dans le jeune monde. Répondis-je.
- Mais il se peut que l'on apprécie les longues balades. Reprit-elle.
Je souris, mais il n'y eut que du regret lorsque je la détachais. Elle n'était pas en état de fuir, et à peine en état de marcher. Je pris la tête de Brecht, je prit les têtes des autres, la Harpe d'Hylan et les mirent dans un sac que je mit sur un cheval non loin. J'allais rechercher la femme vérolée comme future esclave. Quand je revins, elle s'était soignée autant que se pouvait de par sa sorcellerie, mais elle était toujours là alors que je m'attendais à ce qu'elle s'enfuie.
Elle lut ma pensée dans mon regard.
- Allons-y, Dit-elle, je suis barde, je dois conter ta légende.
Le voyage de retour fut comme celui de l'aller, à la fois plein et creux. Il ne se passa rien mais était plein de silence. Le regard de Siwyll était baissé, son visage serein. La première personne à nous voir sur le chemin du retour fut Gadr, un paysan grand comme un chêne et tout aussi pacifique. Il nous regarda alors qu'il labourait son champ.
Ce ne fut pas lui que je vis, lorsque mon regard se posa sur le paysan.
Il y eut un bruit de cor, et, Prydan, notre roi vint aux portes du village. C'était un homme au milieu de son automne, la quarantaine d'année, debout sur son bouclier d'or et d'argent soulevé par ses guerriers. Ses cheveux avait grisonné prématurément, aussi avait-il les cheveux gris d'un vieillard, mais dans ses yeux bleus, la fougue d'une étoile filante étincelait.
A ces côtés marchait Hylan, il avait à peu près le même age que mon Roi, le poil brun et l'oeil vif, revêtu avec l'élégance des hommes qui veulent mourir à leur zénith, le geste souple du chat. Un coup d'oeil et il comprit ce qui s'était passer.
Haneth, le druide était à la droite du roi, le druide rouge l'appelait-t-on, et rouge était sa robe, et rouge était son histoire, car il se faisait souvent chasseur d'homme, sous la forme d'un ours, d'un fauve ou d'une bête des temps ancien.
Et derrière eux tous les guerriers et guerrières du royaume, Nyall le vif, Cuwen à la main sûre, et tant d'autre que j'avais tant admiré sans connaître réellement le prix d’un devoir qu je commençais seulement à entrevoir, et derrière ceux-là venaient ceux dont je ne partagerais plus les peines, que j'avais appris à aimer que je devrais désormais protéger, et tous nous regardaient.
Je prit le sac contenant les têtes des vaincus, et les répandis devant moi dans la terre poussiéreuse.
- Pour la furie et l'acier. Dis-je.
Le silence ne fut rompu que par un croassement de corbeau.
- Pour le pays de l'été et les dieux.
Je pris la harpe dans son sac et la révéla aux yeux de tous, il y eut cette fois-ci un murmure parmi les paysans et ceux des esclaves présents. Je pris la femme vérolée, qui s'était éveillée pendant le voyage mais que j'avais bâillonnée, car je ne me sentais point d'entendre ses plaintes tout du long.
- Pour le village. Finis-je.
La femme émit une plainte lorsque je la jetais au sol. Je ne craignais rien pour elle. Pour maigre qu'elle fut, elle était résistante. Hylan prit la parole.
- Parle Siwyll, fille de Sydna, et parle vrai !
Siwyll sourit avec une pointe d'insolence et parla, je m'attendis à ce qu'elle mente mais n'en fit rien, et la vérité s'écoula de ses lèvres comme une rivière claire et fraîche, mon coeur s'étreignit, songeant qu'il s'agissait de la rivière de son sang, mais qu'elle mettais dans sa mort toute son énergie et toute son âme, je me sentis devenir vieux, et je me sentis devenir gris, mais toute ce ciel immense de peine restait voilée par le nuage opaque de mon visage.
Lorsque la voix de Siwyll s'éteignit celle de Prydan s'éleva.
- Bran, dit-il, tu es un guerrier étrange, tu possède le don de la furie, et nul ne saura nier que tu es digne de ton royaume et d'être des nôtres.
- Merci, dis-je, mais je ne pourrais rester, j'ai fait un serment, et ce dernier, fait à un homme mort, vaut deux fois celui fais à un homme vif, fut-il gris, et l'on ne me surprendra à rompre ni l'un ni l'autre, aussi ne puis-je rester.
- Je comprends et cela t'honore. Répondis le roi en souriant derrière sa longue moustache. Druide, je réclame ton jugement sur Siwyll !
