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Kadash se réveilla et sut qu'il était seul. Il sentit la solitude plus douloureusement que la douleur lui vrillant le flanc. Elle lui était plus dure et froide que la pluie déversée depuis les hauteurs célestes bouchées par de lourd nuage gris chargés de pluie, et plus écoeurante que l'odeur de mort et de décomposition l'environnant. Il faisait trop froid pour qu'il y ait des mouches, mais les corbeaux étaient là, dévorant les cadavres des yeux de ceux de sa tribu, étendus pardessus et par dessous lui. Kadash avait perdu sa tribu, il avait perdu sa famille. Pour la seconde fois de sa vie. Kadash avait eut une autre famille avant le peuple du sang, une autre tribus. Il avait vécu dans un petit village d'un grand empire nommé Eremon. Il avait vécu là jusqu'à ces neufs ans, aidant les siens aux semailles, dévorant des insectes en période de famine. Il avait été un paysan, un "bouffeur de fourmis." Puis la guerre était venue. Quelque chose s'était réveillé dans les montagnes, un puissant pouvoir nommé la Couronne de fer. Faisant plier les tribus non humaines et les jetant sur les terres des hommes, des elfes et des nains. Une ombre d'acier plongeant la civilisation dans la terreur. Des orques avaient attaqués le village lors d'une nuit d'automne noire et glaciale. Kadash avait fuit, Kadash avait courut, et Kadash s'était cachés dans la boue de l'auge à cochons que ces derniers avaient déserté. Il avait entendu les hommes et les enfants nourrirent, et des femmes qui n'avaient pas encore été tuée supplier pour qu'on le fasse alors qu'on leurs faisait subirent ce que l'on n'infligeaient même pas à la vermine. Il resta tout aussi immobile lorsque les orques jetèrent et entassèrent les cadavres sur lui sans l'apercevoir avant de s'en aller. Il ne sortis qu'à la venue du jour. Titubant, hagard dans les ruines de son village, aussi égaré dans les restes de sa vie que son esprit en lui-même. C'est ainsi qu'il ne vit pas l'étrange Naine à la peau rouge qui le trouva. Il ne la vit pas plus lorsqu'elle le frappa derrière la tête et l'assomma. Lorsqu'il se réveilla, il était entouré d'homme, de femme et d'enfant, venant de tous les peuples, nains, orques, elfes et demi-sang mêlés les uns aux autres, leur seul point commun était leur peau d'un rouge sanglant. Aurait-il été plus conscient, il aurait, à ce moment, regretté de s'être éveiller. Ceux qui l'avait recueillis tournoyèrent en hurlant autour de lui, en chantant dans un chorus insensés et en lui crachant dessus, le battant, le frappant, l'injuriant. Choqués, il ne réagit pas plus lorsque la Naine le prit par les cheveux et l'entraîna dans une grotte non loin. Là, des torches brûlaient, projetant des ombres dans les orbites vides de crâne d'enfants, projetant l'ombre du cadavre d'une vache éventrée, dont le sang bouillonnait déjà dans un puits emplis de sang. La naine le saisit par la nuque et plongea l'enfant que Kadash était dans le sang. L'odeur était épouvantable, le bruit écoeurant. Sa peau lui sembla brûlée, sa chair être mâchées par des dents invisibles, son corps et son âme étaient pareillement battus par la douleur comme par les coups de marteau de son coeur. Il hurla et émergea du puits. Sa peau était devenue rouge, sa chair aussi dure que de la viande séchée, et lorsque la tribu l'accueillis à la sortie de la grotte, ses membres hurlèrent leurs joie féroce, et il sentit son sang bouillir à l'unissons du leurs. Il devint un membre du peuple du sang. Il apprit le nom de la vieille Hagga, la naine qui l'avait trouvée et devint sa mère et ceux des autres membres de la tribu. Il devint un homme et apprit le nom de sa femme et de ses enfants. Il devint un shaman et apprit les voies du dieux du sang et ses dons occultes. La tribu vivait brutalement, mais sans malice, ils erraient dans les marches du royaume de la Couronne de fer, pillant les villages qui n'étaient pas inféodés au nouveau pouvoir, tuant les adultes, hommes et femmes, ou les réduisant en esclavage, et plongeant les enfants dans le puits du sang pour les adopter. Parfois, un émissaire de la couronne venait, porteur d'ordres, et la tribu luttait pour lui, tuant et pillant. Puis la guerre finie, elle revenait sur son ancien territoire, combattant les orques aussi rageusement que les hommes, et faisant subir à leurs petits le même destin qu'à ceux des hommes. Mais un jour, l'émissaire était vint avec de nouveau ordre, porteur de mort pour une