Ces pauvres bougres n'avaient jamais souhaité être là. Comment aurait-on seulement pu vouloir être là? La folie avait ses limites... En fin c'est ce qu'ils croyaient, avant que des ordres stupides de commandements arrogants ne les envoient dans les Flandres.
Oh, bien sûr, ce n'était pas contre cette région plate parsemée de reliefs modestes qu'ils en avaient, ils y seraient bien venus en temps de paix... Mais là, plus rien n'avait goût à la paix... Plus ici de senteurs de champs moissonnés, plus ici de champs d'alouettes, plus ici de virées dans les estaminets des villages ou la bière coulait à flots.
John, Fraser, Paul, Heinrich et Souleymane étaient là, les uns sur les autres, les uns sous les autres, les uns à côté des autres, les uns entremêlés aux autres. Leurs corps, non seulement dépouillés de leur vie lors de l'assaut avaient en plus été malmenés par les bombes et mines. Le barbelé inextricable avait fini de faire de leurs corps un étrange mélange cosmopolite mais d'une seul chair.
John l'anglais, Fraser l'Australien, Heinrich le Prussien, Paul le Français et Souleymane le Congolais avaient lutté, avaient perdu. Mais pourquoi avaient-ils lutté? Et qui avait gagné? Comment pouvait-on se sentir victorieux et fier de tant de barbarie. Seule l'envie de pleurer à gros sanglots vous étreignait le ventre en y pensant bien... Mais morts vous étiez privés de ces pleurs cathartiques. Même les alliés, dont la victoire était plus que souhaitable ne pouvaient regarder leurs victoires d'un oeil totalement enjoué.
Dans les tranchées, dans le No Man's Land, entre les lignes de front, partout la bidoche n'en finissait pas de s'étaler, la boue et l'eau croupies accélérant la décomposition de ces morceaux de bravoure, de ces morceaux d'hommes. Pour sûr, tout homme normalement constitué ayant su qu'il disparaitrait ainsi aurait tout fait pour échapper à ce triste destin.
Il n'y avait plus ni forces du Commonwealth, plus de d'armée française ou de troupes du Reich, il n'y avait plus que des corps inanimés et déchiquetés. Et tout ça pourquoi? Pour qui? Pour des familles régnantes aux traditions remontant aux siècles passés mais confrontées à un monde moderne qui commençait à leur échapper... Tout ça pour pas grand' chose, pour quelques mètres grignotés sur les lignes ennemies puis reprises dès le lendemain... Quelle absurdité, quelle tristesse, quelle folie!
Juillet 1917, il semblait que les choses évoluaient... L'industrie armait les soldats, les tactiques modernes étaient appliquées... Le fusil et la baïonnette ne pouvait plus grand' chose contre des ennemis mécaniques ou bien encore invisibles, tel ces gaz qui vous déchiraient les poumons...
Juillet 1917, les combats de la Bataille des Flandres continuaient et laissaient derrière eux ces hommes privés de leur humanité, ces pères, fils et maris privés des bonheurs simples de la vie... John, Fraser, Paul, Heinrich et Souleymane étaient là, les uns sur les autres, les uns sous les autres, les uns à côté des autres, les uns entremêlés aux autres.
Dans les champs de Flandres les coquelicots fleurissent...
In Flanders fields poppies grow...
Explication: j'ai eu l'occasion d'emmener un groupe de lycéens australiens sur des sites de mémoire australiens de la Picardie à la Belgique. Ce parcours, même si je connaissais déjà l'histoire qui y était liée, ma retourné, m'a pris aux tripes.
Juste un petit texte donc pour que l'on se souviennent de tous ces morts parmi lesquels il n'y avait ni victorieux ni défaits...












