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Deux années de bonheur intense

Le "je" vous habille et ne parle que de vous. Il vous tutoie, vous décrit, vous évoque, vous triture, vous cajole, vous console. Les "nous" les "eux" les "ils" et les "elles" ne vous diront pas un mot ; ils ne feront que vous écouter sans un mot.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 13 Jan 2010 16:05

La prépa est gardée par une armée de Cerbères, destinés à effrayer les intrus (et les élèves).

Cela commence à l’entrée. Il faut montrer patte blanche à l’entrée et la sortie (des fois qu’un terroriste se lève à huit heures du matin), se faisant harponner au moindre signe de délinquance (couvre-chef, mp3).
Mais là l’agression est modérée.

Le boss se cache entre les murs. Comme dans tous les donjons, il faut passer les premiers monstres pour atteindre le cœur du problème et comme dans toute entité, c’est le service administratif.
Pour éviter d’avoir à faire aux élèves et de leur rendre service (car comme chacun sait, l’élève est une engeance terrible. Et contagieuse.), le personnel administratif est aussi infect que désagréable.
On a toujours l’impression de les ennuyer, la moindre question est accueillie par des aboiements. Les tableaux d’ardoise, d’affichage et le bloc de papier sont autant d’obstacles pour empêcher les préparationnaires d’arriver jusqu’à leur enclave. Il faut dire qu’ils travaillent dur : on les voit régulièrement soupirer tandis qu’un tortionnaire interrompt leur conversation oisive avec un professeur ou la lecture de Télémagazine (d’ailleurs en général il faut danser d’un pied pour l’autre pendant quelques minutes avant qu’on s’aperçoive de leur présence).

Fonctionnant à la colère (qui est peu leur shoot perso), ils n’hésitent pas à délivrer de façon ambiguë ou inintelligible afin d’induire les élèves en erreur pour les agresser lâchement un peu plus tard.

Lorsqu’ils se sont repus de quelques bizuts aventureux, il leur arrive de faire preuve de considération envers ceux qui osent les déranger. Ils font alors des blagues tordantes sur le nom des khôlleurs (les mêmes toutes les semaines) ou compatissants (ils lèvent les yeux de Téléloisir et assortissent l’énoncé du sujet de khôle du genre « ça a l’air difficile ». Un peu plus que le résumé de X men, oui c’est vrai.).

Après tout, même le paradis est gardé.
Je suis pour le baroque. Je veux être bancale, irrégulière et exagerée.

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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 20 Jan 2010 18:42

Autre étrangeté : les soirées de khâgneux.
Après avoir lu l’autobiographie de Simone de Beauvoir, on s’attendait à des après-midi à Starbuck (tout le monde n’a pas les moyens d’aller au Flore) à disséquer Spinoza.
Mais le besoin dévorant du khâgneux de s’amuser, de se vider l’esprit, font sombrer les sauteries intellectuelles en bacchanales de décadence ordinaire, chère aux jeunes : ivresse, musique trop fortes, séances bisous et autres nausées. On perd une soirée à ne pas communiquer, à faire des photos en feignant l’intimité avec des gens auxquels l’échange le plus intense a été « tu peux me passer un verre ? » voire « tu as du feu ? » (car nous sommes des littéraires, nous sommes donc fortement marqués par le poète maudit : nous encrassons consciencieusement nos poumons de fumée et nos veines à l’éthanol).

Il y une impatience, une furie inquiète dans la fête de classe : la peur d’être seul, la peur de passer à côté de quelqu’un. Alors on insiste pour que les gens auxquels on ne parle jamais pendant l’année daigne surgir –bien sûr, pas un mot ne sera échangé avec eux, ils tenteront désespérément de se greffer à un groupe ou un autre sans grande conviction, mais on a au moins le sentiment d’avoir fait une bonne action.

