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Voilà, un travail laborieux de 3h42minutes exactement. Dites moi si vous préférez ou si j'ai gâché mon texte.
La vengeance d’un mari trompé
La foule hurle, rit et danse autour de la cathédrale. Les soldats se tiennent aux barrières, empêchant l’accès au bâtiment religieux. Tout Reims est en émoi. Et plus que Reims, c’est toute la France qui pleure et qui, en même temps rit. Louis XII venait de rendre sa couronne, de même que son âme. La France n’a plus de roi, pour quelques heures. Le carrosse royal s’engage dans l’allée creusé par les gardes au milieu de la foule. La garde royale entoure le carrosse, montée sur des chevaux. Le cortège s’arrête devant les portes de la cathédrale. Un autre soldat en descend. Et enfin, celui que tout le monde attend sort. La foule hurle de joie. Il est très jeune cet homme. Vingt ans, tout au plus. Il a une bonne tête, un corps élancé. Il est ce qu’un soldat gallois définira comme « bien proportionné ». La famille royale entre dans la cathédrale. Dans quelques instants, l’homme, l’enfant, le prince, va devenir le Roi. 25 janvier 1515, la France se dote d’un nouveau roi.
1539. Vingt-quatre ans que François 1er gouverne la France. On le voit comme un bon roi, on le voit comme un tyran. Les avis divergent, ne changeant rien à la situation. François le mécène aime les arts, se passionne pour le modernisme et notamment l’imprimerie et remodèle même Paris. Mais ce roi aime aussi et surtout les femmes.
***
La nuit est tombée sur Paris. Le froid de l’hiver s’est installé et des flocons se perdent sur les pavés humides et froids des rues. Un homme marche sur ces pavés là. Ses pas résonnent dans la rue. Il ne se soucie pas de rester silencieux par respect des riverains. Le Diable les emporte. Il accélère le pas. Il coure presque. Cet homme de bonne famille, dehors à une heure si tardive, parmi les déchets de Paris, parmi le vomissement confus de la ville. Qu’importe. Le sujet en est trop grave pour se soucier de sa sécurité. La gueuse. Se vautrer dans les bras de ce maudit roi. Il en avait fait des choses pour elle. Et voilà comment elle le remerciait. Il l’avait sorti de son caniveau puant. Si elle ne l’avait pas rencontré, elle moisirait encore dans ses champs fangeux, mariée à Dieu seul sait quel idiot du village. Misérable soit ce roi. Des clochards errent dans les rues. Certains lui demandent une pièce ou deux. D’autres l’insultent, jaloux de son rang et de la particule qui ornait son nom. Il erre lui aussi dans les rues de Paris. Il est déboussolé. Le désespoir le surprend. Les larmes parviennent sur ses joues. Mais le courage revient. Il essuie ses larmes. Il rentre chez lui. Il ne peut rien faire de toute façon, il n’a plus qu’à accepter son sort.
Deux semaines sont passées. Il ne la regarde plus. Elle ne comprend pas. Aurait-elle mal agi ? Elle n’a rien à se reprocher. Il ne lui parle même plus. Seigneur, serait-il au courant ? Non, c’est impossible, elle a pourtant pris toutes les précautions nécessaires. Il faut qu’elle en parle avec son amant, même s’il ne peut pas faire grand-chose. Elle s’excuse, se lève et sort. Elle prend un fiacre et part vers le château. Elle arrive au lieu de rendez-vous. Il n’est pas encore là. Elle attend quelques instants. Elle ôte ses vêtements. Le roi arrive. Un garde ferme la porte de la petite chambre. Elle veut lui parler. Pas lui. Elle se tait donc. Ils s’unissent. Elles s’en va comme elle est venue, rentre chez elle. Son mari est hagard devant le feu de cheminée. Il ne s’est pas occupé de la gestion de ses fiefs aujourd’hui. Il n’a plus goût à rien. La nuit est tombée. Elle va se coucher. Lui va passer une nuit blanche, encore une nuit.
La nuit semble ne pas finir. Le sommeil ne pointe pas. Il n’en peut plus. Il est fatigué. Fatigué de vivre ainsi. Fatigué d’être humilié. Humilié, oui, c’est bien le mot. Il suffit. Il ne subirait plus cela. C’en était trop. Il fallait agir. Mais que faire ? Les idées ne lui manquaient pas. Il pourrait courir au château, armé d’un pistolet, se débarrasser des gardes à l’entrée, courir dans le hall, chercher le roi, le trouver, sortir son épée et le transpercer en plein cœur. Ensuite il rentrerait, ferait l’amour à sa femme, et l’égorgerait. Impossible. Il serait mort avant même d’être arrivé devant les portes du château. Il n’était pas un combattant. Et puis ce plan ne faisait pas souffrir ce misérable. Il lui fallait trouver autre chose. La peste soit de ce roi. Rien ne lui venait à l’esprit. Soit, ce n’est encore pas cette nuit qu’il aurait sa vengeance.
