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 Sujet du message: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 27 Déc 2009 21:27 
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Je suis d’une génération qui écrivait son journal intime sur des carnets cadenassés dans des tiroirs cadenassés de tables de nuit cadenassées. Le journal intime restait intime, il s’agissait de s’adresser à un compagnon de voyage sans attendre aucune réponse, sans souci de la critique, sans peur du jugement, sans attente d’écho… dialogue sans interlocuteur qui vidait l’âme dans l’espoir d’une guérison quelconque.
Ecrire fait toujours du bien, quoi que l’on puisse en dire dans les moments de doute.
Ecrire pour soi-même permet de se grandir, en se relisant plus tard, en ne se relisant pas, en se servant du mot ou en le laissant se servir en nous… écrire pour soi-même conduit à chercher soi-même sa propre réponse, là où d’autres n’auraient jamais que les leur à offrir.
Même si nous nous posons tous les mêmes questions.
Même si nos réponses sont relativement les mêmes.
Même quand on sait que ça peut faire mal, parfois, on se laisse aller à se croire singulier.

La question ne se posait pas, je suis d’une génération qui a découvert l’ordinateur relativement tard, et notre société actuelle fébrilement perchée sur les fondements incertains de la dictature de l’image et du paraître me reste étrangère, même si elle se veut coutumière. Je vis heureusement dans ma société, il serait dommage de ressembler si tôt à ces élus du passé qui diabolisent toute modernité par peur de disparaître.
Je sais que je vais disparaître, ce n’est pas une force, ni une faiblesse, juste une lucidité fragile que je viens tisser à cette toile immense où chacun pose sa marque, sans candeur, sans pudeur, sans ardeur non plus.
Tout est trop facile.
Tant mieux, peut-être.

Je suis d’une génération où l’on ne s’embarrassait pas d’autrui, écrire était déjà tabou, mais il fallait s’y adonner dans le respect des règles, pour oser se respecter soi-même. Les filles écrivaient leurs chagrins d’amour sur les petites pages roses d’un carnet interdit, les mecs préféraient mesurer la taille de leur organe sexuel sur des terrains en friche que seul le temps nettoierait d’une telle bêtise collective.
Les mecs préféraient jouer au foot ou à la guerre, ce qui revient au même quand on considère que toute activité de groupe réduit l’homme à sa nature la plus simple, la plus abstraite aussi, cette condition animale qui se serait bien passée d’un tel engouement pour l’esprit.
J’en fais du mauvais, esprit, je le sais bien.
La France n’avait pas encore gagné la coupe du monde de football, mais les cours de récréation symbolisaient déjà une suprématie masculine envahissante. Il fallait jouer au foot, en tant qu’homme, au risque de subir la solitude et ses complexes, la vérité implacable qui sort toujours de la bouche des enfants, vous la connaissez comme moi pour l’avoir vécue d’un côté ou l’autre de la tyrannie. Il fallait faire de la place aux joueurs de foot, en tant que femme, quitte à péter son élastique et pleurer dans son coin… comme une fille.
Quant à la guerre, c’est une histoire de l’humanité que je laisse le soin aux autres de vous décrire. Elle m’a rattrapé plus tard, sans être réelle aux yeux du monde, elle l’était pour moi, une guerre contre la société à travers dix mois de service militaire qui ont changé ma vie…
Mais chaque chose en son temps.

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Et je ne pensais pas le dire à mon tour, mais j’avance comme les autres, et les souvenirs s’éloignent.
Une époque où j’écrivais moi aussi dans des carnets, pas vraiment un journal intime, plutôt une série de pensées, des notes, des idées, des humeurs… Ce que tout un chacun livre aujourd’hui sur la toile, ce que je gardais pour moi, plus tard, au souvenir qui s’éloignerait…
Mais en vrai je ne relis jamais tout cela, et ne le relirais probablement jamais.
Empreintes du temps qui passe, effluves de personnalité en construction…
Un journal intime, c’était comme une trace laissée au futur, comme une preuve futile d’une existence qui n’a rien à dire.
Je m’y suis construit, je m’y suis détruit aussi, et je m’y suis trouvé compagnon de voyage, le temps d’arpenter les mots, de les appréhender sans jamais les maîtriser, de les accompagner à leur propre voyage qui méritait que je m’y attarde.
Jusque 22 ans, je crois bien que j’ai pris des notes.
Je ne le crois pas bien, j’en suis sûr.
Bien sûr.

Et puis ce fut l’armée, je suis devenu un homme paraît-il, et je n’ai plus jamais écrit quoi que ce soit de la sorte, mon voyage avait pris fin.
Devenir un homme, c’est terminer le voyage.
A cet instant tout a basculé, le monde a changé autour de moi, ou plutôt j’ai changé au centre de ce monde-là.
L’armée fut ma dernière activité de groupe, une guerre sans ballon contre moi-même, et je me suis laissé gagner sans pouvoir combattre, oubliant le passé d’un trait tiré pour moi, oubliant qui j’étais pour devenir un autre.

Je suis d’une génération qui doit oser se relire pour comprendre qui elle est.
Et oser, surtout, continuer d’écrire…


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 30 Déc 2009 14:44 
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Etre fou d’amour, je peux dire à présent que je sais ce que c’est.
Un constat inexorablement croisé aux effluves du doute, aux parfums de la déraison, et à l’odeur de la déchéance, surtout. Puisque tout n’est qu’affaire de sens, sensations et sentiments se mêlent parfois au désir pour noyer l’existence sous des torrents d’extase où la jouissance de l’esprit surpasse celle du corps, l’entrelace, la dépasse et la fracasse aux murs de la bienséance.
Se taper la tête contre les murs, je sais ce que ça veut dire.
Eveiller la douleur et l’entretenir, tenter le leurre des responsabilités en maîtrisant toujours le corps, en maîtrisant les coups, domptant la souffrance pour se l’approprier… Le corps qui souffre aborde le pragmatisme avec peu d’états d’âme, je me suis dynamité à maintes reprises, creusant l’espace entre une société déréglée et mon esprit malade, la maladie d’amour, je la connais.
Avec le temps disait Ferré, avec le temps bien sûr que tout s’en va, avec le temps tout va très bien puisqu’avec le temps survient la mort. On ne meurt pas d’amour, le corps seulement succombe enfin, l’amour se perd aux effluves du doute, aux parfums de la déraison, et à l’odeur de la déchéance, surtout. Puisque tout n’est qu’affaire d’esprit, on ne guérit jamais de ce mal-là, on devient seulement fou de vivre.

Je vivais une vie rangée, conforme aux évidences… je me laissais traîner aux rouages bien huilés des existences sans saveur. Sans me poser de questions, je le reconnais volontiers, pour simplifier le monde il est plus évident de se laisser guider, plus facile de se donner du temps, avec le temps on peut s’y faire.
Je m’y étais fait.
Conformément aux attentes du monde, j’étais toujours là où l’on m’attendait, je vivais sans désir, comme il le faut pour être heureux.

C’est ainsi que j’ai entretenu une scolarité parfaite, sans m’attarder plus que nécessaire, sans vraiment m’y faire d’attaches, tel qu’on me le demandait j’ai gravi les échelons sans histoire. Bien sûr, au fond du cœur, j’avais ma propre motivation pour cela : sortir le plus vite possible d’un univers ingrat où se lever jour après jour symbolisait l’enfer quotidien.
Toute la vie on se lève sans grande motivation, l’inventeur du réveil doit être le seul à avoir pu se passer de son invention pour le restant de ses jours. La vie n’est qu’une répétition perpétuelle des mêmes gestes, des mêmes mots, des mêmes plaisirs, du même souffle de désir ; ponctuée de douleurs elle n’en a que plus de saveur.
Je le savais par cœur, je ne m’attendais pas réellement à y échapper, mais j’ai ressenti très vite cette nécessité d’avancer pour me sortir de là. Je savais que l’enfer futur serait plus doux. Vous l’avez vécu comme moi, à bien y regarder je me suis contenté de vieillir, cherchant juste à gagner du temps, avec le temps le futur se présente, avec le temps même l’enfer s’enfuit.

Je n’ai gardé du collège qu’une capacité étonnante à ignorer les appels de la vessie, quand les seules commodités sont des préfabriqués sans toit où, sitôt enfermé, vous attirez les errants de banlieue la gueule pleine de mollards, vous finissez par vous résigner à aller pisser.
J’ai, depuis, emprunté le chemin inverse, et si dans l’intimité on m’appelle bien souvent « petite vessie », c’est vraisemblablement moins un hasard qu’une conséquence d’un probable dérèglement traumatique de ma petite personne. Petites vessies, petites personnes, nous ne sommes que des petits joueurs à nos infimes existences.
C’est à cette époque que ma misanthropie a poussé ses premiers cris, que je n’ai plus jamais su faire taire. On s’en accommode très bien, ceci dit, il suffit bien souvent de savoir fermer sa gueule.

