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Bonjour

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Bonjour

Messagede Braken » 23 Sep 2009 17:07

Etant plus souvent présent sur le forum heroïc fantansy, je me suis dit que je devrais venir faire un tour du côté du théâtre, qui demeure ma passion, puisque j'en fait mes études à la fac depuis trois ans.
Je constate à mon grand regret que le forum destiné à l'art du grand Molière est, hélas, moins fourni que d'autre (je parle en quantité et non en qualité, cela va de soi).
Je me permet de poster un travail que j'ai écrit pour un examen d'écriture dramatique. M'ayant valu une bonne note (16/20) je me suis donc dit que le poster ici serait une bonne idée.
J'insiste sur le fait qu'il s'agisse d'un "travail", et non d'un projet élaboré sur un temps très long. Pardonnez donc les quelques lourdeurs qui y figurent et le style peut-être pas assez élaboré, mais cela est dû aux contraintes de temps. J'ai choisi, en outre, de le livrer tel quel, sans retouches.





Et Dieu créa l’homme


Personnages
Adam, seize ans
Son père, la cinquantaine
Yves, quarante ans

Scène 1
Un parc, la nuit. La scène est très faiblement éclairée. Au centre, un vieux lampadaire clignote par intermittence. A côté de lui, un banc et une poubelle. Adam entre à Jardin en titubant, une bouteille de vodka dans une main, une valise dans l’autre, marmonnant pour lui-même des paroles incompréhensibles. Il se laisse lourdement tomber sur le banc.

Adam : Qu’est-ce qu’il fout ? On avait dit minuit au jardin d’Eden. C’est vraiment pas le jour pour me poser un lapin. (Il boit une gorgée à sa bouteille) En plus, à cette heure-ci, le dernier bus est passé. Je vais être bon pour me taper toute la route du retour à pieds. (Il regarde sa valise, qu’il a posé à côté de lui, puis se prend la tête entre les mains) Oh, mais qu’est-ce que tu raconte, pauvre idiot. Où est-ce que tu pourrais bien aller ? (Il boit une gorgée, puis crache par terre) La vache, ça pique ! (regardant son crachat) Eh merde ! Je saigne. Il m’a pas loupé le vieux. (Il tente de se lever, tangue légèrement et se rassoie) Mais qu’est-ce que je fous là, moi ? Qu’est-ce qui m’a pris ? (Semblant s’adresser à sa bouteille) Je savais bien qu’il allait pas me dérouler le tapis rouge. Tu penses ! Son fils unique. En plus, depuis la mort de maman, il est vachement soupe au lait, le géniteur. Mais fallait que je le fasse. Je pouvais plus continuer à lui mentir comme ça. J’en ai passé du temps, tu sais, à répéter devant le miroir ces trois petits mots. C’est marrant comme un mot de trois lettres peut être super dur à dire à son père. (Il sort son portable de sa poche, compose un numéro et attends) Bordel, il est sur messagerie ! (Un temps) Mon cœur, c’est moi. T’es où ? Ça fait un quart d’heure que je poireaute dans le parc. J’espère que pour toi ça s’est bien passé. Je t’attends. Bisou. (Il raccroche et reprend son jeu avec la bouteille) Qu’est-ce que j’te disais déjà ? Ah, oui. Mon père. Un mec bien, dans le fond. Un peu sévère et obtus dans son genre, mais un mec bien. Quand je vois mon pote Abel arriver au bahut avec un cocard parce que son père lui cogne dessus, je me dis que j’ai du bol, en fait, d’avoir un père comme ça. Fils de résistants, mon père. Tu savais ? Un jour, il a même partagé sa piaule avec un petit juif que ses parents planquaient. Tu savais ? Caïn qu’il s’appelait, le petit juif. Je le sais bien. C’est mon parrain. (Il boit une nouvelle gorgée) Je me suis dit, tout connement, que mon père ça devait être quelqu’un de tolérant, vu qu’il avait un juif comme meilleur pote. (Il farfouille dans sa bouche avec sa langue) Bordel, j’ai une dent qui bouge. (Un temps) C’est la première fois qu’il me cogne dessus, mon père. Au sens où j’entends cogner. Il m’a déjà mis deux trois mandales quand j’étais gamin, mais rien de scandaleux non plus. Mais là. J’ai vu pour la première fois une envie de faire mal dans ses yeux. (Il tente à nouveau de se lever, fait quelques pas et s’écroule au pied du lampadaire) Je crois que je vais vomir. (Il titube jusqu’à la poubelle et vomit) Ouf, ça va un peu mieux. (Il veut boire une autre gorgée de vodka, mais la bouteille est vide désormais) Alors, quoi ? (Il secoue la bouteille) Toi aussi, tu me laisse tomber, ma vieille copine ? (Il la jette au loin) Dégage, alors. J’ai besoin de personne. (Il sort à nouveau son portable, appuie sur la touche « rappel » et attend) Ah non ! Pas toi aussi ! (Il attend encore, puis jette son portable au loin) Faut te faire à l’idée, Adam, t’es tout seul, maintenant. Tout seul dans ce merdier. (Un sourire sans joie apparait sur son visage) Adam… c’est marrant, en fait, comme ironie, de m’avoir appelé comme ça. Parce que, en fait, s’il avait fallu que moi, je féconde la première femme pour donner naissance à l’humanité, ça aurait posé un petit problème. (Il rit) Une idée de ma mère, ça. Mon père voulait que je m’appelle Steven. Un vrai nom de mec, ça. Mais ma mère a rien voulu entendre. Une femme très pieuse ma mère. A la messe tous les dimanches, Jésus, Marie et tout le bazar. Si le crabe l’avait pas emporté, parce qu’elle fumait beaucoup, aussi, ma mère, Lucky Strike, News et tout le bazar, ben je crois que ça l’aurait tué. Un blasphème, elle aurait dit. Pratique contre-nature, elle aurait dit. Enfin, bref, maman est morte assez tôt pour échapper à ça, Dieu merci. J’espère juste qui lui ont pas refusé l’open bar au paradis à cause de moi. (Il rit, puis on entend son portable vibrer) Qu’est-ce que c’est ? (Il fouille le sol à tâtons) saloperie de lampadaire, tu peux pas rester allumé deux minutes ? (Il sort un briquet et continue de chercher) Où tu es, bordel ! (Le portable arrête de vibrer, au moment où Adam pose la main dessus) Merde. J’ai cassé l’écran. J’arrive pas à lire qui m’a appelé. C’est sûrement lui. Je vais attendre qu’il rappelle. (Il ramène ses jambes, les enserre de ses bras et pose sa tête sur ses genoux. Noir)