Le jour pointe à l’horizon. L’homme chevauche vers ses terres, accompagné de son valet. Il passe à côté d’une auberge. Deux hommes discutent à l’extérieur de celle-ci. Il passe à leur hauteur. L’un d’eux parle de syphilis. Apparemment, sa fille l’a attrapé en couchant avec un jeune paysan pas fini. Syphilis. Tiens, ce n’est pas bête. Une minute, à quoi pense-t-il ? Non, il ne peut pas faire ça. Non, ce serait idiot. Non, ça serait vraiment stupide.
Le soir est arrivé. L’homme lit du courrier qu’il vient de recevoir. Elle rentre. Elle n’a même pas pris la peine de se recoiffer. Dieu qu’elle est laide. Encore une humiliation. Elle sourit. Elle sourit l’infâme. Elle est heureuse. Il a su la rendre heureuse ce satané roi. Cette fois, c’en est trop. Il n’a plus rien sur cette Terre. Sa femme était son seul réel capital. Soit, il obtiendra vengeance. Dès le lendemain, il mettra son plan à exécution. Et puis non, il n’attendrait pas le lendemain, il irait tout de suite. Il sort, sa femme n’y prête aucune attention. Il selle son cheval et galope vers la campagne. Il s’arrête au bout de quelques heures devant un bordel de campagne. La tenancière est une grosse femme aux formes plus que généreuses. Il l’appelle, lui demande une catin un peu spéciale. Elle hausse un sourcil. Pourquoi faut-il qu’elle rencontre toujours des gens bizarres. Elle lui propose des « modèles » un peu plus alléchants. Il n’en veut point. Ce qu’il veut, c’est une prostituée atteinte de la syphilis. La grosse femme se résigne. Soit, il existe bien des sodomites, des pédérastes, et autres personnes aux orientations sexuelles différentes jugées diabolique par la Papauté. Elle l’informe qu’elle en a virée une malade le matin même. Elle niche dans l’écurie. Il s’y rend. Sur la paille, une femme pleure. L’obscurité la cache. Il s’approche, l’interpelle, lui tend un peu d’argent. Elle se lève et sort de l’obscurité. Il la trouve laide. Elle est laide. Ses cheveux blonds ont perdu de leur couleur. Sa bouche est trop large, son nez trop long. Des tâches de rousseur parcourent son visage. Deux dents pointent de sa bouche. Elle est en guenilles. Une robe miteuse rouge à moitié déchirée. Elle a des courbes généreuses. C’est bien la seule chose qu’elle ait. Elle le rebute. Il fait un pas en arrière. Il doute. Mais non. Il doit le faire. Il s’avance, lui caresse la joue, la déshabille lentement. Elle se laisse faire. Elle n’a plus envie de faire ce métier, elle est trop faible. Pourtant, elle se laisse faire. Non pas que cet homme lui plaise ou qu’elle ait besoin d’argent. Non. Mais c’est sans doute la dernière fois avant que sa fin n’arrive qu’elle connaîtra l’acte amoureux. Elle l’embrasse. Il se déshabille à son tour. Elle fait ce qu’elle a à faire. Il se laisse aller au plaisir, oubliant le dégoût qu’elle lui inspirait. Elle se démène comme une diablesse. Leurs peaux s’entremêlent, tout n’est que caresse et douceur. Il prend le relai. La douceur laisse place à la vigueur, voire la violence. Il en profite lui aussi. La nuit fut longue cette fois-là. Mais trop courte pour les deux amants. Le jour pointa. Comme tous les autres, il s’en fut, comme si rien n’était arrivé. Le venin du serpent avait infiltré son âme, et maintenant son corps. Il rentre, comme si de rien n’était. Il monte dans la chambre, se couche dans le lit, avec sa femme qui le regarde, surprise. Il lui fait un grand sourire et l’embrasse. Elle lui rend son sourire. La bougresse ne se doute de rien. Il est fier de lui. Son plan marchera à merveille. Il attrape la syphilis, la donne à sa femme qui, elle-même, la transmet au roi. Un plan simple au demeurant mais terriblement machiavélique. Il s’endort, heureux de trouver sa vengeance.
Le soleil le réveille. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas eu de nuit complète. Sa femme dort à ses côtés. Il la trouve belle. Plus belle que jamais. Il doute. Qu’a-t-il fait ? Et que s’apprête-t-il à faire ? Elle se réveille, lui sourit. Il a envie d’elle, de la serrer contre lui, de l’aimer. Ce qu’il fait. Elle se donne à son mari. Leurs deux corps s’unissent avec amour et passion. Elle éprouve de l’amour pour lui, sentiment qu’elle n’avait jamais eu à son égard. Puis elle part. Sans doute le roi l’attend. Le visage de ce mari trompé se renfrogne. Son sourire disparait. Ses yeux crachent des flammes. Son désir de vengeance avait quitté un instant son esprit. Il est revenu amplifié. La trainée ! Qu’avait-il fait ? Pourquoi ne l’aimait-elle pas ? Il se considérait comme un mari attentionné et un bon amant. Il était riche et noble. Alors quoi ? Soit, elle mourra.