Quant au lycée, ce ne fut qu’un désert reposant où mon gout prononcé pour la littérature s’abreuva aux mirages de l’indicible. Pour tromper mon monde, j’avais choisi une filière scientifique, la solitude du chercheur illogique fut ma compagne de voyage. Un voyage assez court, certes, d’une banlieue à une autre par des trains affables jusqu’à l’ironie, mais un voyage quand même, de ceux qui forgent la jeunesse.
J’y ai découvert le réseau parallèle superbement organisé de la résine en paquets de merde ; je vous l’accorde, en anglais ça sonne mieux, comme toujours, c’est d’ailleurs la langue de Shakespeare qui permet de nommer la chose… j’y ai découvert surtout cette nouvelle nécessité d’habiller la misanthropie de haillons. Elle grandissait, il fallait la vêtir. Mais traverser la banlieue avec le plus ridicule des objets de valeur aurait été pire que se saigner d’instinct à un lagon bourré de requins.
On apprend parfois très tôt à ne plus paraître, surtout, n’ayons l’air de rien. Les noirs désirs ne sont jamais que les échos nécessaires aux frivolités du monde.

Les mots m’accompagnaient toujours, mais je ne savais qu’en faire. Exutoire indolent des blessures de tout ordre, la littérature est une activité dont le mal se nourrit en secret. Le mot n’est jamais qu’un barreau supplémentaire, mais à l’instar de cette douleur physique nécessaire à l’enrayement de toute folie spirituelle, il est un barreau que l’on peut faire semblant de maîtriser.
Avec délectation, on n’y parvient jamais.
Mais on peut faire semblant d’y croire.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 31 Déc 2009 16:23 
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Il y eut tout de même cet épisode fâcheux de l’entrée en première, qui n’aurait pas dû être.
Les instances dirigeantes de notre étroit enclos d’éducation avaient décidé de réunir dans cette classe des gens comme moi, qui étaient arrivés jusqu’ici sans aucun effort, par facilité, par aisance de restitution, histoire de leur apprendre enfin à travailler en haussant le niveau, probablement pas de l’apprentissage, mais plus sûrement des méthodes de notation.
On avait décidé pour nous, réellement cette fois.
Et si la plupart furent flattés d’être considérés au regard d’autrui comme une sorte d’élite à ce que cette race humaine peut produite de déchets, j’avoue m’être senti trahi, et démasqué surtout, quand je pensais cacher mon jeu, incapable pourtant de me fondre au moule. Moi qui avais tant besoin d’anonymat pour avancer serein. Moi qui m’accommodais très bien d’une captieuse paresse où je coulais un quotidien désabusé…
Il est clair, naturellement, que je n’avais aucune envie de changer mes habitudes, aucune envie de me mettre à travailler pour n’obtenir rien de plus qu’une satisfaction prédéfinie aux instances dirigeantes qui voulaient faire de nous ce qu’ils n’auraient pas pu eux-mêmes. Hors de question de se plier à un moule singulièrement trop étroit pour moi.
Mes notes furent très moyennes toute l’année, comme le restant de la portée, et cela découragea grand nombre de postulants au bac scientifique, qui portait la lettre C à l’époque, ainsi nous nous dirigeâmes vers la biologie, seule autre alternative à cette mascarade lycéenne.
Ils furent déçus, probablement, et moi je crois ne m’être jamais autant amusé que cette année de Terminale, retrouvant avec une facilité déconcertante mes petites habitudes paresseuses pour obtenir le diplôme tant convoité.

J’avais choisi la filière scientifique pour fondre ma passion littéraire à une meute de désœuvrés qui ne bandaient que par les chiffres, pour moi peu importait la lettre du diplôme, sans grand désir d’avenir, seuls les mots et les activités créatives m’aidaient à me lever le matin, avec ou sans réveil. Mais poursuivre des études supérieures, ça devenait une nouveauté accessible enfin à la famille, la fierté parentale a probablement souvent joué sur mes choix, d’autant que mes parents m’ont toujours laissé très libre malgré tout quant à mon parcours.
Tout petit, je voulais juste être écrivain.
Rien d’autre.
C’est le métier qui doit revenir le plus souvent sur les petites fiches de la rentrée, même si j’ai parfois joué l’alternance avec les conventions, pour rire gamin, tu ne vas pas rester tout seul dans ce monde !...
Mais, écrire, ce n’est pas un métier.
C’est la phrase qui a dû revenir le plus souvent à mes oreilles tandis que nous parlions d’avenir autour de la table familiale, un œil sur l’assiette, l’autre sur l’écran de télévision, écrivain c’est un truc qui peut se faire en plus, les études, par contre, ça permet d’avoir un vrai boulot, un qui permet de continuer à vivre, et jour après jour, oublier qu’on vit surtout pour continuer à travailler, et passe-moi donc le sel, cercle vicieux.

La filière scientifique me permettrait d’entrer dans une école de cinéma après la validation de deux années post-baccalauréat nécessaires, par fainéantise ce fut la fac qui m’accueillit.
A l’époque, nous n’étions pas beaucoup aidés, ce fut un regroupement de gens de tous milieux, de tous horizons, de tous âges aussi, un grand fourre-tout destiné à retarder le plus possible notre entrée dans le monde du chômage.
La fébrilité s’est rapidement dissipée, les études de cinéma à la fac peuvent tenir sur six mois de cours, grand maximum, le reste n’est que redites.
Combien de fois j’ai dû supporter l’arrivée du train en gare de La Ciotat, encore et toujours ce même mouvement immuable, quelle beauté, quelle merveille, quelle invention fabuleuse… un cinéaste raté qui donne des cours pour bouffer ne brille que très rarement par sa créativité artistique, un seul être fit de ses cours un véritable spectacle digne du septième art, où enseigner devait être un plaisir, où apprendre devenait une réalité.
J’ai raté les concours d’entrée aux écoles de cinéma.

Pour la première fois de ma vie, il fallait réussir quelque chose qui me tenait à cœur, pas une fois de plus quelque chose qu’on avait décidé pour moi, mais quelque chose qui me permettrait de travailler tout en écrivant, les mots sont la base des films, les mots sont la base de tout, je suis tombé de ma maigre base et j’ai poursuivi la fac, tentant le plus possible de repousser l’irrémédiable, car on parlait déjà de supprimer le service militaire, mais ce n’était encore qu’une idée imprécise, un flou si peu artistique qu’il en devenait inquiétant.
Les gens de ma génération y ont échappé, pour la plupart, en poursuivant des études plus longues, la loi immuable de la finance permettant aux plus aisés de se mettre à l’abri. Moi j’en avais ras le bol de faire semblant d’apprendre, je bossais à plein temps, prenant des jours de congés pour passer mes examens, obtenant mes diplômes sans aucun effort ; un boulot inintéressant de magasinier à la Fnac, dont la prolongation est finalement devenue la seule condition à mon absence sous les drapeaux.
Quand j’ai compris que je ne pouvais pas faire autrement, je suis allé passer des tests pour être pris à l’établissement cinématographique et photographique des armées, qui pouvait présager de m’offrir un semblant de distractions réelles pendant dix mois d’uniforme forcé, qui s’inscrivait dans la logique de mon cursus, et qui, surtout, se trouve à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, ce qui me semblait à l’époque une alternative acceptable à un premier séjour en Allemagne dédié à la fermeture des casernes.
Si je n’avais pas réussi ces tests, je me serais sûrement inscris un an de plus en fac, et j’aurai échappé à mon gavage d’identité nationale avant l’heure.
Mais je ne rate que ce qui importe vraiment pour moi dans cette existence, les autres y ont échappé, j’ai fait partie des derniers à partir…
Et ils nous l’ont bien fait payer.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 02 Jan 2010 15:38 
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Les plus perspicaces d’entre vous auront probablement noté que si j’ai, certes, péroré laborieusement à propos du sentiment amoureux, je n’ai pourtant jusqu’ici mentionné aucune des situations qui conduisent bien souvent à s’y soumettre.
Ni pudeur exacerbée, ni omission dans mes propos.
Les émois adolescents ne furent que ponctuations d’apprenti, rencontres furtives avec le sexe opposé qui n’ont jamais eu qu’un intérêt littéraire limité. Si j’en avais encore l’âge, je vous en parlerais au jour le jour dans des poèmes où seule la mièvrerie surpasserait l’incertitude, où seules les fins de vers rimeraient vaguement à quelque chose.

Les plus perspicaces d’entre vous auront probablement noté le paradoxe singulier de mon désintérêt profond pour une période qui me fit pourtant tyranniser des forêts entières à bout de plume, taillant mon cœur comme on le fait bien souvent aux jungles des bouleversements adolescents.
Les périodes où l’on écrit le plus sont celles qui se racontent le moins. Si l’on n’écrit jamais que pour soi-même, si l’écriture n’est jamais qu’un survol angoissé de souvenirs dépassés, écrire ressemble un peu à une soirée diapos sans narrateur.
Pardon, vivons avec notre temps, une soirée power-point sans légende fera l’affaire.