Dans un sursaut d’habitus classes supérieures, on pratique l’entre-soi : on n’hésite pas à convier cinq générations de khâgneux, voire les professeurs, pour être sûr de ne pas être contaminés par ceux qui parlent mathématiques dans un moment de faiblesse alcoolisée.
On ne sait pas trop ce qu’un professeur peut faire au milieu de jeunes étourdis et déchaînés. Le seul qui osera observe l’assistance avec un petit sourire amusé. À sa décharge, il n’utilisera jamais les informations collectées.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 22 Jan 2010 18:27

La vie de khâgneux a quelque chose d’exaltant. Stimulation, découverte, compréhension, dépassement de soi…
Le khâgneux est plus une fin en soi qu’un moyen.
Faire une khâgne, c’est se donner quelques années pour se cultiver, au sens fort du mot : faire émerger sa propre humanité ; faire germer une petite pousse de soi, qui s’épanouira avec le temps. L’intensité de ces deux années est nécessaire pour se donner les moyens.
La khâgne B/L, c’est découvrir une myriade de représentations du monde afin de se forger la sienne au-delà de la doxa.
La khâgne comme ambition d’être quelqu’un.
Les études épiciers ne visent qu’à l’intégration d’une école, d’où l’importance de présenter un projet personnel lors de l’entretien.
Les taupins, c’est encore pire : on ne recrute pas une personne, mais un cerveau. Ce genre d’études ne peut satisfaire que les génies.

Le khâgneux a l’ambition de comprendre le monde, l’humain, confortablement assis à son bureau.
La prépa littéraire est une forme de rébellion : c’est refuser la médiocrité, la facilité et la paresse. C’est refuser de se cantonner à être un consommateur passif, stupide.
C’est foncer avec conviction vers le chômage, l’oisiveté de l’érudition, car à part l’Etat, personne n’a besoin de philosophe. C’est prendre le risque de ne pas passer à travers les mailles ténues du filet de l’ENS.
Ou une façon de passer deux ans au chaud, en attendant que la vie ne commence.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 22 Jan 2010 18:31

La prépa littéraire est un déchirement de tous les instants du point de vue de l’orientation. On attend de quelqu’un qui fait une prépa qu’il inscrive cette torture dans un parcours professionnel défini.
Pourtant, certains ne viennent en prépa que pour repousser l’échéance, s’ouvrir un maximum de portes faute de savoir laquelle franchir.
Pourtant, la prépa n’est pas forcément très propice à la réflexion sur soi-même, en terme de disponibilité ou d’énergie, ou même de développement personnel (difficile de trouver le temps de lire pour soi, de pratiquer une activité extrascolaire, …).
À trop reculer pour mieux sauter, on finit par être précipité dans le gouffre.

En prépa littéraire, le dilemme est tout autre que le taupin, dont l’éventail de débouchés est largement monochromatique : l’important, c’est d’intégrer l’école la plus en haut possible de l’échelle.
les littéraires ont le choix entre la voie passionnante de la recherche (élitiste et pleine d’épines) ou la sécurité de l’école de commerce (malgré l’hostilité de celles-ci envers les littéraires). En effet, la plupart des khâgneux tentent l’ENS sans y croire, parce que le concours est gratuit, mais pourquoi faire une khâgne si c’est pour viser une HEC ?
Finalement, aussi incroyable que cela puisse paraître, faire une khâgne, c’est s’offrir deux ans de plaisir, avant de réintégrer les rails de l’orientation. Ce n’est pas comme s’il y avait des débouchés pour les littéraires.


Le khâgneux est indicible (il s’abrite derrière des autorités séculaires pour ne pas s’exposer).
Le khâgneux est un défi perpétuel à l’entendement, même pour un de ses semblables.
Il est fortement mystérieux et cache très soigneusement son Moi profond, il est cultivé mais à l’entendre, il ressemble à n’importe quel autre ado mal dégrossi.
Il fait mine d’avoir une logique lycéenne (au fur et à mesure de l’année, il s’éclipse des cours auxquels sa présence n’est pas absolument requise, voire les autres, il tente peu à peu d’imposer ses rebellions vestimentaires, d’obtenir des délais pour les rares échéances écrites et triche pendant les DS) mais au fond il est sérieux.
Il a l’air désinvolte et pourtant il a de l’ambition.
Il ne reste plus qu’à prier pour qu’il échoue dans sa réincarnation, histoire qu’il y ait une justice.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 18 Fév 2010 14:35

