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De poème en poème

Rythme, rime, intensité, densité, mesure et démesure. Légers de quelques mots, torrentiels d’une infinité d’images, de parfums et de saveurs prenant au cœur ou à apprendre par cœur. Certains poèmes n’ont pas de nom et osent à peine. Tous même d’un point sont les bienvenus.
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De poème en poème

Messagede comme » 14 Mar 2009 15:30

On se répond, on se confond, on se rompt sans se corrompre. On se répond au moyen de poèmes (formes et forces au choix). L’un implique un autre et encore un autre et encore un autre. On choisit de répondre au moyen des siens ou grâce à ceux d’un autre.
Je n’impose qu’une seule règle : celui qui veut gagner en écrasant l’autre perd.
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Re: De poème en poème

Messagede comme » 14 Mar 2009 15:30

Âme de nuit

Mon âme en est triste à la fin ;
Elle est triste enfin d’être lasse,
Elle est lasse enfin d’être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin,
Et j’attends vos mains sur ma face.

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau ;
J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.

Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil !
J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Où tant de pauvres ont sommeil !

Où tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur cou morose !
Où, le long des jardins d’hiver,
Des malades cueillent des roses !

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Où tant d’agneaux las sont épars !

M.Maeterlinck.
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Re: De poème en poème

Messagede Krypton » 16 Mar 2009 0:33

Chapelle dans les bois
Émile Nelligan

Nous étions là deux enfants blêmes
Devant les grands autels à franges,
Où Sainte Marie et ses anges
Riaient parmi les chrysanthèmes.

Le soir poudrait dans la nef vide ;
Et son rayon à flèche jaune,
Dans sa rigidité d'icone
Effleurait le grand Saint livide.

Nous étions là deux enfants tristes
Buvant la paix du sanctuaire,
Sous la veilleuse mortuaire
Aux vagues reflets d'améthyste.

Nos voix en extase à cette heure
Montaient en rogations blanches,
Comme un angélus des dimanches,
Dans le lointain qui prie et pleure...

Puis nous partions... Je me rappelle !
Les bois dormaient au clair de lune,
Dans la nuit tiède où tintait une
Voix de la petite chapelle...

Commentaire : c'est un poème que j'aimais beaucoup quand j'avais 14 ans.
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Re: De poème en poème

Messagede comme » 16 Mar 2009 22:59

et moi c'est celui-là que j'aimais à 14 ans

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot aussi devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse! et j'étais ton féal;
Oh! là! là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
-Petit-Poucet rêveur, j'égrenais ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
-Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où rimant au milieu des ombres fanstastiques
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Ma Bohème, Arthur Rimbaud.
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Re: De poème en poème

Messagede Krypton » 17 Mar 2009 15:45

Poème magnifique...

Rimbaud a écrit:J'allais sous le ciel, Muse! et j'étais ton féal;

Loco Locass, un groupe de rappeurs québécois très engagés, a repris ce vers dans une de ses chansons, Libérez-nous des libéraux.
http://www.locolocass.net/nouvelles/content/view/24/39/

Un autre poème, en réponse :

Le dinosaure, Hector de Saint-Denys Garneau
Poème que j'ai "découvert" encore vers les 14 ans. Faut croire que c'est un moment de ma vie où j'ai beaucoup erré dans la bibliothèque du collège... Nelligan et Saint-Denys Garneau endormaient mon ennui à petit coups de poésie.
http://www.saintdenysgarneau.com/infoTexte.htm

Il était gigantesque
Et son nom je vous dis
Était presque
Aussi grand que lui.

Il s'appelait Dinosaurus
Et puis ce n'est pas tout
Il s'appelait aussi Brontosaurus
Et Amphibie. Qu'en pensez-vous ?

Et savez-vous comment
Il a de ce monde disparu
Et que depuis ce temps
On ne l'a pas revu ?

C'est ce que de vous dire
Il m'est venu l'idée,
Et j'espère qu'à me lire
Vous vous amuserez.

Il était bien méchant
Et vous pourrez vous-même
En juger, et peut-être plus méchant
Que je ne le trouve, vous le trouverez même.