Les plus perspicaces d’entre vous auront probablement noté bien d’autres choses encore, mais je vais devoir leur demander de sortir pour éviter de gâcher davantage le plaisir des autres. Ne faites plus aux truies ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse, non aux gavages à la pomme, non à la tyrannie, non aux débordements de l’esprit, non à la suprématie du mot, non aux délires des phrases sans point, si je ne devais m’engager que dans un seul et unique combat au cours de ma futile existence, que ce soit au moins pour lutter contre cette propension à la juxtaposition qui n’a de sens qu’aux élucubrations d’un Baer en forme, n’est pas Desproges qui veut, et vous comprendrez bien assez tôt que les ersatz de littérature qu’on vous offre jour après jour s’émoustillent à l’insipide autant que je me perds en divagations sitôt qu’il s’agit d’évoquer la lascivité débordante de tout corps adolescent, si l’adolescence n’était au fond qu’un moule changeant que chacun cherche à façonner à sa manière, sans grand talent, sans grand moyen, vous pourriez comprendre mais ne supporteriez plus non plus de tels propos, nous nous comprenons finalement, vous voyez, je suis d’accord avec vous, mettons-y un terme, enfin, je veux dire, un point final…
En suspension… sur le fil du temps, je mets des mots sur le monde pour apaiser mes doutes, je glisse un mot à l’oreille pour séduire madame, un mot dans la boite aux lettres comme une goutte de plaisir à ces plantes qu’on arrose d’amour, des mots sur le souvenir et des mots pour moi, des mots pour vous et des mots pour elles.
Quand aucune femme n’occupait mon esprit, on m’en attribuait une d’office. Une fleur, une guitare, ou un fusil militaire, une société où tout est conditionné pour les couples finit par vous contraindre à faire semblant d’en être.

J’ai connu le désir, la sensualité, l’amour, j’ai connu le plaisir, le frisson, la passion, j’ai découvert l’autre sexe et l’ai nourri de fantasmes, j’ai vibré, j’ai transpiré, j’ai hurlé, j’ai gravi les sommets de libidos exacerbées, sombré aux crevasses des blessures les plus amères, j’ai ri et j’ai pleuré, notre palette de sentiments n’est jamais plus vaste et plus utile que dans la rencontre sentimentale.
Mais en parler davantage n’a pas de sens, hormis bien sûr aux prémices de la folie naissante, celle que j’évoquais plus tôt, car si elle mit du temps à se développer, elle naquit peu avant mon départ sous les drapeaux, sur les bases fécondes de mon premier et dernier coup de foudre.
Qui ne retombe jamais deux fois au même endroit, paraît-il.
Mais mes études vaguement scientifiques m’ont toujours prémuni contre toute logique, j’y ai fait l’apprentissage nécessaire des règles que toute méconnaissance empêche de détourner, vivre, c’est détourner sans cesse le cœur et ses raisons, vivre, c’est détourner l’esprit et détourner le corps, tout arrive, tout peut arriver, le meilleur comme le pire, à tout instant de l’existence tant qu’elle ne se détourne pas d’elle-même, cela viendra bien assez tôt.

Avec le temps, je ne dois qu’à moi-même d’avoir laissé la folie dominer mes pulsions, mais s’il faut revenir à cette époque pour en dépoussiérer les rouages, j’admets surtout que cette femme m’offrit avec passion de doux moments d’extase sur des plateaux d’argent, de ceux qui s’encadrent d’or aux galeries souvenirs du cœur.
Elle fut ma bouée dans un océan de doutes où la vie essayait de me noyer, elle fut mon rayon de soleil aux sombres journées qui m’attendaient, elle fut mon cœur et mes poumons en pleine décomposition humaine, grâce à elle, probablement, je suis sorti de cet enfer. Pour m’endormir entre ses bras, lessivé, à la première des permissions, pour pleurer à son oreille, dépité, au moindre de mes quartiers libres, pour la laisser partir aux bras d’un autre entre deux marches forcées qu’elle n’aurait pas pu suivre plus longtemps, et moi non plus, mais c’est aller trop vite que d’en parler maintenant.

Même le misanthrope le plus enragé reconnaît l’humanisme à certains de ses semblables, il est parfois des instants dans la vie où l’on finit malgré soi par avoir besoin des autres, et alors on ne regrette pas d’avoir soi-même tendu la main bien souvent, avec sincérité, faut-il l’admettre ?
Bien sûr.

Au soir du 2 février, mon sac reposait contre la porte d’entrée du logement familial, bien plus paisible que je ne l’étais moi-même. Je ne pense pas avoir trouvé le sommeil cette nuit-là, le lendemain matin, un train à grande vitesse m’emmènerait sur Montélimar pour y faire mes classes, en plein hiver au pied des Alpes, cela me torturait l’esprit.
Ma sœur passa sa soirée avec moi, discutant une bonne partie de la nuit, elle finit par me demander ce qui lui brûlait les lèvres, comme une évidence.
- Est-ce que tu as peur de partir là-bas ?
Et j’avais peur, bien sûr.
Mais la peur n’évite pas le trajet, les plus perspicaces d’entre vous s’en doutaient probablement.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 03 Jan 2010 15:40 
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Avec du recul, je dois reconnaître que le calvaire n’a pas duré dix mois, seuls les trois premiers furent véritablement douloureux. La suite ne fut qu’ennui et futilité, où l’oisiveté de cerveaux lobotomisés ne se confrontait qu’à une bêtise ambiante sans cesse renouvelée.
Je dois reconnaître également que je n’ai pas grand-chose contre les armées de métier, même à mes utopies les plus pacifistes j’ai conscience de leur nécessité au maintien en vie d’une espèce où fanatisme et folie font trop souvent bon ménage. Même si, au fond, je ne suis pas certain d’approuver tant d’acharnement à vouloir sauvegarder la vie de milliards d’imbéciles, perpétuer l’espèce reste un instinct profondément ancré dans l’esprit collectif de masse.
La société nous martèle sans cesse ses messages subliminaux vantant la vie de couple et les joies de la parentalité, même précoce, j’ai moi-même constaté à quel point il pouvait être aisé de façonner tout esprit rendu docile par la force.
Au bout de trois mois, j’aurai pu docilement monter dans un hélicoptère et aller me faire sauter sur des mines adverses, provenant probablement des mêmes usines de fabrication que les nôtres, mais plus dangereuses parce que belliqueuses, obtenir la paix à coups de tanks alliés passe toujours mieux à la télévision aux heures de repas.
Je n’en avais naturellement pas conscience en temps réel, il aurait fallu pour cela conserver quelques facultés à réfléchir, et tout était fait pour nous en empêcher ; mais en un sens, j’ai vécu à ma manière ce que doivent subir les kamikazes de tous horizons, et, dans une moindre mesure, tout bon religieux pratiquant, voire tout usager traversant un magasin Ikéa en suivant avec précaution le parcours fléché à l’intention de son portefeuille.
Une carte bleue dans une machine, une pièce pour un cierge, un avion dans une tour ou un débarquement de troupes en Afghanistan, tout n’est jamais qu’affaire de conditionnement collectif. Nous sommes les acteurs de Matrix depuis toujours, et les seules pilules auxquelles nous n’aurons jamais accès attendent déjà aux pharmacies des maisons de retraite, si la canicule le permet, fondre la banquise à coups de grosses cylindrées et d’hélicoptères hors-écrans, c’est vrai que ça débarrasse.

Avec du recul, je reconnais également que la joyeuse bande de gradés destinés à nous encadrer n’était pas constituée uniquement d’imbéciles sans cervelle. Nous n’avons pas fréquenté les moins cons, c’est une certitude, mais une fois les échelons grimpés, la relative tranquillité d’un quotidien de gradé en temps de paix sautait aux yeux des plus sceptiques. Logé en maison particulière avec toute sa famille dans un lieu surprotégé, nourri au mess des officiers de bons petits plats sauces contribuables, retraite anticipée et priorité à l’emploi, certains de mes compagnons sont restés là-bas à l’issue des dix mois, et ils n’auraient pourtant jamais payé la voyante osant un tel affront aux incertitudes de tout avenir humain.
Ainsi donc, il ne faudrait jamais dire jamais.
Ces types-là sont peut-être aujourd’hui capitaines, ça doit enfin devenir intéressant pour eux, dix ans plus tard, ce n’est finalement pas plus long que des études de médecine, et même si les médecins appelés étaient automatiquement gradés, si une guerre vient tout foutre en l’air, l’odeur d’un fauteuil en cuir épousseté chaque jour par un larbin de première classe a toujours plus de saveur que celle d’un hôpital militaire grouillant de blessés.
Aujourd’hui l’armée est un choix, qui vaut souvent mieux que la rue, mais même si tout ce recul me permet enfin de replonger dans certains souvenirs de cette époque volontairement occultés depuis, jamais je ne pourrai pardonner cette obligation-là.

Il faut avouer que notre adjudant fut la plus grande gueule de con jamais rencontrée dans ma vie, mais il me serait probablement impossible de le reconnaître aujourd’hui si je le croisais, tant mieux pour tous les deux je suppose, après dix mois d’uniforme, vingt ans de prison serait la pire des conséquences à la docilité subalterne.
Et puis, nous étions les derniers à partir par obligation, il fallait nous en faire baver au maximum. Les temps changeaient, avec une armée de métier, moins de main d’œuvre pour les basses besognes, moins d’humiliations, moins d’asservissement. On ne change pas une équipe qui gagne à coup de hiérarchie bien organisée, mais nous étions les derniers sur lesquels s’acharner.
Cela nous fut carrément avoué à la fin des classes par l’adjudant, dans un discours où il devenait soudain notre bon pote d’armée, allez les gars, j’enlève mon masque, je ne suis pas le patron de la fête foraine, c’est pas Scoubidou ou la fête du slip ici, mais finalement je suis un chic type, vous comprendrez plus tard et vous me remercierez, vous avez tous fait des études et vous allez tous passer le reste de votre temps dans des bureaux, alors puisqu’on réserve la fermeture des casernes allemandes aux moins nantis, fallait bien vous en faire chier au maximum pendant le stage.
Ils appelaient ça un stage, vous noterez que le militaire n’a pas son pareil pour développer un sens de l’humour des plus grinçants.
En face, lessivés, meurtris par les marches forcées, les parcours du combattant, et autres joyeusetés hivernales aux montagnes alpines, nous avions juste envie de lui cracher à la gueule et de lui faire comprendre qu’il avait fait de nous de vrais combattants, assez insensés pour oser lui sauter au cou malgré des préparatifs si laborieux.
Nous n’étions pas de vrais combattants.
Nous n’avions ni l’intention de le remercier ni même de le considérer comme un bon vieux pote d’armée.
Mais le pire, en réalité, c’était de se prendre en pleine tronche cette vérité parfois supposée par les moins atteints d’entre nous, ceux qui avaient encore une once de réflexion à portée de l’esprit, d’avoir payé la fermeture des casernes à grands coups d’obligations puériles, et de devoir considérer cela comme un simple stage.