Scène 2
Adam est couché sur le banc, endormi. Il tient son portable dans sa main, fermement serrée. Yves rentre à Cour. Il hésite, s’approche du banc, fléchit et caresse la tête d’Adam.

Yves : Je suis désolé, Adam. Je ne pensais pas à mal en te donnant rendez-vous ce soir. Juste pour te dire qu’il fallait qu’on arrête de se voir. On a passé de très bon moments ensemble et tu m’a fais retrouver mon âme d’ado. Je me retrouve beaucoup en toi. Moi aussi, à ton âge, j’ai voulu dire merde à mon père et tenter ma chance avec l’homme que j’aimais. Que je croyais aimer, en fait. Grâce à toi, j’y vois plus clair. Je ne pourrais jamais partir avec toi, tu le savais. Je ne t’ai jamais rien caché, mais toi, tu ne voulais entendre que ce qui te plaisais. J’ai une femme, Adam. J’ai deux petites filles, des amours, tu les aurais sûrement adorées. J’aurais pas pu les abandonner pour une passade, surtout avec un garçon de ton âge. C’était pas sérieux. Mon psy prétend que c’est normal. Crise de la quarantaine, il dit. Il doit avoir raison. (Il sort une petite enveloppe de son manteau, qu’il glisse entre les doigts du garçon) Tiens, Adam, c’est un peu d’argent. Assez pour rentrer chez toi. Et, une fois chez toi, pardonne à ton père. Ne fait pas la même connerie que moi. A mon époque, nous étions très mal vus. Aujourd’hui, tu as ta chance. Les mentalités ont évolués. Vis ta vie, mais ne te détourne pas pour autant des gens qui t’aiment. Mon père, tu vois, il s’est fâché très fort quand je lui ai avoué ça. Il m’a foutu à la porte, comme toi. On m’a retrouvé frigorifié sur un banc de parc. Comme toi. Et quand les flics ont appelé mon père pour lui dire qu’ils avaient retrouvé leur fils, il leur a dit, texto : « je n’ai plus de fils ». Ça fait mal, tu sais, d’être renié comme ça. Mais c’était sous le coup de la colère, tu sais. Le lendemain, mon père a appelé pour s’excuser. J’ai pas voulu lui parler. J’étais majeur, moi, tu vois, donc plus sous la responsabilité de mon père. Je suis parti, j’ai galéré, longtemps, et j’ai plus revu mon père. Sauf à son enterrement. J’ai jamais reçu sa bénédiction. Ça, ça m’a empêché de me construire. J’ai rencontré une femme. Elle m’aimait. Moi, j’en sais rien. Je l’ai épousé, comme ça, pour prouver à mon père que j’étais rentré dans le rang. J’ai appris à l’aimer, un peu chaque jour, avec le temps, mais je continue à voir ma vie maritale comme une grosse imposture. J’ai pensé pouvoir tout recommencer, avec toi, mais j’ai réalisé que le mal était ancré trop profondément. Pour moi, le retour est impossible. Je vais continuer ma petite vie, comme n’importe quel plouc de base. Mais je m’en plains pas. J’ai une bonne vie, tu sais. Une femme adorable, deux filles formidable, une belle maison… Bref, reste fidèle à toi-même, mais sans pour autant tourner le dos aux gens qui te veulent du bien. (Il dépose un baiser sur le front d’Adam) Adieu, mon garçon. (Il sort à Cour. Noir)


Scène 3
La scène est plongée dans le noir. Bruit de vomissures. Le lampadaire s’allume, dévoilant Adam, penché sur la poubelle. Il se redresse, s’assoit sur le banc et passe une main sur sa figure.

Adam : Ouf, ça va mieux. Mais j’ai un mal de tronche pas possible. (Il regarde l’enveloppe dans sa main) Bon, je crois que je vais rentrer… (Il se lève et va vers Jardin. Son père entre à Cour) J’ai faim. J’suis crevé. Et je peux même pas appeler un taxi, mon portable est mort. Qu’est-ce que je vais faire ?

Son père : (S’approche et prend Adam par les épaules) Fiston, je… je veux que tu rentre à la maison.

Adam : Tu penses que tu pourras supporter d’en avoir un sous ton toit ? Parce que, tu sais, papa, je vais pas changer. Je veux pas, je peux pas changer. Je suis comme je suis.

Son père : Je sais, fils. Je réalise que c’est pas un truc que t’as choisi. Tu l’es, tu l’es, c’est comme ça. J’ai réalisé que, la discrimination, les insultes, les rires, tout ce que tu devras subir, tu l’as pas choisi. Tu aurais pu, bien sûr, essayer de changer, faire semblant, comme beaucoup. Mais tu es trop honnête, trop franc, et tu aimes trop la vie. Et toi ? Tu pourras me pardonner ce que j’ai fais ? Tout ce que j’ai dis ?

Adam : C’est déjà fait. (Il tombe dans les bras de son père.)

Son père : Tu es gelé, prends mon manteau. (Il lui passe le manteau sur les épaule et lui frotte le dos) Il faut te couvrir. Tu m’entends ? Tu ne sors jamais couvert. Il faut que tu sorte couvert, d’accord ? Tu pourrais attraper une maladie. (Il ramasse sa valise)

Adam : Oui, papa. (Ils sortent à Jardin. Noir)
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Re: Bonjour

Messagede Broke » 24 Oct 2009 19:40

Dans le genre, c'est vraiment pas mal ! Même si je suis bien plus adepte du théatre "comique" j'ai accroché ici, et ça m'a bien plût !! :2:
« Je suis passé par cette porte en entrant ce matin et c'est par cette porte que je repartirai. »
« Tout le monde meurt un jour, petit. Qu'on soit mendiant ou empereur. »

http://www.youtube.com/watch?v=DpDMxVm9afM
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