Le Druide rouge regarda la jeune femme, j'avais le goût de sa peau en bouche, et les larme de sa mère dans les yeux, mais le Druide rouge resta impassible : "Siwyll, tu as commis un grand crime en volant la Harpe d'Hylan, ton maître, et tu as usé de la tromperie pour la regagner. Tu es revenue à nous sachant quelle serait ta peine, et tu as donner l'immortalité à celui qui t'as sauvé malgré tout. Tu as tenus ta parole : Puisse-tu perdre ta fourberie sur le chemin de l'exil, peut-être trouvera-tu un autre royaume mais Hylan chantera le chant de Bran, qui sera marqué de ta fourberie."
Le druide rouge hocha la tête vers Hylan et la voix d'Hylan prit le relais aussi naturellement que le jour succède à la nuit.
- Siwyll, tu as payer de ta main et de ton oeil tes forfaits et ton aveuglement, tu ne pourras être Barde du royaume, tu ne pourra rester ma disciple, tu seras désormais Siwyll à la langue à deux tranchant, l'un pour la vérité et l'autre pour le mensonge, mais trouve un vrai héros Danaël, regagne ta main et ton oeil, et tu sera nouveau digne de mon vin et de mon pain, va, et ne revient pas !
Siwyll s'attendait à mourir, je la vis chanceler, mais elle ne tomba pas. Elle se retourna sans fioriture, et disparut, dans les bois à l'horizon, simplement.
Puis il se tourna vers moi.
- Bran, le paysan que tu étais est entré dans l'hiver, et le guerrier que tu es entre dans son printemps, tu es maintenant "Bran à l'épée grise" c'est un surnom neutre, que seul tes actes rendront glorieux ou pas.
Je hochais la tête.
- Et maintenant, dit Prydan, permet moi d'offrir l'hospitalité au guerrier que tu es devenu !
Le peuple, les guerriers, eurent un rugissement, et seul Hylan et moi regardions encore vers la forêt, où Siwyll avait disparue.
Ce soir là, il y eut une fête. On dévora un nombre sans fin de sanglier, on but un fleuve de bière et Hylan joua de la harpe en son honneur et déversa des torrents de note et de musique à vous en faire mourir de rire, à vous en fendre le coeur.
Je m'assis à la droite du roi et eut droit à la meilleur part de chaque chose. Comme le veut la coutume, Hylan nous rappela la fin de toute chose avec un poème amer et triste. Et je partageais la couche d'Aewen à la peau douce, aux lèvres de sucre et à la chaleur d'été.
Le lendemain, je donnais la femme vérolée à Dylf, mon demi-frère pour compenser la perte de sa femme et je repartis au petit matin. J'aurais put encore rester pour établir mes terres, mais j'ignorais si j'allais revenir : les hommes gris vivant en Eriath n'aiment guère les Danaël, et nous le leurs rendons bien.
Je marchais jusqu'au carrefour marquant la limite du royaume, lorsque j'entendis la voix de Siwyll résonné dans l'air matinal, comme celle de l'oiseau qui salue l'arrivée de l'été, et qui se moque de votre incapacité à courir sur les airs.
- Salut Bran ! Quel surnom t'ont-t-ils donner ?
L'insolence et la nonchalance de sa voix me prirent à la gorge.
- Je suis "Bran à l'épée Grise" maintenant, et un guerrier du royaume désormais, tu es exilée, file avant que je ne prenne ta tête !
Elle rit.
- C'est qu'il attrape une tête si grosse, mais elle reste si vide ! De ce coté-ci de la route, je suis encore au-delà du royaume ! Je puis faire ce que je veux !
Je grognais.
- Et que veux-tu ?
- Revenir chez moi, dit-elle.
- Tu devras trouver un vrai héros Danaël, tu as peu de chance.
- Ta quête est bien assez désespérée et héroïque pour un "vrai héros Danaël". Sais-tu seulement par ou commencer ?
Je grognais à nouveau. Par les dieux ! Elle avait raison, et j'avais envie d'étrangler cette petite vipère manchote à un oeil !
- C'est bien ce que je pensais, dit-elle. Je crois que tu as besoins d'un barde, Bran à l'épée grise, pour te guider dans ta légende...ou ta satire...
Je me remis en marche, sortis des frontières du royaume.
- Tu connais l'histoire de cette épée ? Demandais-je.
- Certes. Rétorqua-t-elle en m'emboîtant le pas.
Je grognais à nouveau.
- Je prendrais ça pour un oui. Dit-elle.
Elle rit d'un rire espiègle, et si le soleil de sa chevelure aurait put émettre un son, cela aurait bien put être celui-là, et il réchauffa mon coeur comme la main de l'été se refermant sur lui.


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