Après son discours, il nous demanda, et la fragilité du lien entre une demande et un ordre de la part de tout gradé militaire n’échappait à personne dans la section ; il nous demanda, donc, de nous prononcer sur le sujet, sans arrière-pensée, et sans aucune représailles, cela allait de soit que mentionner ce détail cachait encore quelque chose.
J’ouvris pourtant ma gueule comme quelques autres, mais leur conditionnement était si bien rôdé que je fus à court d’arguments au bout de trois mots, et finalement tout aussi ridicule que mes compagnons d’infortune, contraints malgré nous d’accepter des évidences impunément nationales.
Il n’y eut pas de représailles à cette incapacité de se prononcer individuellement.

Certes, le salaire, solde pour les intimes, avait tout du stage, du haut de ses 537 francs que je vous laisse convertir à votre gré. Mais je ne souhaite à personne de rentrer au foyer après deux semaines d’absence dans l’état où je le fis moi-même, aucun stage ne vaut de faire peur à ce point à ses proches, aucun régime non plus ne vous apportera un tel résultat des plus spectaculaires, et un tel teint cadavérique, n’en déplaise aux créateurs de mode en quête des couleurs tendances aux plages de l’été qui vient.
Mais manger un bon repas confectionné par maman, retrouver la douce quiétude d’un quotidien paisible, me fondre dans les bras d’une compagne aimante et me blottir à l’affection des miens, voilà les seules quarante-huit heures de ce mois de février que ma mémoire avait conservées jusque-là.

Puis, peu à peu, les événements sont remontés à la surface, dans un chaos sensoriel des plus civils, par bribes et par à-coups ; le froid est une sensation civile, on nous l’a répété tant de fois pour justifier l’interdiction de mettre ses mains nues dans ses poches que ma mémoire avait fini par geler ces instants-là.
Je crois que tout a fini par revenir à moi, hormis la chronologie, même si paradoxalement, l’écoulement du temps fut la seule chose concrète à laquelle se raccrocher croix après croix sur mon petit calendrier fidèle durant cette période.
Comme quoi, avec le temps, ne restent que des croix aux souvenirs humains.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 04 Jan 2010 21:25 
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Je dois bien avouer que plus je me penche sur mes souvenirs, moins j’ose les raconter, tournant autour du pot comme pour y échapper dans un sursaut d’orgueil. Pourtant, plus je me penche sur le passé, moins je parviens à dormir, harcelé par des images, des sons, des mots, et les doutes qui les accompagnent si souvent.
J’y perds en authenticité, probablement autant qu’en intérêt.
Certes, si j’étais connu, tout serait plus facile. L’insipide qui conduit à la gloire m’offrirait autant de nègres qu’il ne m’en faudra jamais pour se plier aux mots à ma place, j’aurais toutes les plumes du monde pour poétiser un quotidien finalement banal, je pourrais dormir paisible sur mes deux oreilles en laissant d’autres s’user à ma place, encore que je ne suis jamais réellement parvenu à dormir sur les deux oreilles en même temps, et cela me semble même depuis toujours un leurre supplémentaire offert à tous nos péremptoires égarements nocturnes.
Si je vous répétais sans cesse que la merde est aphrodisiaque, même à petite dose, vous finiriez probablement par me croire, je me comprends et je me crois, c’est l’essentiel.

Je suis passé si vite sur mes années de jeunesse, occultant volontairement des instants de vie qui m’ont construit malgré tout, que je finis par douter du réalisme de mes propos.
Vraisemblable, sans doute, réaliste, probablement pas.
Mais vous savez comme moi que le vraisemblable prime à tout ce qui se voudrait conté, même aux comptoirs imbibés des bistrots de villages, le pochtron vraisemblable ravit bien plus son auditoire qu’un présentateur de journal télévisé réaliste égaré là par mégarde avec sa clique de maquilleurs, scriptes, et autres groupies sans culottes.
La groupie ne porte jamais de culotte, vous le sauriez comme moi si vous aviez supporté quelques mois d’élucubrations militaires, dont on garde toujours une trace, même infime, aux dessous souillés de l’humour civil persistant.

En réalité, je dois avouer surtout que se pencher sur soi-même est un exercice difficile et délicat, d’autant plus si vous n’êtes pas connu, que vos propos n’intéressent personne, et que s’essayer au nombrilisme exacerbé requiert finalement moins de pudeur que vous ne pensiez en avoir. D’autant plus que vous devez tout écrire vous-même à la force du poignet qui s’était habitué à des activités plus lascives mais moins éreintantes. D’autant plus que si tout auteur n’écrit jamais qu’un seul roman dans sa vie, présenté à toutes les sauces, noyé aux fictions les plus folles et orchestré le plus magistralement du monde, ce n’est jamais que dans un souci transparent de sobriété qu’il tente malgré lui de se raconter sa propre histoire.
Sans y parvenir.
On n’écrit pas pour se sauver, mais juste pour voir à quel point on est perdu.
Et sans se retrouver on observe à l’ombre du mot.
On observe, on raconte, et on s’efface laborieusement derrière des personnages qui n’en pensent pas moins.

Armé de pudeur, me voilà démuni face à mon propre personnage, une fois de plus les mots seuls ont pris le contrôle des choses, ce sont les romans qui font l’écrivain, probablement pas l’inverse. D’autant plus quand vous n’êtes pas écrivain. D’autant plus quand vous ne vivez pas plus qu’un autre. D’autant plus que toute énumération ne se vit qu’en communauté, écrire pour soi-même n’a pas d’autre sens que l’économie d’un mauvais psy, pléonasme évident que j’ose vous demander de me pardonner.
C’est le partage qui tempère la misanthropie.
C’est la vie en collectivité qui justifie l’existence.
C’est la communication qui fait l’humain.
Paradoxalement, ce sont les mêmes éléments qui nourrissent le misanthrope, guident le suicidé et pourrissent l’humanité. Un problème insoluble, même pour les petits génies de la première dont je n’ai étonnamment jamais cherché de nouvelles sur copains d’avant ou autre facebook à la mode.

Je découvre nuit après nuit les relations étroites qu’ont tissées mes souvenirs aux toiles de ma mémoire, tout est lié finalement, chaque souvenir en appelle un autre, il me faudra donc un nègre pour tout agencer correctement quand les mots auront calmé l’ardeur d’un insipide désir de captieuse création, il me faudra faire appel à l’autre pour mettre à jour les liens tacites, il n’y a probablement que de mauvais écrivain, pléonasme inconscient de tout lecteur.
Les sites dont j’ai parlé sont les journaux intimes de notre société, retour à la case départ, je suis d’une génération qui écrivait son journal intime sur des carnets cadenassés dans des tiroirs cadenassés de tables de nuit cadenassées. Le journal intime restait intime, il s’agissait de s’adresser à un compagnon de voyage sans attendre aucune réponse, sans souci de la critique, sans peur du jugement, sans attente d’écho… dialogue sans interlocuteur qui vidait l’âme dans l’espoir d’une guérison quelconque.
Ecrire fait toujours du bien, quoi que l’on puisse en dire dans les moments de doute.
Ne serait-ce que parce que l’écho des mots est bien réel, comme un souvenir crispé à la porte de la mémoire, tandis que l’indolence entre par effraction dans sa robe de soupirs désintéressés, l’essentiel rebondit aux coffres sans vraies cadenas de nos pudeurs exacerbées.

Je rebondis sans avancer, et probablement pour éviter le pire à mon égrotant esprit, je conjugue le mot à la poésie, je conjugue le verbe au dictionnaire, et je me perds en logorrhées où je n’existe pas vraiment.
D’un rebond à l’autre, avant d’essayer mes clefs aux cadenas du présent, je me revois sur un banc dans la cour du collège, en train d’écrire, probablement un scénario quelconque voué à assurer pérennité à mes séries télévisuelles préférées, et ces types, des grands, parce que quand vous sortez du cour élémentaire de niveau 2 et que vous accédez au collège, vous êtes le petit nouveau, le bleu, et les cafards de banlieue qui atteignent laborieusement la troisième ont passé l’âge depuis longtemps de passer leur permis, même s’ils préfèrent rouler sans l’avoir et sans assurance cela va de soi, quitte à flouer l’inconscience à des destins tracés d’avance, ce sont les grands, et donc ces types, les grands, comme quoi vous voyez que ce n’est pas difficile de distinguer l’instant où la réalité prend le pas sur la vraisemblance, ce sont toujours ces instants exécrables où les mots ont le dernier mot, où la ponctuation se perd, où tout se perd finalement comme si le fil n’avait plus d’importance, puisque c’est vrai naturellement, vous le savez comme moi, mais comme moi vous ponctuez l’existence de souvenirs parfaits, ceux qui entrent bien dans les cadres, sur la commode, dans l’entrée, ceux qu’on veut bien relire en silence, pour soi-même, et les autres on s’en fout, mais ces types, les autres, les grands, tentèrent avec succès l’invasion d’un banc que j’avais cru personnel.