Une fois, dans le jardin,
Ce méchant animal
Était entré, où le chien
Était à son travail.

Ce chien était le maître de la maison,
Et lui dit d'une manière bien polie :
« Monsieur, dont je ne connais pas le nom,
Vous n'avez pas d'affaire ici. »

Mais l'autre se mit à rire
Et l'assomma :
Et même il fit bien pire,
Il le mangea!

Lorsque du chien la femme
Et les enfants virent cela,
Ils prièrent Notre-Dame
De punir ce meurtrier-là.

Aussi leur prière
Fut exaucée, et l'Éternel
Le jeta dans la mer
Et le changea en sel.

Maintenant que j'ai satisfait
Votre curiosité,
Je vais vous dire ce qui arriverait
S'il n'avait cessé d'exister.

Sien ce monde
Il était aujourd'hui
Nous serions de ce monde
Tous à jamais partis

Car s'il avait
De vivre continué
Il nous aurait
Comme moucherons gobés!
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Re: De poème en poème

Messagede Timba Bema » 17 Mar 2009 18:39

Après la pluie
Ton oeil
Hagard
Est souvent
En larmes
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Re: De poème en poème

Messagede comme » 06 Avr 2009 23:41

Ophélie
I
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
-- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
-- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

Arthur Rimbaud
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Re: De poème en poème

Messagede Bonnny » 07 Avr 2009 0:12

      Âme, te souvient-il, au fond du paradis,
      De le gare d'Auteuil et des trains de jadis
      T'amenant chaque jour, venus de la Chapelle?
      Jadis déjà! Combien pourtant je me rappelle

      Après les premiers mots de bonjour et d'accueil,
      Mon vieux bras dans le tien, nous quittions cet Auteuil
      Et, sous les arbres pleins d'une gente musique,
      Notre entretien était souvent métaphysique.

      Ô tes forts arguments, ta foi du charbonnier!
      Non sans quelque tendance, ô si franche! à nier,
      Mais si vite quittée au premier pas du doute!
      Et puis nous rentrions, plus que lents, par la route
      Un peu des écoliers, chez moi, chez nous plutôt,
      Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt,
      Et dépêcher longtemps une vague besogne.

      Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne!

Verlaine évoquant Rimbaud


.
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Re: De poème en poème

Messagede Bonnny » 08 Avr 2009 23:02


El Desdichado - Gérard de Nerval

      Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
      Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
      Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
      Porte le Soleil noir de la Mélancolie.


      Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
      Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
      La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
      Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.


      Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
      Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
      J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...


      Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
      Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
      Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.



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Re: De poème en poème

Messagede Kalai » 09 Avr 2009 12:11

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;

Et plus tard un Ange, entrouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.


La Mort des Amants - Charles Baudelaire
"Le monde tourne... Mais les vrais guerriers eux, marchent à contre-sens." - vieil adage Varing.
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De poème en poème

Messagede camillemellay » 19 Mai 2009 17:41

précise,
fluide,
imparable...
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Re: De poème en poème

Messagede Mornip » 28 Juin 2009 17:21

Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse
Sur le bord sablonneux d'un ruisseau dont le cours
Murmurant s'accordait au langoureux discours
Que je faisais assis proche de ma maîtresse.

L'occasion lui fit trouver une finesse :
Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours,
Afin de t'assurer que j'aimerai toujours,
Ma main dessus cette eau t'en signe la promesse.

Je crus tout aussitôt que ces divins serments,
Commençant mon bonheur, finiraient mes tourments,
Et qu'enfin je serais le plus heureux des hommes.

Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas ?
Étant dessus le sable elle écrivait sur l'onde,
Afin que ses serments ne l'obligeassent pas.


Pierre de Marbeuf ; Je disais l'autre jour
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Re: De poème en poème

Messagede Abdel » 27 Jan 2010 11:20

De Jacques Lamy, j'ai choisi pour vous :

" Un chef d'oeuvre et sa parodie...
OCEANO NOX
.
Extrait
.
.
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !
.
Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !
.
Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers de sombres étendues
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !
.
On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts,
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goëmons verts !

.
.Extrait "Les Rayons et les Ombres" Victor HUGO
.
.
.
.
Oh ! C'est un nonoss !