Les khâgneux sont plein de créativité, c’est la raison pour laquelle leur photo de classe tient de Picasso.
Pétris de dialectique, ils passent une semaine à débattre du thème. Deux heures avant la prise du cliché, ils n’avaient toujours pas atteint la conclusion.
Hardie, la classe dépasse d’autorité un troupeau pour s’asseoir sur les chaises bancales. On est au mois de janvier, la photo est prise en extérieur. Tout cela est parfaitement logique, le froid embellit le sourire quand on maitrise les claquements de dents.
La première photo, la sérieuse, sera longue à prendre : le khâgneux n’a pas l’habitude d’être dehors, il ne peut s’empêcher de gigoter, on dirait une classe de 5ème.
Lorsqu’elle est enfin dans la boîte, place à la fantaisie. Ruée sur la boîte de déguisements disparates. Chapka, collier hawaïen, pipe dont le tuyau est d’une longueur fort honorable… Il n’y a aucune unité, aucune cohérence mais ce n’est pas grave. Les filles du 1er rang brandissent fièrement un panneau KS* (facile d’être le meilleur lorsqu’on est seul). Le professeur d’histoire s’est même perdu au milieu des élèves, c’est lui qui hérite de la pipe.
Le meilleur déguisement est celui de l’intellectuel : binocles à triple foyer, costume négligé, livre à la main et cigarette au bec.
Chez certains, le besoin de trouver une filiation est si forte qu’ils succombent carrément à l’effet Sartre : en plaine mauvaise foi, ils essayent de faire Sartre avant d’être Sartre (notamment par une paire de lunettes qui auraient vraiment dû être retirée de la circulation, par égard pour la sensibilité des plus fragiles).
Etrangement, de Beauvoir ne suscite aucune orgie de turbans. Peut-être parce que les femmes n’ont pas besoin de ce genre d’accessoires pour avoir confiance en elles.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 18 Fév 2010 14:56

Une prépa, c’est parfois plein d’espoirs.
Au début de l’année, ça fait un sévère discours sur les fléaux qu’engendrent le retard et l’absentéisme, nouvellement promus péchés capitaux pour effrayer les bizuts.

Las ! Ils prennent de l’assurance à vitesse grand V et composent rapidement leur emploi du temps à la carte. La première victime de l’optimisation est la matière du sport.

Malgré une volonté de se mettre en quatre pour attirer les élèves, allant jusqu’à mettre en place une séance d’abo-fessiers, en un mois la moitié des effectifs s’offre une grasse matinée (en même temps, mettre le cours en première heure au milieu de la semaine, ça tient de la tentation).

Certains ont vite compris la combine et se lèvent pour 9h30 (heure de l’appel) : l’effort sportif le plus intense consistera à dire son nom et sa classe.

D’autres, plein de masochisme, se lèvent à l’aube pour échanger quelques volants au badminton voire bavarder pendant 2 heures, manipulant vaguement un ballon de basket, au cas où un professeur surgisse à l’improviste.

Au final, les valeureux lève-tôt seront récompensé d’un 17 totalement immérité et inutile.

Au moi de mai, il restera environ ¼ des élèves. En deuxième année, le cours de sport est de guerre lasse transformé en grasse matinée officielle.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 04 Mai 2010 22:28

En hiver le préparationnaire est confronté à un dilemme cornélien : ouvrir les fenêtres afin de renouveler l’air saturé de réflexions intenses et manquer de finir congeler ou mourir d’asphyxie. Evidemment, sur trois khâgneux, il y a cinq avis différents (oui, parce qu’il y a les schizos). Heureusement, une légion se retire du débat et s’en va affronter le froid polaire pour une bouffée de nicotine. D’autres se terrent contre les radiateurs, judicieusement placés sous les fenêtres : rafraichir les circuits cérébraux, réchauffer le ventre pour faciliter la digestion (des connaissances). Ceux qui restent à leur place pour s’épargner tout mouvement inutile rapprochent les pans de leurs pulls et jettent des regards meurtriers en direction des croisées mais bizarrement l’air ne s’en trouve pas réchauffé.
Le pire reste à venir : devoir entrer dans une salle de taupins après une heure de math sans avoir le temps d’assainir l’air. Les exhalaisons de pivot de Gauss manquent de provoquer des crises d’apoplexie parmi les rangs des pauvres hiboux plus familiers des arômes de littérature.
Quelques semaines plus tard, lorsque la moitié de le classe éternue pour cause de manque de sommeil et d’atmosphère frigorifique, un Dieu de math profère la remarque létale : « c’est parce que vous n’ouvrez jamais les fenêtres, vous masserez dans vos germes. » Mais le khâgneux pratique l’austérité et l’exotisme : quitte à tomber malade, il préfère que ce soit avec le bon air frais et pollué de Paris.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Okumi » 05 Mai 2010 21:00