Quel souvenir, réellement, vous serait assez personnel pour n’appartenir qu’à vous-même ?
Même d’un point de vue totalement différent, même d’un avis étranger si troublant dans ses aberrations sensorielles que vous en deviendriez combattant du quotidien, sans formation, sans obligation, par pur plaisir de l’uniformité singulière ; même d’un autre, la plupart de vos souvenirs peuvent se raconter différemment.
La solitude, ceci dit, bien des artistes en ont parlé.
Certains ne méritent que par leur salaire l’étiquette d’artiste, je vous l’accorde volontiers, mais une récente étude du seul institut de sondage dégagé d’obligations nationales, c'est-à-dire moi-même puisqu’on ne peut plus se fier à personne dans cette société phagocytée par la banlieue de ma jeunesse ; une récente étude, donc, a prouvé que même les artistes usurpateurs étaient plus nombreux à parler solitude que les banquiers ou même les médecins, même si l’étude semblait bâclée sur ce dernier point.
La solitude, elle a bien connu mon compte en banque, et elle devrait me visiter prioritairement sitôt qu’une maladie sera venue pourrir mon corps déjà si négligé, je ne lui ferai donc pas honneur en l’invitant plus que nécessaire aux péroraisons de mon esprit.
Mais sur ce banc, elle vint me harceler.

Seul, au milieu des grands, assis sur un froid banc de pierres, j’aurai dû finir en caleçon, me gelant les couilles et pleurant ma maman qui avait tant souffert neuf mois durant pour me permettre de vivre ça.
Mais l’œil de l’un d’eux s’alluma en voyant ces mots-là stupidement étalés sur un cahier à gros carreaux, petit format, sans spirale.
- Tu écris ?... qu’il me dit.
- Tu écris quoi ?... Des lettres, des trucs comme ça… qu’il ajoute.
Alors je lui dis mollement que j’écris, oui, et que j’essaye d’écrire le monde, des trucs comme ça.
Alors il sourit.
Et les autres se taisent.

Je ne sais pas combien de fois, par la suite, il vint vers moi sourire au lèvres, fièrement tendu à son ami l’écrivain, sans faux-semblant, en tout sincérité, de ces sincérités simples qui finissent par vous donner envie d’y croire, à l’humain.
Je ne sais pas combien de fois, mais à chacun de ces instants, une autre bande de grand aux esprits moins aiguisés battit de l’aile, parce que ce type-là n’a probablement jamais ouvert un livre de sa vie, mais finalement, à écrire pour voir jusqu’à quel point je puis me perdre, ce jour-là le mot a sauvé une partie de moi.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 06 Jan 2010 22:25 
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Peut-être faudrait-il plus de recul pour oser parler de soi.
Je me souviens Rousseau et ses confessions, qu’il entreprit plutôt tardivement, comme si la prescription jouait un rôle majeur dans ses choix, alors que s’il avait vécu à notre époque il aurait compris en discutant avec Polanski que certains concepts ne sont pas applicables à tous les êtres humains. Peu importe finalement le temps qui passe, on finit toujours par payer ses actes, un jour ou l’autre.
Si je croyais un peu, je l’arborerais fièrement à bout de fanatisme péremptoire.
Si je pensais y échapper, je le tairais probablement.
Si je n’avais tant de rancune pour tous ces êtres insignifiants qui, malgré tout, ont sans cesse nourri ma misanthropie, je l’oublierais sans doute.
Et je n’arbore que souvenirs amers, taisant le plus profond de moi, j’oublie ce qui fut nécessaire.

Peut-être faudrait-il plus de recul pour agencer correctement l’écrit, comme le font les nègres des nantis, à coups de racolages gratuits, à coups d’oublis convenus, encore une fois avec le temps…
Tout revient.

Mais s’il faut s’écrire vraiment, un peu de chaos ne peut qu’adoucir le fond en y noyant la forme. Votre esprit ne vous dicte-t-il que des instants parfaits ? Vos nuits ne vous offrent-elles que des rêves sans cauchemars et des sommeils sans fin ?
Naturellement, non.
La chronologie ne se respecte jamais autant que le souvenir lui-même, et nos esprits obséquieux sont des lacs où se noyer n’aura jamais autant de saveur que périr aux océans du cœur.

Je mentionne Rousseau avec tendresse, lui qui m’ouvrit sans le savoir, et sans même l’avoir pressenti, un regard nouveau sur la littérature indigeste. A cette époque, où j’assumais difficilement une adolescence boutonneuse aux bancs du lycée, Rousseau me tomba sur le coin de la figure comme une obligation sincère, dans ma petite liste de textes à préparer pour l’oral de français du baccalauréat, il fut l’omniscience acquise de mes travers désabusés.
De tous les auteurs obligés, ce fut celui qui me parla le plus, et si je fais allusion aux indigestions, c’est probablement parce qu’on n’écoute jamais mieux que personne quelqu’un qui vous ressemble.
J’ai aimé Rousseau et ses confessions, et j’ai aimé découvrir qu’on pouvait ainsi se mettre en scène sans pudeur, sans aigreur masquée, sans fierté, sans doute… j’ai aimé le lire et inconsciemment me sentir moins malheureux en le lisant.
Depuis Rousseau, seul Houellebecq est parvenu à retentir autant en moi.
Mais je ne relirai plus Rousseau, le temps de l’adolescence et des mièvreries versifiées est loin derrière moi à présent, j’ai mon propre ruban rose à moi que je ne dirai qu’à l’âge des confessions intimes, celles qu’on dévoile souvent trop tôt aux émissions de Mireille Dumas sitôt qu’un vent de reconnaissance vient caresser votre indigence.
Rousseau aurait été bien dans un loft.
Houellebecq nous raconte le sien.
Et nous changeons au fil du temps, mais les souvenirs s’entassent, finissent par se bousculer, se terrassent les uns les autres à force d’humanité forcée, puis s’entèrent aux cimetières des mots oubliés.

Je conseille Rousseau comme journal intime des adolescents qui ne savent pas écrire, on le lit et on l’oublie, comme tout équipage d’avion moderne affable par commodité, on le lit et on l’oublie, même si mon examinateur choisit cette année-là dans la liste l’un de ses textes, qui me permit de m’en sortir de façon très honorable pour un scientifique.
Vous aurez beau, toute votre vie, passer des examens bercés par l’enthousiasme de l’impartialité contagieuse, vous ne serez jamais confrontés qu’à des êtres humains dont la subjectivité ne fait qu’égaler le pragmatisme. Réussir sa vie, pour ces gens-là, dont nous sommes, ne vous méprenez pas ; réussir sa vie c’est avant tout faire perdurer la colle au dos des étiquettes que l’on vous associe précocement.
Un oral n’a jamais été, et ne sera jamais un examen anonyme, avec la gueule du scientifique, les horizons les plus sceptiques vous sont offerts. Rousseau me donna quelques points d’avance, je dois bien le reconnaître, et si je le garde en mon cœur c’est vraisemblablement pour ça.

Avec le peu de recul que j’ai finalement sur les événements, j’ose malgré tout parler de cela, comme il le fit lui-même, et si je suis revenu plus haut à la période du collège que j’avais dans un premier temps écartée volontairement du flot inconsistant de mes souvenirs, c’est parce que finalement, ne vous en déplaise, tous les éléments sont liés dans une existence.
Loin de moi l’idée de vous parler du destin, je respecte les nécessités de chacun, je respecte les croyants et les athées, je respecte finalement depuis toujours ceux que je haïs pour éviter de me les mettre à dos, comme quoi la misanthropie singulière semble finalement moins belliqueuse que l’humanisme collectif ; mais tout en respectant chacun je préfère vous parler de rien.
Le destin est un concept nécessaire, comme Dieu, avec ou sans majuscule, comme l’astrologie, la météorologie, la politique ou tout sujet susceptible d’échauffer les esprits communautaires dans une soirée qui battrait de l’aile.
Ainsi, de ces sujets, nous construisons un quotidien moins fade.
Et pourtant, avec le temps, diraient les morts…
Oui, je sais, ça s’en va et ça revient, c’est fait de tous petits riens, ça se chante et ça se pleure aux téléphones des plus insipides artistes que La Terre ait portés. Depuis Claude François, seul Marc Levy, peut-être, a pu atteindre un tel degré de niaiserie au cœur d’un si grand nombre de français.
En même temps, je reconnais qu’on n’écrit pas My Way pour rien, il y a des niaiseries qui rapportent plus que d’autres.
Les miennes sont trop inaccessibles, c’est ce qu’un alpiniste en mal d’humour me sortit un jour au sortir d’un carambar escarpé que sont esprit refusait à gravir… mais non, je déconne !

Pour en revenir au sujet, puisque je digresse sans cesse et que vous ne faites rien pour m’en empêcher, bande d’ingrats, je suis revenu malgré moi à la période du collège par un souvenir d’armée ; tout est lié, vous disais-je avant de m’interrompre grossièrement.
Le froid est une sensation civile.
Quand vous devenez militaire, même par obligation, cela inclut forcément de ne plus être civil, et même si vous n’en avez que vaguement conscience, cela vous est craché le plus souvent possible pour éviter de l’oublier.
De ce fait, on ne met pas ses mains dans les poches, quand on est militaire.

