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Comment en est-on arrivés là? tout allait pourtant bien, jusqu'à ce que l'absurde arrive dans cette soirée et envoie tout bouler, fasse éclater le moindre soupçon de raison se dissimulant encore vers les quatre heures du matin sous ma calotte crânienne...
Après avoir regardé tranquillement le film de la soirée qui n'avait rien de bien extraordinaire, puis le Soir 3 présenté par une beauté fade, je m'étais dirigé vers le lieu qui accueillait mon sommeil, mais ce soir là pas même mon repos...
J'étais couché depuis environ 2 heures quand les bruits ont commencé... D'abord c'était assez discret, je n'en percevais qu'un lointain murmure. Et puis au fur et à mesure que la nuit s'est installée sur la ville, que le trafic s'est atténué rendant une ambiance sonore paisible aux quartiers somnolants, j'ai entendu, j'ai TOUT entendu!
Tout a commencé par cette musique répétitive, par ses basses se répercutant dans les planchers de cette vieille bicoque des années 10. Puis petit à petit rires goguenards, vociférations insultantes et cris pervers ont raisonné... Je ne rêvais pas, mes voisins du dessus, bien polis, qui me déposaient toujours le courrier sur le paillasson, se faisaient une partie à quatre avec instruments de torture...
J'en restait coit...dans un premier temps. Et puis petit à petit c'est l'énervement qui a pris le dessus. Et sans que je ne comprenne le mécanisme qui m'a fait passer à la colère due à la fatigue s'apesantissant sur moi, la haine a surgi...
Trois heures durant j'ai entendu tout leur cirque, leurs allers-retours punitifs vers la chambre, juste au dessus de la mienne, et les pauvres hères qui gémissaient tandis que les tortionnaires -sans doute consentis par les victimes - les insultaient et les faisait crier plus encore...
Alors là, je ne sais pas ce qui m'a pris... je suis allé à la cuisine, j'ai pris mon plus beau couteau à cran d'arrêt, celui que mon père m'avait offert, avec ce manche en bois incrusté de laiton... D'habitude c'est pour découper le chorizo - une petite habitude gourmande ramenée d'Espagne- que je m'en servais, mais là, je crois que je ne me contrôlais pas, je ne me contrôlais plus...
Je suis monté, j'ai frappé à la porte, j'ai entendu des rires gras, un "Casse-toi ou tu vas souffir, pecquenaud!"... Et cette musique dont le volume s'amplifiait.
J'ai retoqué, un grand gaillard au crâne rasé et aux bras plus épais que ma tête s'est présenté à moi... Il a commencé à vouloir me répondre: "Eh ducon, t'as pas..." il n'avait pas eu le temps d'articuler la syllabe de son dernier mot que mon couteau lui remontait jusqu'au sternum et qu'une chaleur odorante accompagnait une descente d'organes inopinée.
Derrière lui j'ai entendu un autre homme, assez saoûl, il a vu. Il n'aurait pas du voir, alors j'ai puisé dans mes ressources musculaires, j'ai bondi comme jamais, je suis arrivé sur lui tel le cougar affamé, je lui ai tranché le cou d'un trait, son sang jaillissant à gros bouillons de ses veines était projeté sur les murs, leur donnant un drôle d'aspect psychédélique.
Il en restait deux, les victimes, ou ceux qui se considéraient comme tels... S'étant défaits de leurs lien et ayant accouru au vacarme qu'avait fait ma chute sur ce grand gaillard à la tranchée sifflante dans un dernier effort respiratoire. Ils étaient là, penauds, nus, le corps endolori... Peu importe, il était trop tard et puis ma foi, c'était LEURS cris qui m'avait sorti de moi-même, qui m'avait fait glisser vers cette folie passagère, je ne pouvais pas les laisser me gâcher la fin de la nuit...
Je me suis dirigé rapidement vers eux, qui sont restés passifs, l'un au regard hagard fit sous lui, l'autre au regard intéressé voulu recevoir le premier le coup mortel... il y parvint, mon couteau lui transperça le cou, restant même planté dans le chambranle de la porte. C'était du bon vieux chêne, j'ai même eu un sacré mal de chien à retirer la lame de son fourreau improvisé...
Le dernier, je n'ai pas voulu de sang, ça commençait à me déplaire. Et puis de toute manière il m'avait pris mon couteau des mains dans une moment de fatigue. J'ai pris l'un des liens encore présents sur le lit, je me suis approché de lui par derrière tandis qu'il approchait de la fenêtre... je n'ai même pas eu à faire quoi que ce soit, ce grand bête a préféré sauter du deuxième et s'éclater le crâne sur la bordure du trottoir en pavé de la rue en contrebas...
Enfin! le calme régnait. Bon, j'étais un peu embêté d'avoir perdu aussi stupidement mon couteau à chorizo... Mais bon, au moins je pourrais dormir tranquillement.
Le lendemain matin un flic était à ma porte à sept heures. La nuit avait été courte. Il me demanda tout ce qu'il avait à me demander, et je lui ai répondu tout ce que j'avais à lui répondre. Que la nuit était toujours un peu agitée au dessus et que, par voie de conséquence je mettais des boules "Quies" en plus des somnifères que je prenais régulièrement après Marie Drucker (non, elle ne suffisait pas!), que j'étais tombé comme une bûche et n'avait rien entendu, que j'étais désolé... Le petit bleu m'écouta sagement je dis que oui, que j'irai déposer au commissariat...
L'après-midi même, tandis que je grignotais du chorizo avec un nouveau couteau, j'entendais à la radio: "crime passionnel, quatre sado-masochistes poussent la barre trop loin...". Je me demandais qui seraient mes prochains voisins te je me prenait à espérer qu'ils seraient fins gourmets du sommeil...
Ahh tiens, c'était l'heure du thé! Allons, une bonne tasse de thé ça requinque. Et ensuite, je dois aller nourrir les poissons rouges de ma belle-soeur. je ne les aime pas ces bêtes, elles sont trop cruelles à mon goût...
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