Et moi qui compte aller en prépa... je peux te dire que malgré tout, ta façon d'écrire ces textes me donne encore plus envie d'y aller !!! (eh oui)

:bien:
Si j'ai oublié mon parapluie, c'est que je l'ai fait exprès.

Il est préférable d'être ailleurs lorsqu'autre part n'est plus ici.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 28 Mai 2010 8:47

Finalement la khâgne, c’est comme une initiation. Ça commence en fanfare, par le rituel (barbare ?) de l’intégration (attention, ne dites pas bizutage, c’est un vilain mot). Ensuite, les élèves sont soumis à des rituels plus ou moins bizarres (la remise des calots aux flambeaux, divers réunions d’information, le supplice –aussi appelé khôle d’histoire-, les concours blancs, …). Ils se sentent alors obligés d’inventer les leurs, comme le retard chronique, les dîners de classe (boire pour oublier son classement), les pantalons colorés, l’échange des cadeaux de Noël, la barbe de trois jours pour tester la patience du censeur, le journal chiffonné (historique : un garçon réclame un exemplaire des journaux gratuits aux externes. Lorsqu’ils l’ont entre les mains, ils vont direct aux pages sport, roulent en boule et le jettent par terre. Je cherche encore à percer la signification de ce gestuel.).
À la fin de cette formation, le préparationnaire est stressé lorsqu’il n’a pas travaillé huit heures dans une journée, il s’imagine des liens insoupçonnés avec ses ex-camarades de classes (c’est toujours comme ça à la fin d’une aventure) et il commence même à se dire que la vie de forçat va lui manquer.
Heureusement, il y a la khûbe.
Les autres iront professer la bonne parole auprès des non-initiés (les HEC, ceux qui n’ont jamais entendu parler de « raison et nihilisme »).
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 28 Mai 2010 9:20

Certains Dieux ne sont tout bonnement pas affectés par les contingences bassement matérielles. Notamment le Dieu des mathématiques.
Esclave de ses bijoux high-tech (netbook qui sert à collecter les adresses des disciples –électroniques, évidemment- ; téléphone portable qui sonne sans arrêt –sa déesse de femme apparemment, appelons-la Hera au regard de la fréquence de ses appels), il refuse de se faire avoir jusqu’au bout : il ne porte pas de montre, de peur de se transformer en lapin du pays des Merveilles.
Expert dans l’art de diagonaliser de tête des matrices, tout se complique lorsqu’il est question de calculer des heures et des minutes. Etrangement, sa calculette mentale retarde en permanence, c’est un principe : jamais moins de 10 minutes après la sonnerie. Lorsqu’il ne devise pas avec les préfets ou prétexte une photocopie à faire – dont les élèves ne verront jamais la couleur, photocopie étant un mot codé pour désigner « sortir fumer une cigarette » ; il a tout simplement oublié de partir de chez lui. Il n’hésite pas à annuler les cours d’une classe pour finir celui qu’il a commencé avec la précédant (oui, sans surprise il était en retard. En retard d’une heure).
Plus généralement, l’homme n’a aucune notion de l’échéance. Il promet les copies corrigées pour le cours suivant (et demain on rase gratis). À la fin de l’année, un bon tiers des paquets de copies s’est mystérieusement vaporisé, les disciples ont planché 4 heures pour rien (enfin, pas pour rien. Ça leur fait de l’entrainement. D’autant plus fructueux que la correction ne sera jamais prodiguée, les disciples étant vraisemblablement censés la deviner dans la tête du maitre.
Finalement, on peut se demander si le Dieu des math ne diffère pas à ce point des mortels au point de ne pas être doté des formes a-priori de la sensibilité : on a déjà vu que la notion de temps lui est étrangère, mais au regard de (l’absence totale de) la structure de son cours, il ne semble pas non plus avoir celle de l’espace. Le khâgneux, ayatollah du 3x3x3 partie, est médusé devant un cours où on peine à distinguer les chapitres.
Mais qu’importe, après tout, c’est un artiste.
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Re: Deux années de bonheur intense