Toute ressemblance avec le poème "OCEANO NOX" de VICTOR HUGO serait purement fortuite…



Oh ! combien de carlins, combien de chiennes naines,
Qui, pelage mité pour faire des mitaines,
Sans écuelle à vider se sont évanouis.
Combien ont trop jappé, l'un des leurs m'importune !
Un autre a tant hurlé, tel un loup à la lune,
En cherchant des nonoss à jamais enfouis !
.
Combien nous ont mordu croyant donner la rage !
L'ouragan de bois vert les a mis à la page,
Et du coup a calmé, ma fois, tous ces cabots !
Nul n'apaise leur faim, ma pantoufle est rongée.
Chaque engeance en passant d'un mâtin s'est chargée,
L'une a saisi les tifs, l'autre argué du sabot !
.
Nul ne sait votre sort, pauvres bêtes perdues !
Vous croûtez en travers poubelles épandues,
Heurtant de tous vos crocs des restes inconnus.
Oh ! que de vieux bâtards qui fouinaient sans trêve
Espéraient patiemment des éboueurs la grève :
Ceux-ci n'en sont pas revenus !
.
Pardonne-moi Victor, de ces lignes souillées,
Mon encre était salie et mes plumes rouillées.
Je ne t'ai pas plagié : j'étais à découvert.
C'était pour moi quand même une belle aventure…
Mais je surveillerai chaque rime future
En ne regrettant rien : car ce seront MES vers…
.
.
Jacques LAMY "

Source :
http://www.ecrire.clicforum.com

PS : pour mieux savourer la parodie, comparez strophe à strophe.
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Re: De poème en poème

Messagede pehache » 27 Jan 2010 17:57

Sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille.
Cette morve qui coule ainsi qu’un blanc ruisseau,
De la main je la torche et mon mouchoir habile
Ce soir en lavera les miasmes dans un seau.

Mais je sens des relents de fièvres et de bile
S’agiter au-dedans de mon âme de veau,
Comme s’agiterait d’un mendiant la sébile
Qu’il vous tend, vainement, passants aveugles, sots !

Ces humeurs dont je suis, insane, le jouet,
Je les subis, idiot comme le mourant l’est,
Ravalant à jamais ses rêves d’albatros.

Je pleure et je m’écoule et mon nez goutte à goutte
Te compisse passant, mon frère mérinos,
Qui t’enfuis comme vesse, ou le vent en déroute.


Sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille !
Tu réclamais du rouge ? Il est là, le voici,
J’en recouvre ce vers qui s’agite, imbécile,
Sur la feuille tremblante inspirant le souci.

Soudainement songeur, c’est d’une main habile
Que j’ajoute, indolent, une touche de gris
Sur la ligne agitée de spasmes délébiles
Qui resurgit ainsi qu’un souvenir aigri.

Le vers ! Je suis hanté ! Dieu que ce mot est laid,
Et mon tableau aussi. Alors, j’efface tout,
J’abrite mes non-dits sous un voile de lait.

Que ce blanc semble vrai, que ce blanc semble doux !
Sur la toile enivrée de neige opalescente
Je signe de mon nom en lettres incandescentes.


ois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille :
Tu réclamais le fouet, il descend, le voici,
Te lacérant le corps, il te rend plus docile,
Toute gainée de noir, plus chienne que Lassie.

Lanières sur ta peau te font bientôt servile,
Attachée aux montants de ce modeste lit,
Tu salives, tu cries comme fille facile
A tes lèvres je bois l’amour jusqu’à la lie.

Tu gémis, tu blêmis, pauvre chose fragile,
Tu n’es plus désormais qu’une chose, qu’un jouet,
Apaisé, je m’en vais, te laissant comme une île

Abandonnée, perdue, au milieu d’océans
D’impudeur. Je te laisse et malgré ton souhait
Je reporte à plus tard tes envies de néant.



otage ô ma douceur, ô tiens toi plus tranquille,
sur le feu de gaz, ne sens pas le roussi!
Tu réclamais le sel ? Le voilà, le voici,
je suis un cuisinier, ma foi, bien malhabile...

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