A l’armée, nous étions réveillés vers cinq heures du matin.
Mais parfois, par jeu que seul un esprit militaire, même reclus au fond des poches, pourrait apprécier, il nous fallait sortir de la couche bien plus tôt, pour se réunir au garde-à-vous dans la cour, dans la tenue choisie par l’aspirant.
Dans ces cas-là, l’un de nous devait promptement gagner la cour pour visualiser ladite tenue et la communiquer à l’ensemble de la section, pour qu’aucun de nous ne puisse inconsciemment déroger à la règle.
Une section c’est un seul homme, cela aussi fait partie des leitmotivs au langage militaire, j’y reviendrais probablement plus tard quand me viendra l’envie de dire du mal à propos d’individus que je ne croiserai plus jamais, mais qui contribuèrent beaucoup au calvaire de ces quelques mois d’existence bâclée.
Toujours est-t-il que pour l’heure, certes matinale, nous nous sommes retrouvés dans la cour au garde-à-vous en survêtements bleus et baskets, l’une des tenues les moins pénibles du stage, puisqu’on l’appelle ainsi, mais avec l’interdiction toujours réelle de glisser ses mains dans les poches en couverture du froid.

Au collège, j’avais appris à ne surtout jamais enlever les mains des poches les jours de sport. Une journée entière à traverser la cour de récréation en survêtement, probablement rose ou vert à l’époque, vous exposait naturellement aux blagues les plus potaches dont le retroussement de pantalon jusqu’aux chevilles, et si ça fait rire les plus grands, ça n’offre jamais que les premières hontes aux plus petits qui découvrent enfin le monde tel qu’il est.
L’armée m’ôta l’envie de mettre les mains dans mes poches, elle m’en ôta surtout le loisir, comme elle m’ôta toute liberté tandis que je fus appelé à elle.
Je vis maintenant ma liberté civile en y mélangeant mes souvenirs, et nul ne pourra jamais me le reprocher, ou m’éveiller à n’importe quelle heure de la nuit pour vérifier que je m’y plie bien.
Je ne plie pas, je romps.


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MessagePosté: 13 Jan 2010 21:20 
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Me revoilà cette année-là, à nouveau plongé aux souvenirs du stage.
Nous étions trente, comme un seul homme, à déplorer impuissants nos liens rompus avec le monde. Nous étions trente, et trente autres nous croisaient parfois entre les murs absurdes de cette caserne de ville, au détour d’une marche au pas laborieusement rythmé par nos chants de guerre, tous plus ridicules les uns que les autres.

Combien de fois l’a-t-on parcourue, cette petite piste ?

Ce sont les seules paroles dont je me souvienne, qu’un grand type devait lancer pour donner le ton, avant d’être repris par notre chœur désarmé de civils transis de froid. Trente types peaufinant leurs pas-chassés pour récupérer le pas perdu, trente types tournant en rond la gueule ouverte, crachant des textes à l’insipide avoué.
Ce fut l’une de nos activités les plus récurrentes, et j’eus de la chance cinq mois plus tard d’être désigné pour garder le Fort avec quelques autres, évitant le défilé du quatorze juillet que je n’ai plus jamais regardé du même œil depuis.
Comme la Marseillaise.
Cette Marseillaise honteusement rageuse qu’on nous fit chanter des centaines de fois au garde à vous, avec quelques poings dans le bide de la part des gradés lorsqu’une voix semblait trop mélodieuse pour le contexte.
Le plus ridicule était la méthode militaire du chant, qu’on nous apprit de force, naturellement, car il s’agissait de terminer chaque vers par une coupe abrupte des syllabes chantantes. Saccadée, sans musique, l’hymne national prenait une allure de canon lâchant ses coups, nous tirions à chant réel, et nous recommencions sans cesse, à toute heure du jour ou de la nuit, selon le désir hiérarchique.
On ne se demande plus pourquoi, après ça, je ne peux plus aspirer aux préliminaires des matchs de football qu’en plus je trouve trop insipides pour vraiment avoir envie de les regarder en chœur.
Comme tout autre sport qui se vit sur canapé, une bière à la main, avec un mot à chaque temps mort pour la pute qui festonnait la veille au lit du prochain, ni pute ni soumise, brandissez-le tant que vous pourrez, vous ne changerez jamais aux yeux des hommes.
Et comme c’est d’usage, le passage à l’armée a fait de moi un homme.

Par chance, l’amour me faisait tenir.
Pas le vrai amour, mais l’amour fou, dont j’ai déjà parlé.
Et si à l’époque la folie de sensations ordinaires ne m’avait pas encore fait basculer du côté obscur du sentiment, je crois malgré tout que je préfère la folie de l’amour à celui des hommes en devenir.

Nous chantions au garde à vous, nous chantions en marchant au pas, nous chantions sous la douche… des marches militaires et des Marseillaises insipides qui perdaient tout leur sens.
Nous chantions comme on casse des cailloux, par obligation militaire, dans un enclos bien gardé à l’ombre du monde civil.
Tout cela pourtant ne m’ôta heureusement jamais l’envie de chanter, j’écrivis même plus tard une chanson sur le sujet, mais comme le reste j’ai fini par tout oublier.

Mais je n’oublie pas vraiment, puisque me revoilà à nouveau plongé à l’enfer de cette année-là.
Si chanter avait été la pire des souffrances, encore, j’aurais depuis longtemps bâclé tout cela dans un mauvais roman qui se vendrait en librairie en concurrence déloyale aux premières merdes de Marc Levy…

Je sais, je reçois de nombreux courriers de lecteurs mécontents de m’accompagner ainsi à dénigrer des gens de mon espèce qui, s’ils manquent assurément de talent, permettent au moins au reste de la profession de vivre de leur plume.
Je sais.
Mais rassurez-vous, mes sentiments d’adolescent sur le métier d’écrivain ont bien changé depuis, et j’ai fini par adhérer à cette association répandue, à juste titre, de l’oisiveté et de la création, de la médiocrité et du succès, de l’aboulie et du talent.
Rassurez-vous encore, je n’en veux pas davantage à un Marc Levy qu’à un Guillaume Musso, et je n’en veux pas davantage à une Amélie Nothomb, qui, si elle avait probablement tout le talent nécessaire à une vraie carrière littéraire, a fini par s’endormir comme les autres sur des romans où le nom de l’auteur prime sur le titre, et bien davantage encore sur le contenu.
Il en est de la littérature comme de tous les arts.
Vous pouvez continuez à m’envoyer des lettres d’indignation, cela me fait de la réserve pour la cheminée, et je préfère encore cela que de devoir acheter les injures à la littérature que nous offrent les gens que je cite ici impunément.

Vous savez comme moi que bientôt, l’un de leurs ouvrages vous sera offert pour l’achat de deux meubles Ikéa, et dans l’ascenseur qui vous ramènera au tendre bercail d’un quotidien désabusé par tant d’amour conditionné, vous vous délecterez encore de musiques édulcorées oubliées aux additions.
Vous le savez comme moi, et vous vous résignez.
Et comme vous, submergé par les obligations d’une société qui met grandement l’humanité en danger, mais inconscient volontaire pour plus de facilité, j’oublie le style élémentaire et j’oublie le désir du mot, maître soudain de mon destin presque autant que de ma ponctuation, et vous constatez comme moi que nous ne sommes plus capables de rien lorsque l’esprit se la joue rebelle.
Yo.
Ne restent jamais que les souvenirs, flammes soufflées aux veillées du cœur, quand le monde s’endort un peu, ou fait semblant, ou fait l’air de rien, ou fait dans son froc à force de faire n’importe quoi.

Ma mémoire a tendance à penser que mes dix mois d’armée furent le plus grand n’importe quoi de toute ma vie, pourtant, quand j’y songe vraiment, j’ai fait bien pire en me guidant moi-même, et je continue malgré moi.
Ou pas.
Puisque je savoure la liberté.
Celle de chanter quand bon me semble.
Et d’essayer d’en profiter.
Ou pas.


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MessagePosté: 16 Jan 2010 17:24 
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J’avais peur, et pourtant, j’ai pris ce train pour Montélimar.
Je savais au fond de moi que ma peur s’était nourrie d’images sans sources, de films sans saveur, où chaque chose était poussée à son paroxysme à un point tel qu’on ne pouvait y associer une quelconque réalité.
Je savais que la peur n’évite jamais le danger, d’autant plus quand elle se nourrit aux délires de ceux qui ne la connaissent pas vraiment.
Je savais que je ne partais pas pour la guerre, qu’il n’y avait quasiment aucune chance pour que je revienne meurtri de cette escapade…
Mais je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre.
Je ne savais pas vraiment ce que serait le quotidien, là-bas.
Et si je vous en parle, c’est parce que, heureusement, tout cela a disparu, et que vous n’aurez plus jamais à vous poser ce genre de questions…

Histoire de digresser un peu comme j’en ai maintenant l’habitude, vous l’aurez remarqué, je me souviens mes heures de garde à la guérite du Fort d’Ivry. Ce fut l’époque où je vis passer devant moi les premiers humains libérés du service militaire, obligés malgré tout de livrer une journée de leur vie pour la Nation.
Ils débarquaient le matin au Fort, et ma fonction demandait de les saluer.
Mon obligation rencontrait leur mépris, tout simplement, et à la fin de la journée, ils s’en retournaient chez eux, gavés d’images, gavés de discours, dégoûtés d’avoir perdu cette journée-là, avec tout le mépris que pouvait mériter ce type en faction à la guérite.
Moi.
Obligé de les saluer.
Et de les voir rentrer chez eux, en me disant qu’en une seule journée ils avaient accompli ce qu’on m’obligeait à faire en dix mois.
Comme quoi, le temps, à quelques années près, ne veut plus dire grand-chose, en définitive.