Messagede Azlyght » 12 Juin 2010 20:50

L’intégration est une période de transition, visant à rendre le futur préparationnaire digne du rang de disciple. Il ne s’agit pas de marcher sur des braises ou du verre pilé, mais le cœur y est.
A vrai dire, il semble que cette période soit largement destinée à détendre les futures deuxièmes années dédiée à la préparation des concours.
Les ingrédients n’ont rien d’original : humiliations, farces (comme un faux devoir sur table) et épreuves vaguement sportives.
Le but est de faire connaissance dans la joie et la bonne humeur, se retrouver trempés dans la même fontaine ça crée des liens. En pratique, ça ne change pas d’une rentrée classique : les timides resteront dans leur coin, les gens sociales s’éclateront à mort. En fait, c’est même pire qu’un jour de rentrée, où à défaut d’autre chose les cours comblent l’absence de conversation.
L’intégration est un supplice de tous les instants.

Les tradis (les deuxièmes années), qui sont déjà passés par là, profitent dans leur domination : ils n’ont qu’un an ou deux de plus que ceux qu’ils torturent (gentiment, bien sûr, il faut rester politiquement correct) mais demandent à être appelés Maître, réclament massage ou cigarette, soi-disant pour faire gagner des points à la classe (même si aucun compte n’est tenu), l’excuse à tout ça étant un tournoi entre classes. Description : les prétendants s’affrontent lors de différentes épreuves telles le béret, le combat de sumo ou le baby-foot géant. Système des points, la classe en ayant le plus remporte la Bizus Cup, ce qui est indéniablement un plus. Le but étant de former un esprit de compétition… Euh non, un esprit d’équipe au sein des rangs.

Rien n’est trop bon pour les tradis, aussi ils demandent aux bizuts de les faire rebondir sur leurs avant-bras, les menaçant de leur en faire perdre définitivement l’usage et agitant les jambes sans se préoccuper des risques d’éborgnement.

Les quatre jours sont placés sous le signe de l’usure de chaussures : courir pour rapporter divers trophées d’une chasse au trésor (rapidement les participants ne chercheront plus à ramener les objets de la liste, mais les bidules les plus rocambolesques possibles, genre une Ferrari ou un corbillard), courir pour vendre les sacs d’une association caritative, courir pour aller à la gare, courir pour aller d’une activité (de préférence humide, ardue et fatigante) à l’autre, marcher sous un soleil de plomb baluchon sur l’épaule pendant une heure.

Atout majeur de la mortification : la chanson débile assortie d’une choré, sorte d’hymne au week-end d’inté. Il donnera des cauchemars à bien des bizuts encore des semaines plus tard.

Le soir du troisième jour, un ultime sermon du censeur et une canette de bière tiède, une grande « fête » est donnée pour oublier.
Trop bon, le censeur a décrété que les cours commenceraient à 10 heures le lundi suivant, ce qui donne un prétexte aux tradis pour priver les premières années de sommeil toute la nuit durant.
Heureusement la messe célébrée le lendemain sur la base nautique en l’honneur des jeunes préparationnaires sera l’occasion d’une petite sieste.

Sur le chemin du retour, un tradi en délire demande « alors vous avez aimé votre week-end d’intééééééé ? » et reçoivent en retour un chœur de oui non moins enthousiaste. De toute façon, avoir choisi une prépa catho, c’est bien la preuve qu’on n’est pas tout à fait sain d’esprit.
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