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Le jour était à la fête en ces Ides de Mars. Partout dans Rome, on célébrait le Dieu Mars le brave, dieu de la guerre. Le Champs de Mars était entièrement fermé à la foule. Les légionnaires romains en bloquaient l’accès. Seuls les sénateurs, les tribuns et le dictateur pouvaient assister à la réunion qui allait s’y tenir. Celle-ci se tenait dans la Curia Pompeia, où personne d’autre ne pouvait entrer que les politiciens, pas même les plus gradés de l’armée romaine. C’était le matin, la réunion n’allait pas tarder à commencer. Caius Julius Caesar, nommé dictateur à vie un an auparavant, n’était pas encore arrivé. Si la ville était en fête, l’ambiance dans l’édifice était plutôt tendue. Les voix se perdaient en murmures inaudibles. Il n’y avait aucun éclat de voix, aucun haussement de ton, rien. « L’Imperator Julius César, le libérator, annonça un garde à l’entrée avant de ressortir. » César venait d’entrer dans la pièce. A ses côtés, Marc-Antoine affichait un air décontracté. « César, dit un sénateur en toge blanche. Sois le bienvenu. » Un grand silence avait empli la pièce au moment où César entrait. Une discussion s’installa entre le sénateur qui venait de le saluer et César. Les deux hommes riaient. Un homme d’une vingtaine d’années les rejoignit. « Brutus, mon fils, dit César. Cela fait longtemps que tu ne m’as point rendu visite. - Mon père, j’étais occupé. » Les sénateurs se regroupaient autour de César. Deux sortirent du groupe et vinrent quérir la présence de Marc-Antoine pour discuter d’un sujet le concernant. Ils l’attirèrent à l’extérieur. César restait seul face aux sénateurs. Il se démarquait du lot de politiciens vêtus de blanc. Sa toge rouge lui permettait d’être immédiatement reconnu et d’asseoir son pouvoir. Son pouvoir. Cela ne lui servit à rien dans les instants qui suivirent. Les sénateurs sortirent chacun un poignard de sous leur toge. César ne dit rien, bien qu’il eut l’air effrayé. Il se retourna, cherchant un quelconque moyen de s’enfuir. Mais c’était impossible. Les sénateurs l’encerclaient, Marc-Antoine était à l’extérieur, de même que l’armée, et rien de ce qui se passait à l’intérieur ne pouvait être entendu au dehors. C’est alors que les sénateurs passèrent à l’action. Chacun lui asséna un coup de poignard, tour à tour. Ce fut un moment long et pourtant court pour César. Les poignards s’enfonçaient dans sa chair comme s’ils dépeçaient un animal. César eut beau crier, personne ne vînt. Cela paraît ne pas finir. Les coups pleuvaient et ne cessaient pas. César revit sa vie entière défiler sous ses yeux. Ses triomphes. Ses défaites. Ses gloires. Ses échecs. Ses amours. Ses déceptions… La pluie de coups cessa alors. Un jeune homme vînt se dresser devant l’empereur agenouillé. Ensanglanté, il était à l’agonie. Le jeune homme lui prit les cheveux et lui souleva la tête. César eut un air surpris et apeuré. Dans un dernier souffle il murmura : « Toi aussi mon fils… » Brutus lui asséna un dernier coup de poignard. Le 23ème. Celui qui causa sa mort. Lorsque Marc-Antoine revînt dans la salle, il était déjà trop tard.
César avait accepté sa mort. Il n’en pouvait plus de toujours être prudent. Lors d’un banquet chez Lépide, à la question philosophique sur le genre de fin que l’on préférait, César avait répondu « soudaine et inattendue ». L’attentat s’avérait simple pour les sénateurs. César avait, un mois plus tôt, licencié sa garde personnelle, l’exposant sans protection, et il était resté indifférent aux différents avertissements sur d’éventuels complots, ignorant même jusqu’aux prédictions des sibylles et des prêtresses. La reconnaissance lui fut accordée juste après sa mort. Il fut divinisé. Mais cela ne le ramena pas.
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