Je suis arrivé à Montélimar dans une sorte de gymnase où des chaises avaient été alignées à notre intention, nous nous sommes assis les uns à côté des autres, comme une première obligation, pour écouter le discours de bienvenue.
Et puis tout a été très vite.
Nous avons reçu notre affectation, appartenance à une section, nous avons reçu notre paquetage, dont il fallait prendre soin, au point d’en faire l’inventaire plusieurs fois de suite, dans le sac, hors du sac, dans le sac… hors du sac, trois ou quatre fois de suite, déjà le décompte de toute chose ne nous appartenait plus.
Nous sommes passés à la pesée, nous avons pissé dans un godet, nous nous sommes laissés taper sur le crâne par le type qui devait nous mesurer, et puis notre paquetage en main, nous avons regagné nos chambres, il était trop tard pour nous raser le crâne, tant mieux qu’on se disait, tant mieux qu’on nous laisse au moins un bout de nous au sommet du corps.
Tant mieux.
Et puis non.
Il n’était que six heures du soir, nous avions le temps d’y passer.
Le coiffeur eut cet humour déplacé de nous demander ce qui pouvait bien nous convenir, avant de nous raser le crâne sans objection, la même coupe pour tout le monde, nous y étions, plongés malgré nous au bain militaire dépourvu de saveur moussante.
Nous y étions, les gradés étaient fiers de nous, nous avions quartier libre jusqu’au lendemain.

Une journée à peine, et déjà cette sensation singulière d’être prisonnier, comme un seul homme au sein des autres, prisonnier des murs et de leurs gardiens consciencieux, prisonnier du temps qui s’écoulait soudain moins vite.
Quartier libre, ça voulait dire faire la queue devant les trois cabines téléphoniques du Fort, histoire d’entendre une voix amie rassurante. Une époque où le portable n’existait pas, et si nous en avions eu, sûrement en aurions-nous été privés, comme de toute liberté civile.

Cela ne faisait pas vingt-quatre heures que j’étais là, mais le crâne soudainement rasé, mon paquetage vérifié dix fois de suite entre des murs si haut dressés que toute liberté semblait déjà lointaine, je me suis immiscé dans la queue comme les autres, pour accéder à l’une des cabines, et entendre une voix amie, un signe extérieur, quelque chose qui puisse m’aider à me dire que la vie existait toujours au-delà, quelque chose qui puisse me permettre d’avoir envie d’avancer et de m’en sortir.

Je l’ai appelée, mais déjà, la notion du temps n’était plus la même pour moi.
Je l’ai appelée, pensant l’avoir au bout du fil, mais déjà, les journées me semblaient si longues qu’une partie concrète de la réalité se jouait de moi.
Il n’était que six heures et demie.
Déjà si tard pour moi.
Trop tôt pour elle…
Et personne au bout du fil.
Et cette queue misérable d’appelés n’attendant qu’un signe de moi pour prendre ma place dans la cabine, impossible d’en rester là.
J’ai composé le premier numéro venu à mon esprit.
Un ami.
Qui avait fait l’armée, lui aussi, quelques années auparavant.
Je n’ai jamais vraiment su pourquoi je n’ai pas appelé mes parents ce jour-là… mais je crois que déjà, j’avais conscience qu’il était inutile de leur faire peur, j’avais conscience qu’une voix neutre, finalement, m’aiderait davantage à passer le cap d’un premier jour sous l’uniforme.
- Allo ?... Ah !... C’est toi… ça va ?
Mais aucun mot ne reste neutre quand vous sombrez ainsi de l’autre côté de l’existence.
Bien sûr que oui, c’était moi.
Bien sûr que non, ça n’allait pas.
Et bien sûr, je me suis mis à pleurer sur le combiné, sitôt qu’il fallut expliquer pourquoi.

Les autres attendaient derrière, pour noyer de larmes une cabine civile perdue au sein du Fort, et bien sûr j’ai abrégé, histoire de surmonter tout cela, histoire de faire comme si de rien n’était… mais pour toujours, ce souvenir-là resterait gravé dans mon cœur.
Merci d’avoir été au bout du fil à cet instant.
Merci d’avoir compris, toi qui étais passé par là.
Et merci aux autres, de ne pas m’en vouloir.

J’ai regagné la chambre en séchant mes larmes, une chambre que nous étions six à partager en ce premier soir, six mecs civils paumés dans un univers que nous n’attendions pas, six pauvres mecs contraints à partager un bout d’existence…
J’ai posé des écouteurs au fond de mes oreilles pour tenter d’oublier tout cela.
Et comme eux, je n’ai jamais rien oublié vraiment.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 16 Jan 2010 18:19 
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je ne me donnerai plus la peine de t'écrire ce que j'en pense. C'est lettre morte.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 17 Jan 2010 23:01 
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Je crois que c’est un peu comme si j’avais gardé les écouteurs bien ancrés au fond des oreilles pendant deux semaines… jusque cette première permission, je n’ai pas dit un mot, ni à mes compagnons d’infortune, ni à qui que ce soit.
J’ai chanté en chœur cette Marseillaise douloureuse, bien entendu, et j’ai pris mes coups dans le bide comme les autres pour m’inciter à la chanter plus virilement, mais je ne me suis octroyé aucun échange avec quiconque.

Au début, la frustration m’en a empêché.
J’avais le ventre serré, j’étais pris malgré moi au tourbillon des obligations, et j’étais tout simplement incapable de dire quoi que ce soit qui ne doive malgré moi se transformer en larmes.
Ensuite, c’est devenu comme une carapace.
Pourquoi échanger, au bout du compte, avec ces pauvres types, certes noyés comme moi au quotidien désabusé, mais si différents finalement ?!
Comme si n’interagir avec personne pouvait me prémunir du pire. Comme si quelque chose m’avait empêché de m’ancrer moi-même au plus profond d’un présent mutilé.

Les seuls souvenirs que j’ai longtemps gardés en moi furent ces soirées, où, éreinté, je remettais enfin mes écouteurs sur ma couche, pour m’offrir un moment de liberté musicale. En général, j’avais roulé une vingtaine de clopes juste avant, et enfin je me laissais aller, même si la fatigue venait me troubler de sommeil au bout d’un ou deux morceaux à peine, c’était comme un petit moment à moi.
C’était un moment à moi.
Ils vendaient des cigarettes à l’intérieur du Fort, naturellement, tout est bon pour faire du fric, mais dans le doute j’avais emmené avec moi plusieurs paquets de tabac à rouler et plusieurs paquets de feuilles, chaque soir le petit rituel s’instaurait, rouler ses clopes pour le lendemain, quand une pause nous serait accordée entre deux bâtiments où le grand vent de l’hiver empêcherait peut-être de l’allumer, mais peu importe, cette bouffée-là, c’était du concret, c’était du réel, c’était de la liberté.
Une petite fumée qui s’échappe au-delà des murs d’enceinte, comme une petite musique au creux des oreilles pour oublier le quotidien.
Je peux me souvenir autant de choses que je le voudrais, autant de choses que je le pourrais probablement… jamais cette concordance entre musique et souvenir ne sera aussi profonde que pour ces moment-là, quand enfin nous étions livrés à nous-mêmes, pour quelques heures à peine, allongés sur des lits au carré, dans un dortoir impersonnel qui devenait ce quotidien.

Au bout de quelques jours de mutisme, j’avoue avoir songé jouer le jeu jusqu’au bout, devenir associable au point de me faire réformer peut-être, mais il aurait fallu pour cela que je devienne belliqueux en plus, que je m’en prenne aux autres, que je sois le plus infect des appelés… et je n’en avais pas les couilles.
L’un de nous l’a fait avec succès, il nous a quitté au bout de trois semaines, et pour l’avoir revu le jour de la libération, aussi sociable qu’une mouche dans une soirée de merde, je dois avouer qu’il a longtemps forcé mon admiration par son coup de maître.
Mais quand on est faible, c’est pour la vie qu’on obéit aux ordres.
Quand on est faible, la vie est un supplice où déroger aux règles relève de la folie.
La folie est pourtant tellement primordiale, parfois…

Les autres communiquaient, nous avions chacun notre manière d’expulser le trop-plein de haine, j’ai fini par me lier à eux, par obligation, encore une fois, peut-être, par souci d’intégration, probablement, par nécessité, avec certitude.
S’il ne doit y avoir qu’une seule chose positive à conserver de ces dix mois, c’est cette promiscuité forcée avec des gens d’autres horizons.
Quand nous nous sommes retrouvés un seul, peu importait notre origine, peu importait notre religion, peu importait finalement qui nous étions vraiment, nous étions un seul, liés malgré nous, et cela faisait du bien.
Naturellement, nous ne nous sommes jamais revus.
Naturellement, nous ne nous serions jamais rencontrés.
Mais nous avons dormi ensemble, des écouteurs dans les oreilles, avant de communiquer vraiment, pour palier l’absence de liberté comme nous le pouvions seulement.
Ils ne me manquent pas, une partie de moi seulement les a rencontrés, mais ce souvenir-là est une certitude insidieuse fondue à ma mémoire, pour toujours.