autre tribu du peuple du sang et le chef de la tribu pris la seule décision qu'il pouvait prendre. La tribu s'enfuit vers le sud, sans avertissement. Ce fut un long voyage, long et dangereux. Ils échappèrent aux monstres, ils échappèrent aux orques et à la colère de la Couronne de fer, traversèrent un immense fleuve nommé l'Exil sur des troncs d'arbres abattus à la hâte sous une pluie de flèche. De l'autre côté du fleuve, ils se cachèrent dans les profondeurs de la forêt et y reprirent leurs vies, mais d'autres hommes vivaient déjà là, et ils ne comprirent pas plus le mode de vie du peuple du sang qu'un autre. Il ne fallut pas longtemps pour que la guerre reprenne. Les premiers hommes vinrent armés de faux et de fourches. La couronne de fer avait donné au peuple du sang le savoir des armes d'acier, la puissance de la furie. Les premiers hommes moururent facilement. Mais l'été s'attarda et d'autres hommes vinrent, des chevaliers ceux-là, en trop grand nombre pour que la tribu puissent vaincre. Ils déboulèrent un jour sur la tribu, Kadash combattit, hurla à sa femme et ceux de ces enfants trop jeunes pour se battre de fuir, mais les chevaliers les mirent à morts comme on chasse une meute de loups. Hagga la Mère-Soeur fut piétinée par un chevalier éclatant de rire. Kadash n'eut que le temps de lui trancher la tête avant de se voir acculé au bord d'une falaise avec les rares survivants. Le combat s'acheva pour lui lorsqu'une pique vint s'enfoncer dans son flanc et qu'il bascula dans le vide sous les vivats et les rires de l'ost paysanne et des chevaliers. A peine eut-il le temps de tendre les mains vers les branches et racines d'arbres dépassant de la roche pour ralentir sa chute avant de s'écraser en bas. Néanmoins, il avait survécu. Il ouvrit les yeux et se redressa. La furie brûlait dans son esprit comme un chien enragé, mais il l'enchaîna à sa volonté et retint son désir de voir couler le sang. Il dégagea les cadavres de ceux qui étaient tombés après lui, prit l'une des armes qui n'était pas brisée et prononça les paroles de pouvoirs qui atténuèrent sa douleur et ses blessures, puis il partit, longeant le bord de la falaise. Des larmes lui vinrent lorsqu'il songea à sa tribu, coulèrent silencieusement et se tarirent. Il y avait plus important que le chagrin. Il était vivant. Il était le dernier sang de sa tribu. Lorsque vint la nuit, il trouva un abris dans une grotte creusée a flanc de la falaise. Il s'y terra et s'assoupit dans un sommeil rouge et douloureux. Kadash fut réveillé le lendemain par des cris. Il sortis d sa cachette, et s'avança furtivement vers le drame : deux hommes mettaient le feu à une demeure. De la maison, des cris de terreur et d'effroi s'échappaient. Le shaman renifla de mépris : les hommes ne connaissaient pas le lien du sang. Il prononça discrètement quelques paroles et le pouvoir divin le rendit plus fort. Lorsqu'il bondit sur les hommes, il était déjà trop tard. La lame d'acier de Kadash dansa, puis nourrit la terre du sang des deux hommes et sans hésiter, le Shaman se jeta dans la maison, subissant la morsure du feu et le noeud coulant de la fumée sans broncher, pour trouver les survivants : une vieille femme veillant sur deux enfants, un petit garçon et une fille. Les deux enfants étaient évanouis, étouffés par la fumée. La veille femme était grièvement brûlée, protégeant de son corps les deux rejetons. Les yeux de la vieille s'agrandirent de terreur lorsqu'elle aperçut Kadash. Ce dernier n'hésita pas : la lame de son épée fendit l’air à nouveau, trancha la gorge de la vieille moribonde, et il s'empara des enfants, en prenant un sous chaque bras. Le retour à la grotte fut plus rapide, car les deux assassins étaient à cheval. Il creusa un trou dans la grotte, égorgea l'un des chevaux et porta le sang de ses entrailles à ébullitions grâce à un sort. Il mit les herbes secrètes dans le puits du sang et saisit la petite fille par la nuque avant de plonger sa tête dans le liquide rouge et brûlant. Les premières bulles émergèrent du puits lorsque l'enfant s'éveilla et s'agita pour en sortir sa tête, mais Kadash la maintint fermement : le puits était juste assez grand pour la tête de l'enfant mais suffisant, et l'enfant voulait vivre. Lorsqu'il vit la peau de cette dernière prendre une teinte orangée, et sentit la chair infantile se raffermir sous sa poigne, Kadash sourit : Il était le dernier sang. Mais plus pour longtemps.
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