La vie reprend son cours à Paris. Tous les jours, la même situation se reproduit. Ils refont chambre à part. Ils ne s’aiment plus. Elle le fuit. Lui aussi. Elle aime son roi désormais. Mais ils sont malades. Tous. Pourris de l’intérieur, dans le cœur, mais aussi dans le corps. Un jour fatidique arrive. Il ne voit ni n’entend pas descendre sa femme ce jour-là. Il monte à sa chambre et entre Elle n’a pas la force de se lever. Elle est pâle. Elle le regarde en crachant un glaviot de sang sur les draps blancs déjà bien rouges. L’odeur de sang lui donne envie de vomir. Lui n’est pas aussi malade. Il peut encore vivre assez bien quelques années, sa maladie n’étant que peu développée. Il lui sourit, d’un sourire narquois. Il ne lui dit rien, mais elle comprend. Elle le regarde, horrifiée d’abord. Puis elle a des remords, des regrets. Elle comprend que c’en est fini de sa perfidie. Il n’a aucun regret par la suite. Elle meurt devant lui. Il ne la serre pas dans ses bras. Mais avant de partir il, lui lance un « Je te pardonne… » très faible. Il sort, ferme la porte. Elle sera enterrée le lendemain. Il s’est vengé de sa femme, reste le roi.
Une année est passée. La vie n’a pas reprit son cours pour cet homme. Il y a perdu goût à tout jamais. La mort de sa femme ne l’a soulagé que trop peu. Il se promène dans les rues de Paris. Il entre dans une taverne, il a soif, l’alcool soulagera ses mots. Assis au comptoir, il surprend une conversation. « Êtes-vous au courant ? - Quoi donc ? - Le roi est souffrant. - Pas grave, il a toute une flopée de guérisseurs et autres médecins à ses côtés. - Là c’est bien plus grave. A vrai dire… il est même mourant. - Que dites-vous là ? vous savez que la garde pourrait vous envoyer dans les geôles pour diffamation ? » Il n’entend pas ce que dit l’autre homme car il tousse fortement dans son mouchoir, crachant un glaviot de sang. « … je vous assure, je l’ai vu. La syphilis. - Gardez ça pour vous mon ami. Si le roi est mourant, pour sûr que la famille royale ne veut pas que la nouvelle se répande. - C’est pour cela que je ne l’ai dit qu’à vous. Des rumeurs courent sur la façon dont il aurait attrapé ce Fléau. Apparemment, une femme venait souvent au château, d’aucuns pensent qu’il se serait agi de sa maîtresse. - Holà, l’ami, vous vous heurtez à des choses qui ne vous regardent pas. Faites attention à ne pas aller à monte-à-regret. - Ne vous inquiétez pas vous dis-je. Aucun risque que je monte à l’échafaud, je ne le crie pas sur tous les toits. Il s’acquitte de sa note et retourne chez lui. La toux lui reprend, plus forte, il s’arrache les poumons. La fin est proche se dit-il. Il prend un petit bout de papier, griffonne quelque chose dessus, appelle son valet et lui tend le mot. « Amène ceci au roi, dis lui que tu apportes ça de ma part, il me connaît. » Le valet prend le mot et part. Il monte se coucher, trop faible pour rester debout.
La famille royale est regroupée autour du lit. Des médecins s’agitent en tous sens pour trouver un remède au Mal qui affaiblit le roi. Celui-ci est mourant. « Allez-vous-en charlatans ! lance-t-il dans un léger souffle. » Ceux-ci se regardent, surpris, mais s’exécutent. La famille compatit, s’occupe de lui. Sa femme, la reine, lui éponge le visage. Sa sœur lui tient la main. On frappe à la porte. Un garde entre, suivi du valet. Ce dernier tend un mot au roi. « J’amène ceci de la part de mon maître. Il a insisté pour que je vous le remette en main propre. » Le roi le saisit avec difficulté, le déplie. Des larmes coulent sur ses joues et, dans un dernier cri, meurt. Son dernier mot fut le nom « Anne ». Sur le mot était écrit : « Ma femme, Anne, est morte ; vous le serez bientôt. Je suis vengé, je peux mourir en paix. Vous n’avez que ce que vous méritez. Un mari aimant dont vous avez brisé la vie. »
_________________ All you need is Love
Dernière édition par Yuki Eiri le 08 Avr 2009 21:25, édité 1 fois.
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