Pendant toute cette période, je n’ai pas dit un mot, je n’ai pas écris une ligne non plus. Mon corps, autant que mon esprit, étaient trop fatigués. Je me suis contenté d’obéir, puisque j’étais là pour ça. Je me suis contenté d’être un lâche ordinaire.
Obéir pour ne pas souffrir.
Je suis de ces petits esprits qui marchent au pas, sans chercher à déroger à la règle, j’étais trop épuisé pour tenter de lutter, trop épuisé pour réfléchir, je me suis laissé guider en prenant bon exemple…

Au deuxième jour, nous avons fait la queue pour la vaccination obligatoire, ceux qui avaient leur carnet de santé à jour y échappaient, les autres, comme moi, ont attendu une heure durant pour une piqûre de rappel.
Rien de grave, si ce n’est ce type et sa phobie des piqûres, qui a piqué sa crise, à défaut d’une aiguille dans le bras, et on nous a clairement fait comprendre qu’un tel comportement était inadmissible en ces lieux.
Refus d’obtempérer à un ordre, dix jours de trou.
Je n’ai jamais su si cette phobie était réelle, je n’ai jamais su s’il a vraiment regretté son acte désespéré, mais je sais qu’il a passé dix nuits au trou, en nous accompagnant aux diurnes activités forcées, et aussi veule que cela puisse paraître, j’avoue avoir préféré ma couche au carré et mes écouteurs profondément ancrés aux oreilles.
J’avoue m’être plié au besoin d’obtempérer aux ordres, pour éviter cela.
J’avoue avoir laissé ma vie se guider au gré des désirs péremptoires de gradés sans devenir.
J’avoue avoir obéi, pour ne jamais avoir à vivre ça.

Les écouteurs profondément ancrés aux oreilles, j’oubliais, le temps d’un court instant, pour me noyer de musique et me bercer de liberté, pour occulter les autres, et surtout, surtout, ne pas penser au lendemain… surtout ne plus avancer, attendre seulement, et laisser s’échapper le temps.
D’autres ont fait la guerre, je sais bien.
D’autres n’en sont pas revenus, je sais bien.
D’autres m’accompagnaient, je sais bien.
Mais les autres, on s’en fout, dans ces moments-là.
Parce que les autres, c’est nous.
Les autres, c’est toi.
C’est moi.
C’est elle.
Qui berçait mes nuits de douces caresses sans musique, loin du temps, loin de tout… et m’aidait à tenir malgré tout, malgré elle, malgré toi, malgré nous… malgré ce temps qui passe et ne se revit jamais qu’en musique.
Puisque c’est ainsi.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 19 Jan 2010 21:49 
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Je ne me souviens pas avoir joué aux petits soldats lorsque j’étais enfant.
Je veux dire, je me souviens l’avoir fait, mais je ne me souviens pas y avoir pris plaisir.
Les seuls souvenirs que j’en ai sont les petits soldats de mon père, comme des jouets d’un temps dépassé légués sans aveu de détresse, comme une obligation paternelle, au même titre que ses petites voitures en fer, histoire de transmettre cet héritage des fausses joies de l’enfance.
Le dimanche matin, je me levais tôt, et je jouais sur le sol de ma chambre, genoux repliés au menton, comme si rien d’autre n’avait d’importance.
Et rien d’autre n’avait d’importance.

Plus tard, j’ai joué aux cow-boys et aux indiens, j’ai joué à la guerre, j’ai joué à tous ces poncifs inévitables d’une enfance masculine, comme j’ai joué au foot aux cours de récréation.
Mais encore une fois je n’ai aucun souvenir de plaisir à ces jeux là.
Ce ne seront jamais que des obligations instinctives s’emparant de nous dès le plus jeune âge, comme quoi finalement l’espèce humaine est pourrie jusque dans ses instincts les plus profonds, encore qu’on l’y soumet peut-être, d’une manière ou d’une autre.
Les filles jouent à la poupée, au papa et à la maman, même sans papa, même sans enfant, avec des poupées qui font caca comme des vrais enfants quand même, histoire de comprendre le plus vite possible tous les inconvénients d’une telle vie, histoire de les assimiler le plus vite possible à défaut de passer outre ; les garçons jouent aux petits soldats, histoire de se battre les uns avec les autres, et s’il ne s’agit pas de se tuer, il faut au moins gagner la course de voitures ou le match de football.
Une société qui n’accepte plus ses loosers depuis longtemps.
Une société où il faut gagner à tout prix pour survivre, à défaut d’être avocat ou médecin, on peut à présent devenir banquier, ce n’est pas si mal finalement, à bien y réfléchir.

Je crois réellement qu’il faudrait interdire les jeux de guerre aux enfants, et par extension tout ce qui touche simplement à l’extinction du prochain, d’une manière ou d’une autre.
Bien sûr, je reconnais avoir pris du plaisir à jouer à Risk, mais à l’époque, les pions restaient des pièces en plastique abstraites, tandis qu’aujourd’hui ils sont devenus de vrais soldats, de vrais chars, de vrais cavaliers.
A force d’ancrer l’imagination dans une réalité qui ne devrait pas lui ressembler, on pousse finalement l’être humain vers ce qu’il peut avoir de plus sombre en lui. A force de le modifier, on finit par ancrer le jeu dans la vraie vie, et la télé réalité de notre société moderne s’emparera de la prochaine guerre à coup sûr, pour envoyer au front nos jeunesses décadentes sans bien leur laisser le temps de s’en rendre compte.
Bien sûr, je reconnais aussi que se défendre d’une espèce étrangère qui viendrait exterminer l’espèce humaine paraît fort à propos quant à la stimulation de nos instincts les plus bestiaux, mais je prône malgré tout l’interdiction de tous les jeux violents à nos chères têtes blondes.

Ou alors, je voudrais que les créateurs de jeux soient contraints au stage, tel que je l’ai vécu, au pied des Alpes au mois de février, pour se baigner vraiment de l’enfer humain au quotidien, pas celui de la vraie guerre, mais celui qu’on invente pour les autres en temps de paix.
Dormir dans des tentes par grand froid blotti contre son Famas, prendre son quart de garde vers deux heures du matin, le fameux fusil à la main, pour faire le tour du campement, se faire trimballer dans des camions ouverts en tenue camouflage, serrés les uns contre les autres pour essayer de se tenir chaud, tirer à balles réelles sur des cibles improbables, et rentrer malade dans une caserne où l’entretien du même fusil primait sur la santé des propriétaires providentiels.

Je sais bien que je n’arrive plus à être objectif.
Je sais bien que cela n’avancerait à rien.
Je sais bien ce qu’on va me répondre.

Je les vois venir, les assoiffés de théories, en train de justifier tout jeu de guerre par cette nécessité à évacuer le trop-plein d’énergie, par cette nécessité de se confronter au monde réel pour avancer et se construire, devenir un guerrier le temps d’un jeu, ce n’est jamais que canaliser ses pulsions les plus négatives en faisant semblant d’y répondre.
Bien entendu.
Mais puisque mes propos ne regardent que moi et n’ont aucune vocation prophétique, je me permets de donner mon humble avis sur le sujet.
Et je me permets d’ajouter aux certitudes des théoriciens que le jour où la raison se rangera à leurs côtés, quelques esprits bien placés ré-ouvriront alors peut-être les maisons closes, histoire de canaliser l’énergie négative de tous nos pédophiles qui arpentent en toute liberté les espaces salutaires de nos chères têtes blondes.
Mais après tout je n’ai pas d’enfant, et n’ai pas forcément envie d’en avoir dans une société qui ressemble à la notre. Alors ce que j’en dis, vous savez bien ce que j’en fais.

Quand les autres espèces essayent de survivre, nous ne parvenons qu’à nous détruire.
On m’a imposé dix mois de service militaire pour défendre la Nation, alors que La Tordue chantait depuis longtemps que nous n’habitions qu’un seul pays qui s’appelait La Terre ; on m’a imposé de jouer à la guerre bien longtemps après l’avoir bannie moi-même de mes activités d’être humain, et même si tout cela n’en est pas la cause principale, j’avoue que cette période a grandement contribué à me détruire.
Voilà ce que c’est, jouer à la guerre.
Et libre à vous d’éduquer vos enfants comme bon vous semble.
Ca ne regarde plus l’humanité, désormais.
Ca vous regarde, vous.
Moi, je préfère ne pas me souvenir vraiment de ce qui me regardait à travers les autres.
Mais oublier est un leurre.
Et je me leurre depuis toujours.


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 Sujet du message: Re: Comme un semblant d'ordinaire
MessagePosté: 30 Jan 2010 22:27 
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J'arrête ça.
J'ai encore tant à dire bien sûr...
Mais l'écrire ici, comme le reste, n'a aucun sens.
Merci à celles et ceux qui ont suivi jusque là.
Merci, tout simplement
L'ordinaire, quand on fait l'armée, c'est la cantine, en vrai.
Peu importe que ce soit ordinaire, peu importe que ce soit partagé.
Nourrissez-vous de mots, et partagez votre table.
L'humain vous le rendra ;-)


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